L’histoire oubliée des petits rois d’Hawaï Amérique du Nord, Etats-Unis, Hawaï, Outre-mer, Pacifique

Une

Hawaï, cinquantième Etat américain, paradis touristique du Pacifique, la Mecque des adeptes du surf ; Hawaï, berceau de quelques-unes des plus fameuses raretés philatéliques du monde, connues sous le nom de “Missionnaires”. Mais Hawaï fut aussi, pendant un peu plus d’un siècle, un royaume indépendant. Dont les souverains avaient de bien drôles de noms…

01Il était une fois, sur l’île de Hawaï, un chef de tribu nommé Kaméhaméha (1). Ce nom amusait beaucoup les marins étrangers en visite et, en particulier, James Cook lui-même qui explora Hawaï en 1778 et y fut reçu par Kaméhaméha dans la tenue de cérémonie que l’on voit ici : casque et manteau en plumes d’oiseaux rares (le capitaine Cook n’eut pas le loisir de rire beaucoup plus longtemps : l’année suivante, il fut assassiné par des indigènes hawaïens). En ces temps fort reculés, les îles d’Hawaï, dans le Pacifique nord, à deux mille miles au sud-ouest de San Francisco,s’appelaient également îles Sandwich, du nom d’un lord de l’Amirauté britannique qui s’était lui aussi risqué dans ces contrées sauvages (et qui, accessoirement, a laissé son nom à l’universel “sandwich” inventé par son cuisinier pour éviter à son maître de quitter la table de jeu lorsque la faim le tenaillait).

02Iles Sandwich ou Hawaï : peu importait le nom aux yeux de Kaméhaméha, pourvu qu’il régnât sur les cent­ cinquante mille âmes qui peuplaient alors l’archipel. De fait, ce n’est pas un hasard si l’Histoire -et les timbres- a oublié l’existence de ses rivaux, Kiwalao et Kahikili, chefs de tribu qui eurent l’imprudence de venir narguer Kaméhaméha sur ses terres. Car ce dernier trouva là l’occasion d’exprimer ses nobles qualités de valeureux guerrier. Kaméhaméha était à ce point intrépide et rusé qu’il devint, après moult combats, le premier roi à étendre son pouvoir sur toutes les îles de l’archipel : Hawaï mais aussi Kawaï, Maoui, Oahou, Lanai, Molokai et Nühaou. Ce qui lui valut le titre de Kaméhaméha 1er ainsi que -ultérieurement- une seconde série de timbres le campant en héros à l’antique, l’œil perdu sur la ligne bleue du Pacifique, le bras rassembleur interpellant généreusement son peuple (2).

Glissons sur Kaméhaméha Il, qui se contenta d’être le fils du premier et le frère du troisième, régna sans histoires et n’eut même pas, de surcroît, droit à son timbre posthume.

03-04Kaméhaméha III (3), en revanche, se fit remarquer par ses positions hésitantes vis-à-vis des missionnaires -honni soit qui mal y pense- qui investirent Hawaï sous son règne. Il voulut d’abord, en 1937, bannir les missionnaires catholiques, mais se heurta alors à l’opposition de l’amiral français Dupetit-Thouars (qui s’était illustré sept ans plus tôt lors de la prise d’Alger et la colonisation de l’Algérie). Kaméhaméha III se retourna alors vers les Anglais, qui lui dépêchèrent quelques troupes de soutien mais n’opposèrent pas pour autant de résistance à une expédition française contre plusieurs forts hawaïens. Voilà pourquoi, déçu par les Anglais, Kamehaméha Ill s’en alla chercher protection du côté des Etats-Unis et des missionnaires américains. C’est sur le courrier de ces derniers, précisément, que furent découverts plus tard les premiers timbres d’Hawaï : de misérables vignettes sommairement imprimées sur du papier pelure, dont la plus abordable cote aujourd’hui vingt-deux millions de centimes (4). Mais ceci est une autre histoire…

Un penchant pour l’alcool

05Ce visage sombre, dans un médaillon qui évoque les premières séries “présidentielles” des Etats-Unis, appartient à Kekuanaoa (5), un gouverneur d’Honolulu, la capitale d’Hawaï. Laissons-lui simplement le temps d’engendrer Kaméhaméha IV et Kaméhaméha V, et penchons-nous illico sur les destinées de sa progéniture.

06-08Kaméhaméha IV (6), barbiche en pointe à la manière d’un Napoléon III, avait hélas un fort penchant pour les liqueurs fortes, “qui tuent l’homme sous toutes les latitudes et encore plus chez les peuples primitifs que ne réfrène pas le respect humain”, faisait observer la presse de l’époque! Avant de sombrer dans l’éthylisme des tropiques, il eut tout de même le temps d’acquérir une excellente éducation européenne, de casser le rapprochement avec les Etats-Unis entrepris par son prédécesseur, d’établir un Parlement, de confier la charge de Premier ministre à sa sœur la princesse Kamamalu Kaahumanu (7), d’épouser la princesse Emma, descendante de l’un des premiers colons américains (8),et de la laisser veuve en mourant à trente ans.

09La lignée de Kaméhaméha ne s’éteignait pas pour autant. N°5, (9) frère de N°4, continua de “civiliser” Hawaï, appelant aux affaires des Américains et Européens (dont le français Crosnier de Varigny, ministre des Finances), promulgant une constitution, créant des lignes de bateaux entre Honolulu, San Francisco, le Japon, la Chine et l’Australie, signant d’avantageux traités de commerce… Tant et si bien qu’à sa mort, en 1872, Honolulu passait pour la Nice du Pacifique.

10-11Kaméhaméha V n’avait pas désigné son successeur. Le choix fut donc soumis au verdict populaire. Deux candidats étaient en présence : Lunalilo (10), petit­ fils de Kaméhaméha 1er, et Kalakaoua (11), descendant d’une illustre famille de guerriers hawaïens. Le peuple choisit le premier, qui mourut treize mois plus tard, lui aussi sans héritier. Son rival fut élu à son tour, en 1874, en l’emportant sur la candidature de la reine Emma, déjà rencontrée en compagnie de son époux Kamé­haméha V. Emma était fort populaire et ses nombreux partisans, refusant le verdict des urnes, prirent les armes et investirent le Parlement, dont ils furent délogés par les matelots anglais et américains présents sur l’île. Emma persista quelques temps dans ses ambitions putschistes puis finit par déposer les armes lorsque la reine d’Angleterre, Victoria, reconnut officiellement Kalakana.

Morte à cause d’une déesse

12-15Un rapide détour par la famille de Kalakaoua : voici son épouse Kapiolani (12), dont toute la bonne société londonienne apprécia les toilettes lors du jubilé de Victoria, en 1887 ; son frère aîné Leleiohoku (13), successeur présomptif mort prématurément ; sa sœur Like­ like (14), dont la rumeur rapporte qu’elle se laissa mourir de faim -quelle hécatombe!- pour calmer la colère d’une déesse locale, responsable de l’éruption du volcan Mauna-Loa. Et saluons enfin le dernier souverain d’Hawaï : la reine Liliuokalani (15), sœur de Kalakaoua, qui tenta en vain de préserver l’indépendance de son pays. En 1893, au nom de la démocratie, elle était déposée par les Américains. La monarchie cédait la place à un gouvernement provisoire, comme en témoignent ces surcharges sur deux effigies de Kalakaoua et Kaméha méha V (16 et 17), puis à la République d’Hawaï (18), elle-même très provisoire, puisque le 9 février 1900, les îles Hawaï étaient annexées aux Etats-Unis, avant d’en devenir le cinquantième Etat, en 1959.

16-18Paru dans Timbroscopie n° 38 – Juillet-Août 1987

L’histoire oubliée des petits rois d’Hawaï
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Recent Comment

  1. pernod

    dans cette liste de faux il y a un timbre de Kaméhaméha III , un timbre Honolulu postage Hawaiian Five cts, blanc bleu, n° 3 faux parait-il ?? papier très fin oblitéré, dois je le mettre à la poubelle ou existe-t-il des collectionneurs de faux timbres

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