La » Generación » del 98 Espagne, Europe, Pays A-F

Une

Le renouveau culturel au tournant du XXe siècle

Cette période, qui fut particulièrement féconde pour la littérature espagnole, a souvent été appelée, en analogie avec le siècle d’or, le « siècle d’argent», commencé en 1898 et achevé avec le déclenchement de la Guerre Civile en 1936. La première de ces dates marque la perte par l’Espagne de ses dernières colonies, et, en général, la conclusion d’une période de déclin qui avait commencé au XVIIe siècle. Un groupe d’écrivains réagit en essayant de trouver des remèdes pour la régénération de l’Espagne.

Ci-dessus La Casa Batlló est un édifice moderniste conçu par l’architecte
Antoni Gaudí, chef de file de ce mouvement, de 1904 à 1906.
Il est situé dans l’Illa de la Discòrdia, au 43 Passeig de Gràcia à Barcelone.

Ils devinrent connus sous le nom de la Génération de 98 et on comptait parmi eux plusieurs grands noms de la littérature. Leur activité n’était cependant pas limitée à la littérature, mais étendue aux domaines de la science, de la médecine, de l’histoire et des essais.

011 La « Generación del 98 » de gauche à droite : Miguel de Unamuno,
Pío Baroja, Ramiro de Maeztu, Azorín, Ramón del Valle-Inclán
et Antonio Machado

La « Generación del 98 » est un groupe d’écrivains 1, d’essayistes et de poètes espagnols, qui étaient profondément affectés par la crise morale, politique et sociale engendrée par la perte de Cuba, de Puerto Rico et des Philippines en 1898.

022 (1866-1943)

033 (1873-1967)

044 (1872-1956)

055 (1866-1954), Prix Nobel de littérature en 1922

066 (1870-1905)

077 (1865-1898)

088 (1867-1928)

099 (1875-1939)

1010 (1869-1968)

1111 (1864-1936)

1212 (1866-1936)

1313 (1877-1936)

Tous les membres du groupe sont nés entre 1857 et 1875. Bien qu’eux-mêmes ne se soient jamais définis comme formant un groupement homogène, on considère que les écrivains suivants ont suffisamment en commun pour les considérer comme faisant partie de la «Generación del 98»: Carlos Arniches 2, Azorín 3, Pío Baroja 4, Jacinto Benavente 5, José María Gabriel y Galán 6, Ángel Ganivet 7, Vicente Blasco Ibáñez 8, Antonio & Manuel Machado 9, Ramiro de Maeztu, Manuel Gómez Moreno, Miguel Asín Palacios, Serafín & Joaquín Álvarez Quintero, Ramón Menéndez Pidal 10, Miguel de Unamuno 11, Ramón del Valle-Inclán 12 et Francisco Villaespesa 13. Ils se retrouvaient en plusieurs «tertulias» (clubs, assemblées) dans les grands cafés de Madrid.

Quelques membres de cette génération atteignirent un rang universel, comme c’est le cas du Basque Miguel de Unamuno, qui, dans son « Sentimientos Tragico de la vida », anticipe les réflexions et les thèmes basiques de l’existentialisme. Un autre Basque, Pio Baroja, le grand écrivain de romans réalistes, narre avec tant de simplicité, de naturel et de dynamisme qu’il n’est pas surprenant qu’Hemingway le nomme son maître. Le Valencien Azorin, chantait avec une sensibilité impressionniste la sereine Castille et ses habitants, la « beauté ordinaire ». Le Galicien Ramón Maria del Valle Inclan offrit la musique à la prose espagnole, venant premièrement d’un esthétisme moderne, puis d’un expressionnisme espagnol connu sous le nom de « esperento ». L’Andaloucien Antonio Machado inventa la poésie espagnole contemporaine en fusionnant la réflexion sérieuse, la profonde méditation temporelle et le motif civique avec le symbolisme. Le long de ses mêmes lignes sentimentales naquit la poésie du lauréat du Prix Nobel Juan Ramòn Jimenez, qui évolua avec le temps, conduit par son perfectionnisme envers un lyrisme plus profond, abstrait et culturel.

La «régénération» pour mission

Ils étaient adeptes du réalisme, et allaient dans leur style jusqu’à l’impressionnisme. Admirateurs de Schopenhauer et de Nietzsche, leur philosophie était pessimiste, et parfois nihiliste. Ils faisaient une nette distinction entre l’Espagne officielle, dont la façade hypocrite cachait une autre Espagne, réelle, pauvre et misérable. De tendance très critique et plutôt gauchissante, ils se donnaient pour mission le «Regeneracionismo», c’est-à-dire la régénérescence culturelle du peuple espagnol.

1414 Autoportrait

1515 Vue de ségovie

1616

1717

L’état d’esprit qui animait la « Generación del 98 » se retrouve également dans la peinture et dans la musique. En peinture, il s’agissait surtout d’Ignacio Zuloaga (1870-1945) 14, 15 et de Ricardo Baroja (1871-1953), en musique d’Isaac Albéniz (1860-1909) 16 et d’Enrique Granados (1867-1916) 17.

En architecture, ce fut la période du style moderniste, ou éclectique : c’est une tendance en architecture qui consiste à mêler des éléments empruntés à différents styles ou époques de l’histoire de l’art et de l’architecture. C’est surtout à Barcelone que cet art s’est développé.

Les plus importants représentants de l’architecture moderniste sont presque tous catalans :

– Josep Puig i Cadafalch (1867-1956), qui fut l’architecte principal de l’exposition universelle de Barcelone de 1929.

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– Lluís Domènech i Montaner (1850-1923) , dont les œuvres principales sont à Barcelone l’hôpital de Sant Pau et le palais de la musique catalane 18.

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Hors de Catalogne, il y eut Antonio Palacios Ramilo (1874-1945) 19, surtout connu pour le Palacio de Comunicaciones de Madrid.

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Et bien sûr, l’inimitable Antoni Gaudí (1852-1926) 20, qui a atteint le sommet de l’art moderniste. Il employa des éléments de tous les styles, pour faire cohabiter architecture et ornementation. Ses œuvres majeures se trouvent à Barcelona : l’église de la Sagrada Familia 21, 22, lla Casa Vicens 23, la Casa Milà, la Casa Batlló 24, le palais et le parc Güell.

Sur le point purement intellectuel, deux hommes ont marqué cette époque :

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Il y d’abord Francisco Giner de los Ríos (1839-1915) 25. Philosophe et pédagogue, il a été le fondateur de l’Institución Libre de Enseñanza. Professeur de philosophie et de droit à l’université de Madrid, il voulait un enseignement libre avec pour but la création d’hommes utiles à la société, capables de concevoir un idéal. Il fut secondé par Gumersindo de Azcaráte (1840–1917) 26, qui fut avec Giner de los Ríos le grand partisan du krausisme dans l’enseignement. Le krausisme essayait de concilier la pensée libérale et la religion dans un « rationalisme harmonieux ».

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Ensuite, un personnage qui a marqué son époque par ses idées : Joaquín Costa (1846–1911) 27 et 28. Homme politique, juriste, économiste et historien, il réorganisa la justice et le notariat en Espagne. Promoteur d’une réforme agraire très sociale, il fut le représentant le plus marquant du mouvement intellectuel connu sous le nom de « Regeneracionismo ». Il essaya de persuader les politiciens d’effectuer de grands travaux hydrauliques, afin d’améliorer l’irrigation des terres arides et peu rentables.

Guy Coutant

 

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