La Hongrie royaume sans roi la régence de l’amiral Horthy (1920-1944) Europe, Hongrie, Pays G-N

Une

Par un traité injuste –le Traité de Trianon de juin 1920– la Hongrie passe de 283 000 km2 à 93 000 km2 et de plus de 18 millions d’habitants à 8 millions. C’est l’amiral Miklós Horthy (1868-1957) qui sera régent de ce royaume sans souverain jusqu’en 1944, tout d’abord partisan de la neutralité puis poussé à l’alliance avec l’Allemagne pour ensuite revenir vers les Alliés.

Après le départ des Roumains et l’entrée de Horthy à Budapest en novembre 1919, une coalition gouverna la Hongrie, qui était encore toujours une république. Les Alliés étaient farouchement opposés à une restauration du roi Charles IV, et ce point de vue était partagé par la grande majorité du peuple hongrois. Charles IV essaya pourtant à deux reprises de rentrer au pays pour remonter sur le trône, en mars-avril 1921 et en octobre 1921, mais il fut chaque fois refoulé, et il finit ses jours en exil à Funchal en 1922.

Pendant ce temps, les Alliés s’étaient penchés sur le sort de la Hongrie à la conférence de la paix de Paris. Le résultat en était le traité de Trianon, signé le 4 juin 1920. Ce traité était catastrophique pour le pays : la Hongrie passa de 283.000 km2 à 93.000 km2 et de plus de 18 millions d’habitants à 8 millions.

Les trois pays grands bénéficiaires du traité étaient :
– la Tchécoslovaquie, qui recevait au nord la Slovaquie et la Ruthénie.
– la Roumanie, qui recevait à l’est la plus grande partie de la Transylvanie.
– l’Etat des Slovènes, des Croates et des Serbes, la future Yougoslavie, qui recevait au sud la Croatie et une grande partie du Bánát.

Ce traité, d’une injustice flagrante, a fortement traumatisé la Hongrie. Il a pendant vingt ans déterminé la politique révisionniste du régime Horthy et entraîné l’opinion publique au nationalisme.

Jusqu’à la deuxième guerre mondiale, l’irrédentisme sera le dénominateur commun de la société hongroise, et la politique aura comme souci majeur l’obtention de la révision du traité.

011 Carte maximum de 1930 représentant Miklós Horthy,
régent de Hongrie

022 1930, n° 426 – Miklós Horthy.

033 1938, n° 506.

044 1941, n° 570.

055 1943, n° 636 (nouveau filigrane).
Miklós Horthy, régent de Hongrie.

066 1940, nos 547/549. 20ème anniversaire de la régence de Horthy

Le premier souci du nouveau gouvernement était de donner une base solide aux nouvelles institutions. Dès le 1er mars 1920, l’assemblée nationale hongroise confirmait le rétablissement de la monarchie, mais, ne voulant en aucun cas le retour des Habsbourg, elle nomma l’amiral Miklós Horthy (1868-1957) 1, 2, 3, 4, 5 et 6 régent d’un “royaume sans roi”. Le 6 novembre 1921, une loi fut votée excluant définitivement les Habsbourg du trône, et Horthy allait rester régent de Hongrie jusqu’à la fin de 1944.

Horthy eut la chance de pouvoir compter pendant dix ans sur un excellent premier ministre, István Bethlen (1874-1946), chef du gouvernement hongrois d’unité nationale de 1921 à 1931. Bethlen parvint à donner une grande stabilité à la Hongrie après les années mouvementées de 1914 à 1920, et il redressa l’économie et les finances. Pour rendre le redressement monétaire efficace, il remplaça la couronne hongroise fortement dévaluée par une nouvelle monnaie, le pengö.

Il est étonnant que ce grand serviteur de l’Etat, qui fut finalement exécuté à Moscou en 1946, n’ait pas encore reçu l’honneur d’un timbre-poste en Hongrie!

La crise économique qui frappa le monde entier à partir de 1929 provoqua la chute de Bethlen. Son successeur le plus important fut Gyula Gömbös, premier ministre de 1932 à 1936.

Celui-ci, malgré la neutralité officielle de la Hongrie, effectua progressivement un virage à droite, cherchant auprès de Mussolini et de Hitler le soutien qu’il ne trouvait pas ailleurs, pour obtenir la révision du traité de Trianon.

Tout le drame de la Hongrie

Ici se situe tout le drame de la Hongrie de Horthy : alors que Hitler essayait de se concilier la Hongrie dans le cadre de sa politique expansionniste, Horthy restait partisan de la neutralité et voulait seulement le soutien du fascisme et du nazisme pour obtenir les rectifications de frontières après le draconien traité de Trianon.

077a 1947, n° 867
7b 1955, n° 1181
7c 1980, n° 2725
7d 2005, n° 4059 Attila József

Pendant la régence de Horthy, la « pensée unique nationale-chrétienne » avait la faveur de l’Etat et de l’Eglise. Mais une fois de plus, de nombreux intellectuels, écrivains et poètes ruèrent dans les brancards et formèrent un courant appelé populiste, qui était animé par le souci d’attirer l’attention sur le problème social de la déplorable condition paysanne. Un des chefs de file de cette littérature d’opposition était le poète révolutionnaire et anarchiste Attila József (1905-1937). 7a à 7d

Après le décès de Gömbös en 1936, ses successeurs (Kálmán Darányi de 1936 à 1938 et Béla Imrédy de 1938 à 1939) continuèrent le glissement vers l’Allemagne, et l’on assista à l’adoption des premières lois antisémites. Les mouvements fascistes prenaient de l’ampleur, comme le mouvement des Croix Fléchées de Ferenc Szálasi.

088a et 8b 1938, nos 504/505. Retour des territoires du Nord.
La surcharge “Hazatérés” signifie “retour au bercail”

099 a à 9e 1939, nos 519/523. Premier anniversaire
du retour des territoires du Nord.

Après les accords de Munich de fin septembre 1938, l’arbitrage germano-italien redonna le 2 novembre 1938 une partie des territoires du Nord à la Hongrie, au détriment de la Tchécoslovaquie, et au moment de la décomposition de la Tchécoslovaquie en mars 1939, la Hongrie put récupérer la Ruthénie. 8a, 8b et 9a 9e

Le 30 août 1940, l’arbitrage germano-italien permit à la Hongrie de récupérer une grande partie de la Transylvanie au détriment de la Roumanie, qui reçut d’autres compensations.

1010 1940, n° 558. Retour de la Transylvanie.

1111a à 11c 1940, nos 559/561. Retour de la Transylvanie

Cela n’était évidemment pas gratuit : Hitler demandait en contrepartie à la Hongrie une participation toujours plus active dans l’effort de guerre aux côtés de l’Allemagne. 10 et 11a à 11c

1212 1991, n° 3322. Pál Teleki.

Hitler ayant en avril 1941 attaqué la Yougoslavie, il demanda un soutien militaire beaucoup plus efficace à la Hongrie. L’intègre et lucide Pál Teleki (1879-1941) 12, premier ministre depuis 1939, préféra se suicider le 3 avril 1941 plutôt que d’entériner la violation du pacte d’amitié qui existait entre la Hongrie et la Yougoslavie.

1313a et 13b 1941, nos 568/569. Retour des territoires
du Sud (“Visszatér” signifie “le retour”).

Le successeur de Teleki, László Bárdossy, eut moins de scrupules : Il aligna sa politique sur celle de l’Allemagne nazie, et le 26 juin 1941, la Hongrie déclara la guerre aux Alliés. En contrepartie la Hongrie récupéra en avril 1941 un nouveau morceau de territoire au Sud, au détriment de la Yougoslavie. 13a et 13b

1414a et 14b 1942, P.A. n° 57 1943, P.A. n° 57.
Timbres de deuil pour István Horthy.

Les réticences de Horthy et de Miklós Kállay, le nouveau premier ministre de 1942 à 1944, étaient cependant grandes envers Hitler, mais la Hongrie était prise dans un engrenage fatal qui allait la conduire au désastre. Les réticences augmentèrent encore après les premiers échecs militaires de Hitler. Déjà en 1942, Horthy laissa son fils, le vice-régent István Horthy, prendre contact avec les Alliés, mais les Allemands eurent vent du double jeu hongrois. István Horthy périt le 20 août 1942 dans un accident d’avion, que l’on suppose avoir été un attentat organisé par les nazis. 14a et 14b

A partir de 1943, Horthy et Kállay cherchèrent de plus en plus l’ouverture vers les Alliés. Hitler, voulant mettre fin à cette attitude équivoque, laissa l’armée allemande occuper la Hongrie le 19 mars 1944.

Depuis lors, Horthy se tourna résolument contre Hitler, et demanda un armistice avec les Russes en octobre 1944. Hitler le destitua de toutes ses fonctions, et le fit arrêter le 15 octobre 1944.

1515 1945, n° 676. Endre Kálmán Bajcsy-Zsilinszky.

Le fasciste Ferenc Szálasi, leader des “Croix Fléchées” prit – ou plutôt reçut – le pouvoir. Ce furent quelques mois d’une période extrêmement sombre pour la Hongrie : déportation massive des juifs hongrois, représailles, et terreur. Une des victimes les plus marquantes de cette terreur fut Endre Kálmán Bajcsy-Zsilinszky (1866-1944), un des principaux leaders anti-nazis. 15

16 2003, n° 3876. A la mémoire des soldats
hongrois pendant l’hiver 1942-1943

Une très forte inflation

Enca01aEnca01Enca01bEnca021920-1923 : l’amiral Horthy ayant été nommé régent du royaume
(une royauté officielle, mais qui resta toujours sans souverain), une nouvelle série fut émise portant
la légende MAGYAR KIR. POSTA (poste royale hongroise)
puisque la république avait été abolie et la royauté rétablie !

Enca03Enca03aEnca03bEnca041923-1924 : l’inflation étant galopante, il fallut se résoudre à émettre
une nouvelle série avec des valeurs faciales plus élevées.

Enca06aEnca05Enca061924: la très forte inflation nécessita une ultime série, avec des valeurs faciales
encore plus élevées. En même temps, un nouveau filigrane fut introduit.

 

Guy Coutant

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