Il était une fois dans l’Ouest… australien Australie, Océanie, Outre-mer

Une

Une curiosité de plus pour l’Australie. Après le kangourou et l’ornithorynque, voici, depuis 1970,le fermier qui a érigé sa propriété en principauté. Pour se faire reconnaître des grands Etats, Prince Leonard a donc choisi de faire comme eux : il émet ses propres timbres…

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Avec ses 75km2 de superficie, la Principauté de Hutt River
est un point sur la carte de l’Australie…
En revanche son blason grouille de symboles :
du blanc de la perfection, à l’aigle de la liberté.

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A l’occasion du quatrième anniversaire de la sécession,
le prince Leonard a eu droit à une timbrification.
Avantageuse, pourrait-on ajouter.

 

 

 

 

 

Dans ce coin perdu de l’Australie occidentale – le plus vaste des six Etats que compte la fédération australienne – les Casley sont bien connus. C’est une de ces familles de fermiers à la vie rude et aux mains calleuses. Depuis plus de vingt ans, ils vivent leur foi anglicane avec ferveur, et extirpent en abondance de la terre fertile le blé dont ils ont besoin. Le père, leonard George Casley – véritable patriarche aux sourcils broussailleux-, élève également des moutons, presque cinq mille têtes. Le soir, quand sa femme Shirley a réuni les enfants pour le repas, il récite le Bénédicité. Tous l’écoutent les yeux plongés dans la soupe. L’hiver 1969 s’annonçait doux, tempéré comme souvent par l’océan proche. Mais, un jour de novembre, voilà qu’arrive une lettre froissée à en-tête officiel qui devait avoir bien des conséquences imprévues. Le Bureau des quotas céréaliers, aux prises avec des problèmes de surproduction, imposait aux Casley de ne pas récolter plus de 593 quintaux de blé pour l’année. Après l’avoir soigneusement, examinée, leonard se saisit d’un crayon et calcule : s’il respecte ce maudit quota, il lui faudra cinq cents ans pour gagner l’équivalent des vingt dernières années. Les gains ne couvriraient même pas les frais de location de deux des quatre tracteurs !

 

Une bagatelle de 9000 hectares

La riposte devait intervenir rapidement car une autre menace planait sous la forme d’un texte de loi étudié par le Parlement d’Australie occidentale n’autorisant ni plainte, ni compensation. Face aux tracasseries de l’administration, leonard choisit la contre-attaque juridique. Il invoqua un principe de la loi australienne qui dit : “Lorsque quelque chose est injustement saisi, il faut une contrepartie“. Bon prince, il ne demanda pas d’argent mais qu’on lui cède des terres pour combler le manque à gagner. Oh, presque rien : la bagatelle de 9000 hectares, d’un coût estimé à… 52 millions de dollars !

Quelques jours plus tard, un nouveau coup de théâtre ébranle le petit monde des Casley. Le Parlement de l’Etat commençait l’examen d’un texte de loi autorisant le gouvernement à saisir les terres des fermiers récalcitrants.

Pas de doute, se dit le chef de famille. Nous voilà dans le collimateur.” Alors que le projet de loi arrivait en troisième – et dernière – lecture, il convoque donc un véritable conseil de famille, au cours duquel naquit l’idée de sécession. “Comme les lois de l’Australie occidentale ne s’appliquent pas dans un territoire indépendant, se dit Casley, devenons indépendants.”

 

Un prince paysan

04Le prince Leonard a créé des titres de comte, de baron et de chevalier pour récompenser
ses sujets les plus méritants. Ainsi, la baronnie de Tucsonfut attribuée à
“Lord” John Whatley, Américaindevenu receveur de la Poste princière.
Le parachute symbolise sa passion ; quant au bison, il évoque les Etats-Unis.

Et voilà pourquoi le 21 avril 1970, les principaux hommes d’Etat australiens, du chef de gouvernement d’Australie occidentale au gouverneur général de l’Australie, recevaient un texte identique, les informant que la “province de Hutt River” – du nom d’une rivière qui la traverse – devait désormais être considérée comme indépendante.

 

 

Après avoir formé un gouvernement de salut public avec ses fils, Casley décida de se mettre directement sous la protection de la reine d’Angleterre, souveraine d’Australie, en s’élevant lui-même à la dignité de… Prince.

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Trois sujets typiques de la philatélie de la Principauté :
respect envers la reine Elisabeth
également souveraine d’Australie – ici pour son Jubilé -,
le prince et la princesse et des scènes inspirées des Evangiles.

La “Principauté de la Rivière Hutt” venait de naître.

Le tout nouveau “prince leonard” s’empressa de contacter une association régionale de naturalistes afin de recenser les nombreuses espèces de fleurs sauvages et d’oiseaux que comptait sa province. A partir de leurs conseils, il fit établir des réserves zoologiques et botaniques. “Si Dieu nous a pourvus aussi abondamment en ressources de la nature, c’est pour que nous les utilisions” devint la devise du monarque.

03Le 15 novembre 1973, la Principauté de la rivière Hutt émit cette première série de fleurs sauvages.
Malgré les demandes d’homologation auprès de l’Union postale universelle (UPU),
la province dirigée par le prince Leonard n’est toujours pas reconnue comme administration postale légitime.
Les philatélistes australiens la rangent parmi la catégorie des “Cendrillons” (en anglais, cinderellas),
cette jeune fille pauvre qui rêvait de devenir princesse. Pour être accepté par la Poste fédérale,
le courrier en partance de Hutt River. doit impérativement être affranchi à l’aide de timbres australiens,
ceux de la Principauté n’étant que tolérés.

Le souci d’écologie faisait désormais figure de onzième commandement, un commandement d’autant plus facile à respecter que trente personnes seulement vivaient sur ce territoire de 75 km2 – les trois-quarts d’une ville comme Paris. Le prince leonard entreprit alors de rebaptiser les sites pittoresques de la région : lac du Début, Mont de l’Indépendance, lac Sérénité, Gorge du Sanglier.

 

Annoncée bruyamment dans la presse locale, relayée par radios et télévisions de Nouvelle-Zélande, des Etats-Unis et même de Grande-Bretagne, Hutt River reçut la visite de touristes, d’abord par poignées, puis dès 1973 en grappes acheminées dans de gros bus à air conditionné. Jusqu’à deux mille personnes guidées par la curiosité et les “tour operators” accomplissent certaines semaines le pélerinage.

Un journal écrivit même que “cette province était la plus grande affaire publicitaire qu’il y ait jamais eue ici“.

Les choses en resteront-elles là ? Le prince leonard aspire à ouvrir des consulats dans les six Etats australiens, tout en visant à plus long terme l’ouverture de délégations outre-mer. Selon certaines sources, rien ne lui ferait autant plaisir qu’un siège aux Nations Unies. Malheureusement, la simple Australie se refuse toujours à lui reconnaître un statut d’homme d’Etat : à ses yeux, la principauté de la rivière Hutt n’est rien d’autre qu’un ranch privé géré par un “doux dingue” qui a trouve le moyen de continuer à faire du blé sans plus exploiter la terre…

 

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L’Antarctique attire les grands, mais aussi les petits Etats. La Principauté de la rivière Hutt
prétend à des droits sur ce continent, au même titre que l’Australie, la Nouvelle-Zélande,
la Norvège, la France, le Chili ou l’Argentine.

 

Paru dans Timbroscopie n° 92 – Juin 1992

 

 

 

 

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