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“Les Français en Italie”: histoire postale et grande histoire se rencontrent ici au sommet : en quinze lettres de prestige, chronique de la participation française à l’avènement de l’unité italienne.

Ouv01Timbres de France et du Piémont-Sardaigne côte à côte, comme les armées des deux Etats
lors de la campagne d’Italie, en 1859. La lettre est partie de Susa, au pied des Alpes Piémontaises,
et a reçu un cachet d’entrée en France à l’encre rouge (Culoz).

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1859, Paris. Les grands boulevards pavoisés
pour le retour de Napoleon Ill
et de ses troupes après la campagne d’Italie.

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Victor-Emmanuelli, premier roi
de l’Italie unifiée, en 1861.
On l’appelait le “roi-gentilhomme”.

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Cavour, président du Conseil, ministre
des Affaires étrangères et de l’Intérieur,
il est l’artisan essentiel de l’unité italienne.

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Napoléon III, protecteur du pape
d’un côté, soutien du mouvement
patriotique italien de l’autre.

 

 

 

 

Premier timbre… d’ItaliePremierQuand les troupes françaises entrent dans Rome, le 1er juillet 1849, elles apportent dans leurs bagages quelques-uns des tout nouveaux timbres de France. Ceux-ci, apposés sur lettres parties de Rome, deviennent du même coup les premiers timbres d’Italie. Ainsi débute, en beauté, une prestigieuse collection “franco-italienne” qui va épouser grosso modo le Second Empire français.

Que sont allés faire les Français à Rome ? Protéger le pape Pie IX, renversé par la République romane proclamée par Garibaldi. Rome, jusque-là, était la capitale des Etats de l’Eglise, et relevait de l’autorité du pape. Mais le souverain pontife n’avait pas été épargné par les mouvements révolutionnaires qui, partis de France en 1848, avaient gagné l’Europe et l’Italie en particulier. Des foyers d’insurrection s’étaient développés dans toute la péninsule. Contre les souverains des petits Etats qui se partageaient alors le pays. Contre l’Autriche, qui occupait toute la Lombardo-Vénétie. Contre le pape enfin, dont Garibaldi avait mis fin au pouvoir et confisqué les biens.

Mais le premier élan vers le “Risorgimento”, la “résurrection” de l’identité italienne, avait tourné court. Le roi de Piémont, Charles­Albert, qui avait pris la tête de l’armée d’indépendance avait été battu par les Autrichiens à Custozza.

Quant au Corps expéditionnaire français à Rome, dont on voit ici l’oblitération du quartier général, il avait d’abord eu pour mission, poussé par les idées de 1848, de voler au secours de la future République romaine. Puis, sous la pression du “Parti de l’ordre” en France, qui avait porté Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la République, l’armée commandée par le général Oudinot s’était transformée en défenseur du pape. Et l’avait rétabli dans ses pouvoirs temporels, après avoir chassé les partisans de Garibaldi de la ville sainte.

 

Derniers jours à Rome

DerniersJoursL’autre date extrême de la collection : 1870.

Avec encore une oblitération de “Corps expéditionnaire de Rome” (CER dans le losange). En 1849, Louis-Napoléon Bonaparte venait tout juste d’accéder au pouvoir. Maintenant, l’empereur est sur le point de l’abandonner. Entretemps, les Français ont quitté Rome, puis y sont revenus en 1867, après que Garibaldi ait à nouveau envahi les Etats pontificaux.

Mais en cette année 1870, la France affronte de bien plus durs combats. La guerre avec l’Allemagne oblige l’empereur à retirer ses troupes de Rome.

Cette lettre est l’un des derniers témoins de la présence française sur le sol italien. Dans l’intervalle, en parallèle à l’occupation romaine : toute une collection qui témoigne de la participation française au Risorgimento. Aux côtés du royaume de Piémont-Sardaigne, fer de lance de la marche de l’Italie vers son unité et son indépendance.

 

Français et Sardes déjà côte à côte en Crimée

CrimeeEn France, on connaît bien les prestigieuses oblitérations militaires de la guerre de Crimée, sur timbres de l’Empire. En Italie, on collectionne les marques postales de la même époque et de la même guerre, mais sur timbres sardes. Car le Piémont-Sardaigne, gouverné à l’époque de cette lettre par Cavour, premier ministre du roi Victor-Emmanuel II, participait aux côtés des Français (et de leurs alliés anglais) au siège de Sébastopol : un mois avant la date d’oblitération, les alliés gagnaient la bataille de Malakoff et prenaient Sébastopol.

Napoléon III n’allait pas oublier le geste de Cavour, qui pèserait bientôt dans la décision française de soutenir le royaume de Sardaigne dans sa lutte contre l’Autriche et pour l’unité italienne.

 

Préparatifs de guerre

preparatifs“Camps de Châlons” : encore une oblitération française de prestige liée au Risorgimento italien. En cette année 1858, l’entrevue de Plombières entre Napoléon Ill et Cavour a posé le principe de l’alliance franco-sarde contre l’Autriche, principe confirmé par le traité de Turin en janvier 1859. Enprévision de la guerre, la France rassemble ses troupes à Châlons, quartier général des forces françaises avant leur intervention en Italie.

 

Viva la Francia, viva l’Italia

VivaL’Autriche vient d’adresser un ultimatum au royaume de Piémont- Sardaigne. Ses troupes ont franchi le Tessin et envahi le Piémont. A Turin, Victor- Emmanuel et Cavour déclarent la guerre à l’Autriche, l’accusant “d’oser demander que soit désarmée et livrée en son pouvoir la jeunesse qui de toute l’Italie accourt pour défendre la bannière sacrée de l’indépendance nationale“. Dans sa déclaration au peuple le roi affirme combattre pour “le droit de toute la nation“. Dans une proclamation traduite en Italien et placardée à côté de celle de Victor-Emmanuel, Napoléon III affirme sa “sympathie pour un peuple dont l’histoire se confond avec la sienne” et annonce qu’il marchera lui-même à la tête de son armée : la France entre dans la guerre quatre jours après son allié piémontais.

 

Par les Alpes et par la mer

AlpesMerDeux lettres des tout premiers jours de la campagne d’Italie : 3 et 7 mai 1859. Comme les troupes françaises, l’une est passée par le mont Cenis (Susa), l’autre par la Méditerranée et Gênes (Saravalle). On n’a pas encore utilisé, ici, le matériel oblitérant de la Poste française aux armées : les plis ont été oblitérés par des bureaux sardes, qui les ont ensuite remis aux offices postaux français.

 

Armées des Alpes

ArmeeAlpesC’est à mi-chemin entre Turin et Gênes, à Alexandrie, que se ras semblent les deux masses de l’armée française, forte au total de cent vingt mille hommes et de six corps d’armées. La Poste aux armées s’organise. Trente bureaux sont créés, y compris un bureau central dont on voit ici le cachet à la date du 20 mai. Ces bureaux militaires prennent le relais des établissements civils du pays. En ce début de campagne, les forces françaises, se dénomment “Armée des Alpes”, appellation que l’on retrouve sur le matériel postal, et en abrégé (“AA”) sur les grilles oblitérantes, qui portent également l’indication du bureau expéditeur (ici: “Bcal”).

 

… puis Armée d’Italie

ArmeeItalieFin mai 1859, l’Armée des Alpes devient Armée d’Italie : changement d’appellation aussi sur les cachets à date, mais pas sur les griffes oblitérantes, qui conservent les anciennes initiales (ici : AA4c, pour le quartier général du 4e corps). Cette lettre, du 12 juin 59, a été expédiée entre les deux grandes batailles qui ont décidé du sort de la campagne et chassé les Autrichiens de Lombardie : Magenta le 4 juin, Solférino le 24. Cette dernière victoire franco-sarde, où Napoléon III défit l’empereur d’Autriche lui-même, François-Joseph, fut un véritable carnage: quarante mille morts au total. Un jeune citoyen suisse y assistait, et tenta de porter secours aux innombrables blessés des deux camps : Henry Dunant allait tout entreprendre pour faire adopter au monde entier une charte obligeant les pays en guerre à secourir les blessés. Ainsi naquit, à Solférino, l’idée de la Croix-Rouge.

Photo1Napoléon III et Victor-Emmanuel II entrent à Milan libéré des Autrichiens

 

La guerre est finie, les timbres restent

GuerreFinie

Alarmé par les pertes de Solférino, inquiet de voir la Prusse envisager d’entrer dans la guerre, Napoléon III hâte le règlement de la campagne d’Italie : le 11 juillet 1859, il signe avec l’Autriche l’armistice de Villafranca. Un armistice considéré comme une trahison par beaucoup d’Italiens, car il donne la Lombardie au Piémont­ Sardaigne, mais laisse la Vénétie à l’Autriche. L’accord propose la création d’une confédération italienne sous la présidence honoraire du pape que les Français cantonnés à Rome continuent à protéger.

L’Armée française, dès le 9 août, est réorganisée en corps d’occupation, réduit à cinq divisions d’infanterie et deux brigades de cavalerie. Côté postal, subsistent des bureaux mobiles reliant les différentes unités et des bureaux fixes, en particulier à Côme, Crémone, Gênes, Brescia, Novare, Pavie et Alexandrie, dont on voit ici un cachet à date du 4 octobre 59 et la griffe portant l’abréviation ALEX.

 

On mélange timbres et cachets

TimbresCachetsDes timbres de l’Empire oblitérés par des bureaux de la Poste civile italienne en 1860 : ce n’était pas un accident, mais une pratique officielle et – relativement – courante. Jusqu’au départ des troupes françaises du Piémont-Sardaigne, les Postes sardes, en accord avec leurs homologues françaises, acheminaient aux tarifs métropolitains français (sans percevoir de taxe pour le port étranger) les correspondances militaires déposées dans leurs bureaux civils, en particulier lorsqu’il n’existait pas de bureaux militaires dans les villes où stationnaient les troupes françaises. Ces lettres pouvaient être affranchies avec des timbres français comme sardes.

Le bulletin des Postes françaises précisait même que “à la réception des dites lettres, le timbre à date du bureau étranger dont elles sont frappées est barré en croix et remplacé par le timbre du bureau ambulant de Genève à Mâcon ou par celui du bureau ambulant de Marseille à Lyon, suivant le point de leur entrée en France”. Ainsi s’expliquent ici les coups de plume sur le cachet de Milan (9 féb 60).

 

Dernières traces de la présence française

TracesL’année 1860 est surtout celle pendant laquelle le Risorgimento gagne, après le Piémont-­Sardaigne, les autres Etats italiens. La Toscane, Modène, Parme chassent du pouvoir leurs princes liés à l’ancienne tutelle autrichienne. La Romagne s’affranchit de la souveraineté du pape. Tous votent leur rattachement au Piémont. Le premier parlement italien se réunit le 2 avril à Turin.

Quelques semaines plus tard, en Italie méridionale, Garibaldi lance “l’Expédition des mille”. Il débarque à Marsala, en Sicile, prend Palerme, entre en septembre à Naples, qui réclame à son tour son rattachement au Piémont…

Quant aux Français, ils commencent à évacuer leurs troupes en mai 1860, jusqu’à fin juillet, date à laquelle le bureau central de Milan cesse de fonctionner. Symbole de l’effacement français au fur et à mesure de l’affirmation de l’unité italienne : ce 20 c de l’Empire voisinant sur lettre avec deux émissions du gouvernement provisoire de Parme. Les Postes parmesanes (comme celles de Toscane et de Lombardie) appliquaient les mêmes dispositions libérales que leurs homologues sardes vis-à-vis du courrier français.

 

Timbre non valable

NonValableBollo non valevole” : le préposé a barré ainsi le profil de l’empereur François-Joseph, sur le timbre de Lombardo­Vénétie datant de la tutelle autrichienne. A droite: la “bonne” effigie, celle de Victor-Emmanuel Il, sur timbres du royaume de Sardaigne. Des timbres que l’on retrouve, avec le Risorgimento, dans les autres Etats italiens, avant qu’ils ne s’étendent – toujours avec la même effigie – à l’ensemble de la péninsule, à partir de 1862. Entre-temps, le 27 avril 1861, Victor-Emmanuel a été couronné roi d’Italie à Turin. L’unité politique du pays est enfin réalisée. Elle sera complétée, en 1866, par la restitution de la Vénétie, à la suite de la victoire de Sadowa contre l’Autriche. Elle sera achevée, en 1870, avec l’entrée des Italiens dans Rome et le retrait du pape, réfugié au palais du Vatican.

Fin de plus de vingt ans de présence française en Italie. Fin d’une somptueuse collection aussi riche par sa charge historique que par la très haute qualité de ses pièces.

 

Timbre01

 

 

La bataille de Solférino,
où naquit l’idée de la Croix-Rouge

Timbre02

1870 : les derniers Français quittent Rome.
Le pape se refugie au Vatican.”
Rome, Rome
seule doit être la capitale d’Italie
“, disait Cavour.

 

 

Paru dans Timbroscopie n° 70 – Juin 1990

 

 

 

 

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