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Une

Nul n’était mieux placé que le Mexique pour retracer au fil de ses timbres – et en reproduisant de nombreux manuscrits anciens – l’histoire des civilisations qui ont dominé pendant mille cinq cents ans l’Amérique centrale, avant la colonisation espagnole.

01-02Pauvre Quetzalcoatl, comprimé entre l’annonce d’une conférence oubliée et deux logos publicitaires. Car ce petit bonhomme (1), représenté ici d’après un manuscrit multi-séculaire, n’est autre que le pilier de la mythologie pré-hispanique du Mexique, le grand roi-prêtre de Tula, le fondateur de la cité des Toltèques dont les touristes visitent encore aujourd’hui les ruines du Temple de l’étoile du matin, avec ses mystérieux atlantes (2). Comment ces colosses de pierre, vieux de mille ans, ont-ils pu être érigés en position verticale ? C’est l’un des mystères qui entourent la vie légendaire de Quetzalcoatl, dont les spécialistes des civilisations précolombiennes se demandent encore s’il apparaissait plus souvent en vieillard masqué ou en serpent à plumes (sur le timbre, il a choisi la seconde tenue).

03-04Quant à cet agave aux feuilles charnues (3), il symbolise l’instrument de la mort de Quetzalcoatl. Car on en extrait le pulque, puis, par distillation, le mescal. Et c’est en buvant cette perfide liqueur que Quetzalcoatl, saoulé par d’autres dieux mal intentionnés, pêcha avec une jeune indienne et, pris d’un coupable remords, décida de s’immoler par le feu. Ce qui fit autant pour sa légende que le récit mythique de son départ de la capitale toltèque, migration qui donne naissance au nouvel empire Maya, au sud de l’actuel Mexique. Ce serpent de pierre (4) est l’un des vestiges de cette somptueuse civilisation qui connut son apogée au début de notre millénaire. Représentant de Quetzalcoatl, il ornait le Temple majeur de Chichen Itza, la plus grande cité maya.

 

“Serpent à plumes” et “Coyotte rapide”

05-09Laissons le dieu-serpent dans son sanctuaire, et découvrons les successeurs des Mayas, à partir du XIe siècle. Voici Tlaloc (5), le maître de la pluie qui illustre fort à propos un timbre sur l’observatoire météo du Mexique. Comme le temps, sous son règne, demeurait désespérément au beau fixe, son peuple prit l’habitude de sacrifier des enfants en son honneur. On lui en offrit tant que, lorsque la pluie tomba enfin, ce fut un déluge… dans lequel Tlaloc périt avec son royaume. Voici Xolotl (6), premier souverain des Chichimèques (un peuple qui eut son heure de gloire avant la domination aztèque). Sa voisine chamarrée (7) est une princesse mixtèque du XIIe dont les sujets étaient célèbres pour leur travaux d’orfèvrerie. “Patte de tigre” (8) était aussi un souverain mixtèque, représenté ici en grande tenue de guerre. Sa mère s’appelait “Perle d’eau bleue” et son père, “Fils de l’eau”. Lui-même épousa “Serpent de fleur”. Tant de poésie ne l’empêcha pas de devenir l’un des plus farouches conquérants précolombiens.
Et puis, émergeant parmi les chefs de tribus indiennes qui se partagent alors le pays, le premier roi aztèque, Acamapichtli (9).

10Venus de la ville d’Aztlan, dont ils ont tiré leur nom, les Aztèques et leur tribu des Mexica s’installent, en 1325, dans une région marécageuse, louée à leurs voisins tépanèques : ils y fondent Tenochtitlan, la future Mexico (10).

11-1314-1516-17A partir de ce marais désolé, va se développer une civilisation d’un remarquable raffinement, dont témoignent ces trois scènes de la vie quotidienne: “A l’école” (11), “les Musiciens (12)” et “l’Astrologue (13)”. L’architecture, la sculpture, la poésie atteignent un niveau souvent supérieur à celui de l’Europe contemporaine, ce qui ne met pas pour autant un terme aux sacrifices humains, en l’honneur de dieux omniprésents, telle Xipe (14), déesse de la fertilité et du renouveau. Les Aztèques, s’alliant aux Chichimèques, dominent peu à peu tout le centre de l’actuel Mexique. On retrouve sur timbres les plus fameux souverains de l’époque : Nezahualcoyotl, alias Coyote rapide (15), fin lettré et juriste hors pair, auteur de quatre-vingts lois civiles, son fils Nezahualpilli (16), astrologue et philosophe, à ce point rigoureux et soucieux de justice qu’il fit exécuter son fils pour avoir proféré des insultes dans l’enceinte du palais royal; Motecuhzoma (17), qui construisit à Tenochtitlan un réseau d’aduction d’eau et organisa le commerce dans la vallée de Mexico. Enfin, Cuauhtemoc, dernier empereur aztèque et défenseur de Mexico contre le conquistador espagnol Cortès (18 et 19). Fait prisonnier à l’issue du siège de la ville, en 1521, Cuauhtemoc subit la torture du feu par les pieds, montre le timbre (20). Cortès voulait ainsi lui faire avouer l’emplacement du trésor caché des Aztèques.

18-1920L’empereur fut finalement exécuté, Tenochtitlan rasée et Mexico reconstruite sur ses ruines.

Le Mexique devenait peu après vice-royauté de la Nouvelle-Espagne. Et le nouvel occupant allait s’empresser, par le sabre comme par le goupillon, de réduire en esclavage les populations indiennes et de détruire des civilisations jugées trop imperméables à l’évangélisation.

Paru dans Timbroscopie n° 62 – Octobre 1989

A la recherche d’une civilisation perdue
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