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il y a 4 semaines

Les aborigènes d’Australie Australie, Océanie, Outre-mer

Une

Vivant en Australie depuis 40 000 ans, les aborigènes ont conservé jusqu’à nos jours leurs coutumes ancestrales. Enquête sur un peuple nomade.

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Territoires occupés aujourd’hui
par les aborigènes principalement
vers le rocher d’Ayers et la terre d’Arnhem.

 

 

 

 Carte02-03A gauche : Corroboree Rock, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest d’Alice­Springs.
Pendant longtemps, les aborigènes y ont conservé leurs objets sacrés.
A droite : un petit aborigène arec un dingo, chien sauvage du désert,
seul animal domestiqué par les aborigènes.

Carte04Le kangourou est le plus connu des animaux australiens.
Lorsque Je capitaine Cook, au XVIIIe siècle, demanda le nom de cet animal,
un aborigène lui répondit : « Kangaroo ». Ce qui signifie « je ne vous comprends pas ».

Carte05Un possum, marsupial végétarien très commun en Australie et en Nouvelle-Zélande.
On Je confond souvent avec l’opossum, marsupial carnivore d’Amérique du Sud.

 Les premiers habitants de l’Australie sont les « aborigènes ». Ce nom vient du latin aborigine qui signifie « depuis l’origine ». Les premiers aborigènes atteignirent le « continent » australien, venant d’Asie, il y a 40 000 ans au moins. A l’époque glaciaire, le niveau des océans était plus bas qu’aujourd’hui et il était relativement facile de passer d’île en île dans de petites embarcations. Ils débarquèrent sur la côte nord de l’Australie, puis, au cours des millénaires, ils progressèrent vers l’est, l’ouest et le sud.

Ils vivaient de chasse, de pêche et de cueillette, se déplaçant par petits groupes, à la recherche de leur nourriture. Ils connaissaient le feu, utilisaient des outils en os ou en pierre, construisaient des huttes d’écorce ou de bois mort.

Le « continent » australien est, en fait, une île immense dont la superficie est comparable à celle de l’Europe. Les aborigènes étaient donc complètement isolés du reste du monde. C’est pourquoi ils ont vécu comme à l’âge de pierre pendant des milliers d’années. Ceux qui habitent, aujourd’hui, le désert australien, loin de l’influence anglo-saxonne, vivent encore ainsi, mais ils sont de moins en moins nombreux.

 Vie proche de la nature

Le désert australien est un milieu hostile : la température dépasse souvent les 40 degrés à l’ombre (quand il y en a !) ; la végétation est rare, le gibier également ; l’eau est pratiquement inexistante.

Pour survivre, les aborigènes ont besoin d ‘une connaissance approfondie de la nature, connaissance qu’ils ont su se transmettre de génération en génération mais que les sociétés industrielles ont presque complètement perdue.

C’est ainsi qu’ils savent interpréter les signes annonciateurs du temps et qu’ils connaissent parfaitement la position des trous d’eau et des puits ; lorsque ces derniers sont à sec. ils savent où creuser dans le lit apparemment desséché d’une rivière et trouver assez d’eau pour survivre pendant quelques jours. Les femmes pratiquent la cueillette : fruits du cycas, pois du désert, figues indigènes. Un détail sur une branche d’arbuste leur laisse supposer la présence d’insectes : armées d’un bâton, elles creusent alors le sol et dégagent les racines ; si une racine présente une boursouflure, elle est coupée, ouverte sur sa longueur : les larves apparaissent ; elles ont quelques centimètres de longueur pour un diamètre d’environ 1 centimètre. Les autres racines sont recouvertes de terre afin de protéger l’arbuste. L’aborigène protège la nature qui lui permet de vivre ; c’est le premier et le meilleur écologiste. Mais revenons à nos larves. Leur cuisson est à la fois simple et rapide. Il suffit de recouvrir les larves encore vivantes de quelques braises brûlantes pendant une petite minute : après avoir enlevé les traces de cendre qui peuvent, éventuellement, rester sur l’animal. il est temps de déguster. Ainsi préparées. les larves ont le goût de noisettes ou de marrons grillés. De plus, ces larves sont riches en protéines dont les aborigènes ont grand besoin. Les fourmis à miel et les œufs d’oiseau sont également des mets de choix récoltés par les femmes.

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La chasse est le domaine des hommes. Le kangourou et l’émeu (genre d’autruche propre à l’Australie) constituent leur gibier préféré. Armé d’un javelot muni d’une pointe de silex, d’une massue en os ou, chez certaines tribus, d’un boomerang, l’aborigène peut traquer le kangourou pendant des heures. avec patience et ingéniosité. En examinant les empreintes de l’animal, il sait si ce dernier est passé récemment et vers où il se dirigeait. Pour masquer son odeur, il se place contre le vent et. s’il le peut , s’enduit le corps de boue. Si, malgré une journée d’efforts, aucun gibier n’a été tué, le chasseur se rabat sur des animaux moins « nobles » mais cependant appréciés : petits marsupiaux – bandicoots, possums (1), lézards (2), varans, iguanes. rats (3). Le varan, cuit à la broche. paraît beaucoup moins appétissant que les larves, d’autant qu’il ne semble pas avoir été vidé… La cuisson du kangourou nécessite un four creusé dans la terre et rempli de pierres brûlantes sur lesquelles est déposé l’animal que l’on recouvre de braises : seules ses pattes sortent du four et sont donc visibles. Après deux heures de cuisson environ. il est sorti du four et découpé à l’aide d’une hache en silex.

Le steak de kangourou est un peu caoutchouteux mais très mangeable.

La recherche constante de nourriture oblige les aborigènes à mener une vie nomade. Se déplaçant sans cesse à pied, ils ne peuvent pas s’encombrer d’instruments inutiles : en plus de leurs armes de chasse, ils transportent quelques couteaux d’os ou de pierre, quelques récipients et des outils pour creuser la terre : le plus connu d’entre eux est sans doute le craddle (mot anglais signifiant berceau) : il s’agit d’un morceau de bois très dur qui a été taillé, puis chauffé pour être façonné. Non seulement, il sert à creuser le sol, mais il est également utilisé en guise de jatte pour transporter ou présenter légumes, baies. fruits ou larves, il sert également de lit pour bébé, d’où son nom de craddle.

Les religions et les coutumes

Les aborigènes ont une vie religieuse très riche et une structure sociale complexe fondée sur la religion. Ils ont « inventé » un système selon lequel tout ce qui ne leur était pas familier ou tout ce qu’ils ne connaissaient pas pouvait être expliqué. Ce système consiste essentiellement à attribuer des caractéristiques humaines aux forces de la nature inconnues. Les principes régissant l’homme et ses liens avec la nature ont été établis à une époque très lointaine, appelée en anglais Dream Time (le Temps du rêve) et que l’on pourrait qualifier d’Age d’or. Les êtres de l’Age d’or pouvaient aussi bien être des animaux ou des plantes que des hommes. Ces ancêtres mythiques sont communs à de nombreuses tribus et sont associés aux sites sacrés ; ils participent toujours à leur essence spirituelle. C’est ce qu’on appelle leurs totems. Parmi les plus répandus, nous pouvons citer le kangourou, le possum, le varan, différentes espèces de poisson, l’igname sauvage…

Ayers Rock (le rocher d’Ayers) est un des sites sacrés les plus importants et, en tout cas. le plus connu hors de milieux aborigènes. C’est un des plus grands monolithes du monde, sinon le plus grand, situé au plein milieu du « continent » australien. en plein désert, à 500 kilomètres d’Alice Springs, la ville la plus proche. Ce haut lieu touristique et le site qui l’entoure, connu sous le nom d’Uluru, ont été rendus aux aborigènes en 1985 et toute trace non aborigène (hôtel…) a été supprimée dans un rayon de 25 kilomètres au tour du «Rocher».

Pour naître à la vie adulte, l’adolescent doit subir une« initiation »après laquelle il devient membre du clan à part entière et sera instruit des mythes associés au totem de son clan. En plus de l’initiation, il existe d’autres rites importants, mais ils sont tous l’affaire des hommes, gardiens des secrets de l’Age d’or. Aucun étranger n’est capable de les expliquer. Seuls deux ethnologues font autorité dans ce domaine mais leurs interprétations des rites, des coutumes et des arts sont souvent contradictoires… Signalons, enfin, le corroboree. Ce terme désigne une cérémonie ou une fête, religieuse ou profane. Une scène du film Crocodile Dundee est consacrée à un corroboree, mais ce dernier n’est certainement pas authentique, même si on entend le son du didjeridou, le célèbre instrument de musique aborigène, long tube en bois ou en bambou qui nécessite des poumons de bonne qualité.

 L’art et l’artisanat

Longtemps ignoré, l’art aborigène a désormais conquis ses lettres de noblesse. Il s’agit d’un art très ancien puisqu’on a retrouvé des rochers sculptés et des peintures rupestres datant de plus de vingt mille ans. Ces peintures sont des argiles et des ocres.

Cet art est essentiellement un reflet de la nature et de la grande diversité de la culture aborigène. Différents styles ont ainsi pu être rencontrés da ns les diverses parties de l’Australie :

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– style en forme de bâtons (4) dans la région de Cobar (Nouvelle-Galles du Sud). Il s’agit vraisemblablement de danseurs au cours d’une cérémonie.

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– style dit des rayons X, car les peintures ressemblent à des radiographies représentant un python (5), un poisson (6) ou un kangourou (7).

Ces animaux sont les totems de la tribu Wandjina, en Australie occidentale, et de la tribu Djawong, de la terre d’Arnhem, dans le Territoire du Nord.

L’art aborigène est aujourd’hui officiellement reconnu :

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– une peinture sur écorce d’arbre (8), réalisée par Yirawala (1896-1976), appartient à la Galerie nationale australienne de Canberra, qui est, pour les Australiens, l’équivalent de notre Musée du Louvre.

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– en 1981, les Postes australiennes ont demandé à des artistes de la tribu des Gunwinggu de réaliser des peintures sur écorce d’arbre afin de les reproduire sur timbres 9 à 10). Sur le timbre à 65 cents, le personnage central joue du didjeridou.

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– enfin, le timbre (11) émis en 1986 à l’occasion de l’Australia Day a été dessiné par un aborigène, Raymond Meek. Cette peinture, dans le style des rayons X, représente le « continent » australien (symbolisé par un œuf) entouré et protégé par les jambes du Wandjina, un ancêtre mythologique.

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– d’autres timbres (12) reproduisent des dessins récents réalisés avec de nouveaux matériaux mais représentant des motifs traditionnels.

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Quant à l’artisanat aborigène, il est de plus en plus recherché par les touristes, y compris par les touristes australiens. Des objets traditionnels, au jourd’hui folkloriques, comme le propulseur de lance ou le bouclier ou utilitaires, panier, bol, ceinture (13) sont désormais fabriqués en grand nombre à des fins purement commerciales.

Seuls les aborigènes vivant dans le désert ont su conserver leurs traditions et leur culture. En deux cents ans, au contact des Blancs, le plus grand nombre a con n u une évolution considérable à laquelle rien ne l’avait préparé. Les territoires de chasse ont été pris pour l’élevage, pour la construction des villes ou pour l’extraction des minerais.

Cependant, les aborigènes ont maintenant en main la gestion de la plupart des organismes les concernant. Ils sont des citoyens australiens à part entière tout en ayant la possibilité de conserver leurs traditions et leur culture. Mais la plupart d’entre eux vivent désormais dans la banlieue des grandes villes, souvent dans des taudis ; leur instruction est faible ; ils ne dépassent guère le niveau de l’enseignement secondaire, ce qui les condamne souvent aux petits travaux, voire au chômage.

 Un avenir prometteur

Carte06Sur cette carte les trois générations d’Australiens : les aborigènes, les Britanniques,
qui ont colonisé le continent aux XVIIIe et XIXe siècles et les nouveaux immigrants du XXe siècle.

Quelques exceptions, pourtant. Certains ont connu ou connaissent la gloire et la réussite sociale, notamment grâce à leurs qualités sportives : Yvonne Goolagong fut une joueuse de tennis célèbre dans le monde entier ; Mark Ella et ses frères furent de grands joueurs de rugby, tout comme Arthur Beetson en jeu à XIII. Enfin, Namatjira a connu gloire et fortune grâce à la peinture. Si la situation actuelle des aborigènes paraît sombre, leur avenir pourrait être meilleur. En effet, l’Australie, ayant connu un grand afflux d’immigrants, comporte désormais une mosaïque de groupes ethniques «condamnés» à vivre ensemble. Cette situation devrait aider les aborigènes à s’intégrer à la nation australienne dont ils constituent les premiers éléments.

Paru dans Le Monde des Philatélistes n° 465 – Juillet-Août 1992

 

Les aborigènes d’Australie
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