1959 : l’An I de la Ve République France, Monaco, Andorre, Non classé, Période moderne

Une

Comme les vins, les timbres ont leurs années… exceptionnelles, moyennes ou médiocres. Avec 330 F de cote aujourd’hui, 1959, première année de la Ve République, n’est pas ce qu’on pourrait appeler un grand millésime, mais une année importante. Cependant, d’un point de vue purement philatélique, certaines valeurs sont en train de bouger et pourraient bien revaloriser la cote de cette année.

Historiquement et politiquement, 1959 est très marquée – les événements d’Algérie en font l’actualité quotidienne. C’est aussi la dernière année des anciens francs. Curieusement, la grande majorité des timbres émis pour les débuts de la jeune République ont été décidés par la défunte IVe République. Le détail du programme a été annoncé au mois de novembre 1958, peu avant l’élection du général de Gaulle à la magistrature suprême, le 21 décembre.

Les trente-neuf timbres annoncés alors par Eugène Thomas, ministre des PTT, sont dans la continuité de ce qui a été réalisé jusqu’alors. Pas d’innovations marquantes, une quantité importante de personnages dont on fête les anniversaires. Eugène Thomas n’a pas bonne presse auprès des collectionneurs qui lui reprochent son dédain pour les choses de la philatélie. De M. Cornut-Gentille, qui lui succède le 8 janvier au secrétariat d’Etat nouvellement installé avenue de Ségur, on attend beaucoup, mais, surtout, un joli timbre pour symboliser la Ve République…

01-02C’est raté, le premier timbre de l’année est une « Marianne de Muller »! C’est une émission « technique »: les tarifs postaux viennent d’être relevés. La lette passe de 20 à 25 F le 6 janvier… la Marianne a été émise la veille (1). Le 12 janvier, on y adjoint une « Moissonneuse » à 10 F destinée à être collée sur les envois d’imprimés (2).

03-05Le véritable premier timbre du programme, c’est le 15 F « Floralies parisiennes ». Il paraît le 17 janvier (3). Il plaît tellement qu’on ne le trouve plus dans les bureaux quelques jours après son émission. Une commémoration réalisée en retard. Il n’y aura pas que celle-là: « le 150e anniversaire des Palmes académiques » (4) qui aurait dû se fêter en 1958 paraît le 24 janvier ! Enfin, le dernier timbre de ce premier mois de l’année 1959, c’est le 50 F « Charles de Foucauld » dont c’est le 101 e anniversaire de la naissance (5).

06-08Petite déception pour les collectionneurs : les timbres touristiques prévus, la Sioule, Viaduc de Chaumont, Château de Fougères, etc., ne sont pas émis. On ressort de vieux clichés dont on modifie les valeurs faciales pour correspondre aux nouveaux tarifs postaux : le 30 F « Palais de l’Elysée » (6) pour la carte postale pour l’étranger, le 85 F « Evian-les-Bains » (7) pour la lettre recommandée et le 100 F « Guadeloupe » (8) pour les gros envois.

Ce dernier timbre est en pleine progression. A noter: sans doute pour éviter les confusions, la Poste a pris soin de retirer de la vente les trois anciennes valeurs correspondantes (à 10, 65 et 8 F respectivement) cinq jours auparavant.

09Ce mois de février est bien chargé. Après ces trois timbres émis le 10, voici un 300 F pour la Poste aérienne qui paraît le 14. Le « MS 760 Paris » était pourtant annoncé à 100 F (9). Il est vrai que le SMIG a été augmenté : il est passé de 149,25 F à 156 F le 3février.

Au programme : l’Algérie

10-13Quatre préos paraissent le 1er mars (10 à 13), de bons petits timbres promis à disparaître sous peu: les premiers timbres en NF devraient sortir en juillet !

147 mars: un nouveau blason s’ajoute à la longue série d’armoiries déjà parues, « Alger » (14). Il faut savoir que le général de Gaulle a en effet fait admettre l’utilisation, en Algérie, de timbres en tout point identiques à ceux de la métropole. Ce blason d’Alger répond à ce besoin.

15-16« L’aéropostale de nuit » (15), c’est la figurine de la Journée du Timbre organisée les 21-22 mars dans cinquante-cinq villes de France et d’Outre-Mer, en Algérie et en Afrique. Ce timbre précède le premier hors-programme de l’année, le 20 F « Ecole des Mines » (16), un 175e anniversaire que l’on a oublié de célébrer en 1958 ! Encore un ! Ceci dit, chacun en apprécie beaucoup les coloris.

17-21Le 25 avril, c’est la série des « Résistants ». Cinq timbres qui auraient pu être neuf, si l’on n’avait pas groupé les cinq martyrs du lycée Buffon (17 à 21).

22-25Un mois de tranquillité pour les collectionneurs… Ce n’est que le 23 mai qu’apparaissent les quatre timbres de la série « Réalisations techniques ». Deux d’entre-eux soulignent notre intérêt pour l’Algérie: le « Barrage de Foum el Gherza » (22) et « Hassi Messaoud » (23). « Marcoule » (24) rappelle l’attachement du gouvernement au nucléaire, quant au « Palais du CNIT » (25), il n’est que le premier pion du vaste complexe que deviendra le quartier de la Défense.

26-27Le 29 mai, deux « Conseil de l’Europe » (26 et 27) sont émis en catimini. « C’est un scandale », titre-t-on à l’époque, d’autant que certaines personnes, bien informées, ont réussi à faire des « Premiers Jours » qu’ils commercialisent 4 000 F à l’époque (250 F aujourd’hui!).

28-33Tir groupé le l3 juin, six personnages célèbres sont émis le même jour. Chacun admet qu’ils sont assez bien réussis mais regrette l’utilisation de la monochromie (28 à 33).

34-35Un mois de juin uniquement dédié aux personnages avec encore le même jour un 20 F « Goujon et Rozanoff » (34) et le 20, un 30 F « Marceline Desbordes-Valmore » (35) qui, comme chacun sait, est une poétesse.

36L’événement que les collectionneurs attendaient se précise le 27 juillet, treize jours après la vague d’attentats FLN en métropole. La « Marianne à la Nef », le symbole de la Ve est émis (36). Les commentaires vont bon train : on remarque que le vent souffle du sud (rappel des événements du 13 mai 1958), que le « pilote » de la nef se cache derrière la voile, que la nouvelle République semble bien passive, etc. Malgré tout, le timbre est bien accepté et on en attend un second qui doit symboliser la communauté… On apprend aussi, à la même époque, que les futurs timbres en nouveaux francs ne seront émis qu’en janvier 1960.

37Le 37e timbre de l’année paraît le 1er août. C’est un hors-programme que l’on peut classer dans la série des « Réalisations et techniques »: le « Pont de Tancarville » (37). Dès l’origine, on lui découvre une variété: les inscriptions en bleu clair au lieu de bleu foncé.

38-40Le 12 septembre, soit quatre jours avant que le général de Gaulle ne prononce le mot fatidique « d’autodétermination », c’est l’émission du 50 F « Jean Jaurès » (38). Le 19, c’est au tour des Europa (39 et 40) dont la maquette est due à un . artiste allemand, le professeur Brudi… on a vu mieux dans le genre !

4142-4344-45Le rythme des émissions se ralentit nettement : seulement trois timbres en octobre. Un 20 F « Donneurs de sang » (41), émis le 17 ; puis le 30, un hors programme à 20 F « Vaincre la poliomyélite » (42). Deux émissions placées sous le signe de la santé. Le troisième timbre fait partie d’une série illustrant le « Tricentenaire du traité des Pyrénées » en 1659. Cette cordiale poignée de main (43) est émise le 17 octobre. Vont suivre « Avesnes­sur-Helpe » (44) et le « Castillet de Perpignan » (45), le 14 novembre.

46-48Auparavant, il y aura eu une grosse tête – au propre comme au figuré -celle du philosophe Henri Bergson (46). Les deux timbres « Croix-Rouge » clôturent, en principe, le programme des émissions de 1959 : un 20 F + 10 F « Michel de l’Epée » (47) et « Valentin Haüy » (48) émis en feuilles et en carnets (un petit tirage de 132 000 !).

49C’était sans compter sur la catastrophe du barrage de Malpasset à une dizaine de kilomètres de Fréjus. Le barrage cède le 4 décembre 1959. Les eaux gonflées par la pluie s’engouffrent dans la vallée et atteignent Fréjus qu’elles coupent en deux. Il y aura quatre cent-trente-trois victimes et trente milliards de dégâts. La Poste réalise une surcharge spéciale sur la « Marianne à la Nef » (49) comprenant le mot « Fréjus » et le montant de la surtaxe « +5 F ». Ce timbre n’a été vendu que du 11 au 24 décembre 1959.

 Une année transitoire

Des cars postaux installés sur les Champs-Elysées ont dispensé une oblitération spéciale non illustrée (80000 cachets auraient été apposés).

50Le dernier timbre de l’année paraîtra le 12 décembre. C’est le quatrième grand hors-programme, il est émis pour le dixième anniversaire de l’OTAN (50) quelque sept ans avant que la France ne se retire du commandement intégré…

L’ensemble des cinquante timbres représente 1853 F de l’époque, ce qui, converti en francs actuels, représente de 115 à 120 F. Cela correspond également à douze heures de travail pour un « smigard » de l’époque. En cote totale, avec les préos, le Poste aérienne et les « service », on arrive à une somme de 583 F. Les bons timbres de 1959 sont les 85 F « Evian-les-Bains » et 100 F « Guadeloupe » pour la partie Poste, les quatre préos, appelés à monter encore, ainsi que le carnet Croix-Rouge nettement sous­ évalué. Ces locomotives devraient relancer cette année 1959 dont on n’oublie trop souvent qu’elle marque la transition entre deux époques, celle des timbres de l’après-guerre et celle que nous vivons actuellement, imprégnée de modernité.

Paru dans Timbroscopie n° 40 – Octobre 1987

1959 : l’An I de la Ve République
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