Le courrier des volontaires belges pendant la campagne du Mexique 1864-1867 Amérique du Sud, Belgique, Europe, Mexique, Outre-mer

Une

L’histoire postale du corps expéditionnaire français qui est allé combattre au Mexique sous le règne de l’empereur Maximilien et de l’impératrice Charlotte dans les années 1860 a été de manière récurrente étudiée ces dernières décennies par des spécialistes de renom. En ce qui concerne le volet belge de l’aventure, c’est une autre histoire. James van der Linden et Jean-Claude Porrignon ont récemment publié dans des revues distinctes de très intéressants articles. C’est à notre connaissance les premiers chercheurs à s’être penchés sérieusement sur le sujet en prenant un tant soit peu de perspective tant historique que philatélique. En revanche, une synthèse des documents qui sont parvenus jusqu’à nous, remis dans leur contexte historique pour les différents types de courriers vus jusqu’à présent, n’a pas encore, croyons-nous, été publiée. La rareté des pièces rencontrées explique aisément en grande partie cet état de fait.

 

Comme nous allons le détailler plus avant, seules quelques rares pièces ont pu être répertoriées. A côté de la rareté intrinsèque des documents, un autre écueil et non des moindres est l’égale difficulté à trouver des sources historiques qui puissent être exploitées en prenant soin de les vérifier, en les confrontant par exemple aux témoignages de l’époque et parfois même en lisant simplement le contenu du maigre courrier retrouvé !

Contexte historique

01

1 Maximilien recevant en audience la délégation mexicaine venue lui offrir le trône le 3 octobre 1863.
(Albert Duchesne, «
 L’Expédition des volontaires belges au Mexique 1864-1867 ».)

Que diable sont allés faire si loin de leur patrie 1 500 bonshommes partis d’Audenarde (petite ville située non loin de Gand) où une instruction accélérée leur a été prodiguée avec pour la plupart l’espoir un peu naïf de pouvoir faire fortune pour les uns, de revenir couronnés de gloire pour les autres, une fois les quelques dizaines de trublions mexicains neutralisés ? C’est en caricaturant à peine, le tableau qui en avait été fait auprès des autorités belges par la délégation « mexicaine » venue plaider sa cause auprès du roi Léopold Ier 1. Les « trublions mexicains », nous dirions aujourd’hui des « insurgés » vont se révéler être en fait une véritable armée structurée connaissant parfaitement le terrain et bénéficiant bien souvent du soutien de la population. L’empereur Napoléon III était de son côté tout heureux de trouver un allié auprès d’une autre cour d’Europe. Les Etats-Unis sont en pleine guerre civile et bien que voyant d’un très mauvais œil une intervention étrangère chez son voisin direct, ne peuvent réagir militairement. Nous verrons qu’aussitôt la guerre de Sécession terminée, le géant américain se réveillera et les conséquences se feront sentir immédiatement pour les parties en présence.

 Les origines de l’intervention militaire

022 Uniformes de la légion belge au Mexique.

Bien avant l’entrée en lice des volontaires belges, l’armée française était partie dès janvier 1862 au Mexique sous le prétexte de créances impayées par Mexico et la suspension décidée par le congrès mexicain emmené par Benito Juarez de ne plus rien rembourser. Il faudra par la suite, après plus d’un an de présence française, mettre sur le trône du futur empire un personnage de haut rang issu du gotha européen. Ainsi, il pourrait faire rapatrier les troupes stationnées sur place et reprendre ses billes sans y perdre trop de plumes…

Son choix se porte sur l’archiduc Maximilien qui par son mariage avec la princesse Charlotte, fille de Léopold Ier, est le candidat idéal à ses yeux. Le couple qui avait espéré une destinée digne de leur rang reçoit comme une bénédiction la proposition offerte sur un plateau d’argent de régner sur le Mexique. Leur inexpérience mais aussi et surtout les encouragements venant de toute part les font mordre à l’hameçon de Napoléon III. Le futur couple impérial doit être entouré d’une garde rapprochée. François-Joseph à Vienne et Léopold Ier à Bruxelles vont tout mettre en œuvre pour créer, à l’aide de volontaires des deux pays, une garde « impériale ». Il fallait coûte que coûte une troupe capable de protéger le nouveau régime. Il faut attendre mars 1864 pour voir apparaître dans différents journaux l’annonce d’un recrutement de volontaires. Les uniformes ressemblent à s’y méprendre à celui des volontaires de la garde civique belge. 2

Les volontaires du régiment Impératrice Charlotte

Il est décidé d’établir à Audenarde une commission chargée de l’admission des candidats. Entre le début des engagements d’août 1864 et les mois qui suivirent, les conditions très strictes du début vont peu à peu s’assouplir considérablement au vu du peu d’enthousiasme des candidats et faire place à un contrôle très sommaire. Des 2 000 engagés s’étant inscrits, il n’y aura qu’un peu plus de 1 500 qui s’embarqueront effectivement en plusieurs contingents au port de Saint-Nazaire. Il est frappant de constater que, sur ce nombre, près de 200 volontaires sont étrangers dont un bon nombre profitera de l’aubaine d’être transporté gratuitement jusqu’à Vera-Cruz pour s’évanouir dans la nature aussitôt débarqués…

 033 Le « Floride ».

Le premier contingent composé de 600 volontaires partit d’Audenarde le 14 octobre 1864 et s’embarqua sur le Louisiane appartenant à la Compagnie générale transatlantique qui quitta le port le 16 octobre. Un deuxième contingent de 400 hommes (dont quatre cantinières) embarque un mois plus tard, le 15 novembre 1864, sur un autre navire de la Compagnie, Le Floride qui arriva à Vera-Cruz le 15 décembre 3. Un troisième composé cette fois de 362 participants embarque à bord du Tampico en décembre 1864 qui arriva en rade de Vera-Cruz le 14 janvier 1865. Un peu moins de 200 hommes composeront le dernier contingent qui embarqua sur le « Louisiane » le 24 janvier 1865 pour arriver à Vera-Cruz le 8 mars 1865.

Le coût de la vie sur place y compris pour l’affranchissement du courrier

De Vera-Cruz, chaque contingent rejoindra plus ou moins rapidement la capitale, Mexico. Les Belges vont vite perdre toutes leurs illusions quant à une vie plus confortable sur place. La plupart des denrées et des biens de consommation sont plus chers qu’en Belgique ! Dans un premier temps, les Belges sont cantonnés à Mexico et sa périphérie et ont pour principale tâche de former la garde impériale. Le premier détachement arrivé à Mexico le 7 janvier 1865 est réparti entre le palais impérial et plusieurs garnisons en périphérie de la capitale dont Rio Frio dont nous reparlerons plus loin. Comme le décrit Albert Duchesne, les tarifs postaux avec l’Europe sont prohibitifs pour les hommes de troupe : « Le tarif d’affranchissement des lettres pour l’Europe était exorbitant.

Jusqu’au baptême du feu de la Légion, qui entraîna en avril 1865 la décision impériale de réduire à un medio le port des lettres, nos compatriotes n’étaient pas en mesure d’écrire régulièrement à leurs parents. Il faut savoir que promesse avait été faite aux volontaires d’être logés, nourris et habillés et de recevoir 37,5 centimes par jour d’argent de poche. En réalité, devant la mauvaise qualité de la nourriture reçue, ils devaient acheter leur propre pain et ne recevaient que 65 centimes tous les cinq jours ! »

La légion belge en campagne

044 La place de Monterey, les volontaires belges à la sortie de la messe.

Les Belges reçoivent l’ordre de se rendre dans la province du Michoacan pour pacifier la région aux prises avec les troupes de Benito Juarez, le président destitué suite à l’arrivée des troupes françaises au Mexique. La ville de garnison, centre politique de la région, est Morelia où arrivent les troupes belges le 30 mars 1865. Début avril une partie des troupes partie défendre la petite bourgade de Tacambaro est décimée par les troupes juaristes et les survivants faits prisonniers. Après à peine quelques semaines de campagne, la légion belge perdait un sixième de son effectif initial en comptant les décès, les blessés et les 200 prisonniers. La légion prendra sa revanche en juillet 1865 en infligeant une première défaite aux troupes de Juarez lors d’un combat qui se déroula non loin de la terrible défaite de Tacambaro, à La Loma. La légion belge put faire un nombre suffisant de prisonniers parmi les troupes mexicaines pour ouvrir des pourparlers en vue d’une libération des prisonniers belges. Il faudra attendre décembre 1865 pour qu’un échange de prisonniers ait lieu. Après de nombreuses péripéties, la légion belge est envoyée dans le Nord, dans la ville de Monterey, proche de la frontière avec les Etats-Unis 4.

055 Plan d’ensemble des opérations belges au Mexique.

Durant l’année 1866, les troupes belges vont rester cantonnées dans le Nord jusqu’en septembre où la situation sur place devient intenable. Les troupes belges étaient installées à Queretaro. Elles reçurent l’ordre d’aller protéger la ville de Tula. Sur la route, les soldats apprirent la chute de la ville d’Ixmiquilpan plus au Nord. La décision fut prise de reprendre la ville. L’offensive tourna au désastre pour les Belges qui durent se retirer avec de nombreuses pertes. Après un nouveau casernement à Tulancingo, situé au Nord-Est de Mexico, les Belges apprennent que l’empereur Maximilien avait signé l’acte de dissolution des légions étrangères sur le sol mexicain et l’ordre d’évacuation. Après une retraite sur Puebla, les Belges rembarquent vers l’Europe dans la deuxième moitié de janvier 1867. 5

Histoire postale

Le courrier à destination du Mexique

066 Lettre expédiée d’Anvers le 12 novembre 1864 à destination d’un sous-lieutenant qui au moment
de la réception au Mexique était en poste à Rio Frio, proche banlieue de Mexico.
Elle a transité par Ostende le 13
 novembre et par Londres le 14. Le port correct était de 1,50 franc dont seulement
90 centimes sont représentés ici. 20 centimes était dû à l’office belge et 1,30 à l’office anglais pour le transit
de mer jusqu’au port de destination de Vera-Cruz indiqué partiellement à l’encre rouge par la marque
«
 1/1 » soit un shilling 1 penny. La poste mexicaine a apposé une taxe
de «
 2 » reales en noir pour le port de Vera-Cruz à Mexico. (Collection Jean-Claude Porignon.)

 Lorsque l’on tente de rassembler du courrier concernant la légion belge au Mexique, il faut tout d’abord s’armer de patience. Les raisons pour lesquelles ce courrier est quasi introuvable sont, pour une bonne part, facilement compréhensibles. Le nombre tout d’abord : alors que la présence française au Mexique est très importante, la légion belge compte tout au plus 1 500 unités desquelles il faut déduire les déserteurs de la première heure qui se sont évaporés dans la nature dès leur arrivée à Vera-Cruz. Ensuite, nous l’avons vu, envoyer une lettre coûte horriblement cher et cela vaut aussi pour le courrier envoyé à destination de la légion. En pratique, seuls les privilégiés ont reçu de temps à autre du courrier, sans parler de la difficulté de faire parvenir une missive dans un pays en constante ébullition où les diligences se faisaient régulièrement attaquer.

Nous ne connaissons pour l’instant qu’un seul document parti de Belgique qui nous soit parvenu et encore privé de la moitié supérieure 6.

077 Rio Frio peu après la fin de l’Empire

Bien que le nom du destinataire soit absent, il est fort vraisemblable qu’il s’agisse du sous-lieutenant Alfred-Désiré Stoeps qui avait reçu l’ordre, dès l’arrivée du premier contingent à Mexico, de relever le poste français de Rio Frio. 7

Nous avons connaissance d’une lettre conservée aux archives de l’armée à Bruxelles envoyée de Bruxelles au lieutenant Loiseau mais dont l’affranchissement a été découpé de manière tout à fait déplorable…

Le courrier expédié par des membres de la légion belge

Le courrier par achemineur privé

088 Lettre expédiée de Mexico le 9 juillet 1865 vers Fosses en Belgique avec mention manuscrite
«
par l’intermédiaire de Mr Edmond Vanden Wyngaert / négociant rue capuchinao  1 Mexico ».
Transportée par bateau de commerce pour Anvers, la lettre a été affranchie à l’aide d’un 20 centimes
Médaillon et on y a apposé au verso le cachet encadré « E.VANDENWYNGAERT/ANVERS.
Le timbre est oblitéré par le cachet «
 12 » du bureau d’Anvers le 10 août 1865. A l’arrivée à Fosses,
la lettre est taxée (griffe AFFR. INSUFF. 133) pour une lettre d’un poids de «
 11 gr »
et taxée «
 3 » décimes (20 centimes et 10 centimes de pénalité) au bureau de Fosses. Collection E. Van Tendeloo

Il ne s’agit pas à proprement parlé ici d’une lettre d’un membre de la légion mais d’un Belge installé au Mexique depuis de nombreuses années et qui est soupçonné d’entraîner à la désertion des membres de la légion belge. Dans la lettre qui suit, Wodon de Sorinne, c’est son nom, tente de se disculper de ces allégations auprès d’un proche resté en Belgique. Après avoir passé un temps en prison, il sera finalement libéré. Après ces années tumultueuses, il restera au Mexique et se révélera comme architecte pour de nombreux édifices publics à travers le pays. Par peur bien compréhensible que sa lettre soit interceptée par les autorités officielles, il préfère confier son courrier à un ami qui prend un bateau à destination de l’Europe et qui une fois en Belgique a affranchi la lettre au tarif du port intérieur belge 8.

L’expéditeur fait allusion à la difficulté d’envoyer du courrier en mentionnant « Je suppose que tu n’as pas reçu ma lettre, elle se sera perdue comme tant d’autres qui se sont égarées, comme tant d’autres lettres enlevées par les guérillas qui sillonnent partout les chemins… »

Le courrier de la légion avec affranchissement mexicain

 099

Nous avons vu que le port des lettres était prohibitif et qu’à partir d’avril 1865, les membres de la légion belge sont autorisés à affranchir leur courrier avec un timbre à un medio real. Quelques lettres sont ainsi répertoriées. Il existe un document qui provient de la documentation de Robert Abensur qui est du plus haut intérêt à ce sujet. Elle émane de l’officier payeur du contingent français qui s’adresse au directeur général des Postes en France au sujet du traitement du courrier de la légion belge qui vient d’arriver à Mexico. Il y est fait mention « des courriers anglais et français » qui devront prendre en charge la correspondance des Belges sur place. La lettre est datée du 14 décembre 1864 et porte un cachet de la poste « CORRESPONDANCES ÉTRANGÈRES » du 13 janvier 1865. 9

10

10 Lettre expédiée de Morelia, affranchie à l’aide d’un 2 reales annulé par la griffe sur deux lignes
«
 FRANCO EN/PATZCUARO », district postal de Morelia, vers Bruxelles. Indication manuscrite
«
 Par voie d’Angleterre » et taxation « 1/2 » (un shilling 2 pence) pour le transit par mer
par la Royal Mail Steam Company. Dans le cas présent, après le 8
 août 1865 (date de la convention
entre la Grande-Bretagne et la Belgique par laquelle la bonification entre les deux pays est passée de 3sh2p à 1sh1p).
La lettre a été probablement transportée de Vera-Cruz le 17
 août 1865 par le « Solent »
avec arrivée à Saint-Thomas et réembarquée à bord du «
 Seine »jusqu’à Southampton le 13 septembre et arrivée
le 14
 octobre 1865. Le port indiqué sur la lettre est 1sh2p pour la Grande-Bretagne
et 15 décimes pour la Belgique. La poste belge a donc payé 14 décimes à la Grande-Bretagne
et gardé un décime pour le port intérieur. Dans la convention, le port dû à la Grande-Bretagne
est de 1sh1p soit 13 décimes à payer par le destinataire (circ. 696 annexe
 V, tableau L).

Un premier courrier a été envoyé depuis Morelia par le secrétaire du colonel Van der Smissen, commandant la légion belge. Léon Mans, originaire de Saint-Trond, était étudiant à l’Université libre de Bruxelles lorsqu’il s’engagea le tout premier sur la liste des volontaires en août 1864. Ses études et le fait d’être le tout premier inscrit ont certainement joué en sa faveur pour être désigné secrétaire du Commandant du régiment comme indiqué au verso de sa lettre adressée à sa mère. La lettre ne comporte aucune date ou cachet à date. Nous savons que les troupes belges arrivent en mars 1865 à Morelia. De plus, le tarif interne au Mexique est encore de 2 reales, soit le tarif en vigueur avant la diminution d’avril 1865. On peut donc en déduire que cette lettre a été envoyée dans cette courte période avant le changement de tarif 10.

A la lecture de l’ouvrage de L. Corbett dont est issue cette illustration, il nous apparaît que la région de Michoacan où ont été envoyés les Belges est tout sauf une sinécure. L’histoire postale du bureau de Morelia en est le témoignage passant d’un camp à l’autre avec les conséquences que l’on devine dans le transport du courrier et l’approvisionnement en timbres.

 1111 Le colonel Albert van der Smissen.

 12a12b

12 Lettre affranchie à un medio Real correspondant au tarif intérieur (équivalent à 30 centimes)
expédiée vers Bruxelles. L’enveloppe porte au verso la devise «
 Vestigia nulla retrorsum »
(jamais un pas en arrière) avec les initiales « AS », le papier à lettre du colonel Albert van der Smissen !
Elle a été transportée par la poste civile jusqu’à Vera-Cruz où elle embarque à bord du «
 Eider »
de la Royal Mail Steam Packet Company, à destination de Saint-Thomas. «
 L’Atrato » prend le relais le 29 mai
pour arriver à Southampton le 28
 juin. Elle parvient à Londres le même jour
(cachet de passage «
 LONDON JU-28 1865 » au verso). Taxation « 1/1 » soit 1 shilling 1 penny)
apposée à Londres pour le transit par mer et port dû de 13 décimes par le destinataire.
La convention a été signée le 20
 mai 1865 à Londres mais n’est d’application qu’à la date du 1er août 1865
en Belgique (circ. 696, annexe
 V, tableau L). Le timbre n’a pas été oblitéré, mais les surcharges présentes
permettent de déterminer qu’il s’agit à nouveau du bureau postal de Morelia avec l’indication
de l’envoi «
 220 1864 » qui a été expédié à ce bureau le 23 novembre 1864 (1 000 exemplaires du medio real).

1313 Lettre expédiée de Mexico envoyée de Morelia par Ernest Mallié, natif de Lille,
engagé en octobre
 1864 à la légion belge. Affranchie d’un medio real, elle est expédiée
de Mexico le 14
 décembre 1865 à destination de Lille. Elle a transité par un navire français, cachet octogonal
«
 VERA-CRUZ/16 DEC. 65/PAQ. FR. B N° 5 » et arriva à Lille le 14 janvier 1866.
Un port de 8 décimes a été frappé en noir, le port dû à cette époque pour une lettre
du Mexique vers la France. Ernest Mallié était l’adjoint de l’officier payeur du régiment belge.

14 14 Lettre affranchie à un medio real expédiée de Mexico le 13 mai 1866
vers Orsainfaing près de Marbehan. Elle embarque à Vera-Cruz sur le paquebot
«
 France » de la Compagnie générale transatlantique, ligne B : Vera-Cruz-Saint-Nazaire.
Marque du cachet consulaire «
 Mexique/1/13 MAI 66 » (Salles, 1361) pour arriver le 7 juin à Saint-Nazaire.
Marque de transit «
 F/26 » apposée à Paris par erreur : ce cachet devait être apposé sur le courrier
venant de Suisse vers la Belgique en transit par la France. Cette marque se rencontre aussi sur du courrier
en transit par la France venant d’autres pays. Dans ce cas-ci, l’erreur est probablement due au fait
qu’il n’y avait pas de convention entre la France et le Mexique. Taxation «
 12 » en noir biffée
et modifiée en «
 10 » à l’encre. Le bureau de Paris a frappé le « 12 » en pensant que la lettre
était distribuée en France. La taxation a été rectifiée en Belgique, 2 x 5 décimes (double port de 5 décimes,
port d’une lettre simple depuis la France depuis le 1er
 janvier 1866). Transit par Namur le 7 juin 1866 et arrivée le 8 juin à destination.

De la même archive provient la lettre suivante, cette fois affranchie au tarif préférentiel d’un medio real toujours transportée par bateau anglais comme en résulte le port de mer dû à la poste anglaise avec cette fois un calcul du port conforme à la convention entrée en vigueur en Belgique au mois d’août 1865 11, 12, 13 et 14.

Ceci est un bel exemple des adaptations des règles faites par un bureau de départ au moment d’une nouvelle convention postale. Cela montre aussi la confusion du personnel du bureau frontière d’Ostende qui transforme le port anglais en 13 décimes à l’encre rouge comme prescrit pour des lettres vers la Grande-Bretagne. Le bureau de Bruxelles oublie d’y ajouter 2 décimes, et donc le destinataire ne doit payer finalement que 13 décimes au lieu des 15 prévus.

Le courrier vers la Belgique affranchi avec timbre français

15

15 Sous-officier de la légion belge

 1616 Lettre à destination de Aalter, affranchie à l’aide d’un 20 centimes, tarif propre
aux soldats français, oblitéré par le cachet a «
 CEM A » (Blot type 11)
et porte le cachet de départ «
 CORPS EXP. Mexique / 26 FEVR / 66 Beau A ».
Les lettres ainsi transportées étaient pourvues du cachet «
 CORPS EXP. Mexique » à l’arrivée à Paris
pour la voie française. Au vu du cachet de transit du 31 mars, cette lettre toute comme la suivante n’a pu être transportée
par le «
 Louisiana » de cette ligne ni par le « Conway » de la ligne anglaise arrivé bien plus tard en Europe.
Elle a dû être transportée par un navire de la marine française pour arriver au bureau frontière
«
 France MIDI II » le 31 mars 1866. Griffe « AFFRANCHISSEMENT/15/ INSUFFISANT »
apposée à Paris (service de l’Etranger) et taxation «
 3 » décimes suite au nouveau tarif
de 50 centimes du 1er
 janvier 1866 avec la Belgique, déduction faite des 20 centimes
déjà payés au départ. Cachet d’arrivée à Aeltre le 1er
 avril 1866.

 17

17 Toutes les lettres devaient passer entre les mains d’un officier français pour bénéficier du tarif préférentiel de 20 centimes.

 18a 18b

18 Lettre envoyée par un membre du régiment belge avec mention au verso « …du Rég. Etrang…Le Capitaine »
qui a vraisemblablement autorisé l’expédition de cette lettre avec un affranchissement
de 20 centimes. Il est oblitéré «
 CEM A » (Blot type 11) et porte le cachet de départ
«
 CORPS EXP. Mexique / 26 FEVR / 66 Beau A ». Le cachet de transit « France PAR MOUSCRON »
du 31
 mars porte à croire que la lettre a été transportée par un bateau de la flotte française, le bateau anglais reliant
Mexico à Southampton n’y arriva que le 11
 avril. La lettre étant à destination de la Belgique,
le bureau de Paris apposa la griffe «
 AFFRANCHISSEMENT/15/ INSUFFISANT 15 » (service de l’étranger)
et taxa la lettre «
 3 » décimes. Depuis le 1er janvier 1866, le port d’une lettre était de 50 centimes
duquel les 20 centimes ont été déduits formant ainsi une taxe de 3 décimes.
Marque de transit à Roulers le 1er
 avril 1866 et arrivée à Moorslede le même jour. 

Après l’installation du corps expéditionnaire français, il était nécessaire d’ouvrir une ligne maritime pour permettre un ravitaillement régulier en hommes et en matériel. En avril 1862, la Compagnie générale transatlantique ouvre cette ligne directe mensuelle de Saint-Nazaire vers Vera-Cruz. Nous connaissons deux lettres qui ont été affranchies au tarif préférentiel de 20 centimes (circulaire 258 BM 78) dévolu aux soldats, à destination de la Belgique, envoyée par un membre de la légion belge 15. Dans ce cas-ci, il n’a pas été possible de préciser avec certitude le nom de l’expéditeur, deux voire trois volontaires étant originaires de la région. Il s’agit du seul exemple à ce jour de l’emploi du tarif français de 20 centimes 16,17 et 18.

Deux frères originaires de Aalter étaient membres de la légion et l’un deux pourrait être l’expéditeur de cette missive.

Nous serions heureux de pouvoir publier toute pièce provenant d’un membre de la légion belge. Malgré le nombre plus que restreint de pièces répertoriées, nous sommes persuadés qu’il reste encore beaucoup à découvrir dans ce domaine.

Le retour des troupes étrangères en Europe va précipiter la chute de Maximilien. Fait prisonnier à Queretaro, les Mexicains ne vont pas lui pardonner certains comportements odieux des troupes étrangères. Il sera fusillé âgé à peine de 34 ans.

 

Vincent Schouberechts

 

Remerciements à Messieurs Yves-Maxime Danan, Robert Abensur, James van der Linden, Patrick Maselis et E. Van Tendeloo sans qui cet article n’aurait pu être élaboré. L’ouvrage d’Albert Duchesne est un incontournable sur le sujet qui, bien au-delà des faits historiques, nous fait vivre les coulisses de la politique étrangère tant belge que française pendant cette période de l’Empire mexicain.

Le courrier des volontaires belges pendant la campagne du Mexique 1864-1867
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