Bouddha dans la philatélie lao Asie, Autres spécialités, Laos, Outre-mer, Thématiques

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Si, en 1992, le film de Bertolucci « Little Bouddha » a fait découvrir au grand public le bouddhisme, la philatélie rend hommage à l’art religieux bouddhique influencé par la vie du sage Gautama, en particulier dans la statuaire lao.

0102La date de la naissance de Bouddha ne peut être fixée de manière précise : selon les historiens, elle varie entre 558 et 536 av. J.-C. Cependant, les bouddhistes semblent s’être mis d’accord sur la date de 543 avant notre ère, date qui est le point de départ de l’ère bouddhique. Cela explique pourquoi le 2500e anniversaire de Bouddha a été célébré en 1957 (543 + 1957 = 2500) (1). Les Thaïlandais utilisent encore officiellement cette ère, comme on peut le voir sur cet aérogramme (2) expédié par l’ancien directeur des postes au Laos, en exil en Thaïlande, le 14 août 1980 (2523-543 = 1980).

Le respect d’un ensemble de règles précises

Pour un bouddhiste, les images du Bouddha, peintes ou sculptées, présentent un caractère sacré. C’est pourquoi la représentation et l’exécution de ces images imposent aux fidèles le respect de tout un ensemble de règles précises.

L’image du Bouddha est définie par des caractéristiques physiques originales, par des attitudes et des gestes plus ou moins codifiés qui sont différents selon les lieux et les époques. C’est ainsi que l’iconographie laotienne (qui a donné naissance à plusieurs timbres de belle facture) distingue plusieurs mudrâ, mot pali qui signifie marque, sceau, et qui montre donc l’importance et la signification de chaque attitude du Bienheureux. Voici les principales :

03- Le Bouddha en Dhyâna mudrâ (3), c’est-à-dire faisant le geste de méditation, de la concentration mentale. On dit aussi que le Bouddha est dans l’attitude de samadhi, le samadhi étant le point culminant de la discipline de l’esprit. Le Bouddha est assis, à l’indienne, le corps bien droit. Ses deux mains reposent à plat, l’une sur l’autre, dans le giron. Selon la tradition, cette position évoque l’acquisition de l’Eveil , mais chaque fois que le Bouddha médite, on le représente ainsi.

C’est au cours d’une de ses longues méditations que Bouddha eut « l’Illumination » qui lui permit d’établir la base de sa doctrine : on naît, on vieillit et on meurt pour renaître, vieillir et mourir encore, indéfiniment… Or la naissance est douleur, la vieillesse est douleur, la mort est douleur. Le désir n’est-il pas la cause de notre douleur ? En tuant le désir qui conduit de naissance en naissance, on empêchera de nouvelles naissances et donc de nouvelles douleurs. Il n’y a qu’un seul moyen pour éteindre le désir, c’est de mener une vie rigoureusement pure.

04Le timbre de la figure 3 a, en outre, la particularité de nous montrer un Bouddha paré, c’est-à-dire revêtu des insignes de la Royauté terrestre, en particulier de la couronne conique (mukuta) ; de plus, son vêtement est richement décoré. Cette statue en bois laqué, doré et incrusté de pierres, a une hauteur de 80 centimètres. Elle daterait du XVIIe siècle et aurait été fabriquée au nord du Laos. Elle était au Vat Phra Kéo (4) de Vientiane.

– Le Bouddha en Bhûmisparsa mudrâ, ce qui signifie le sceau de toucher la terre. Cela veut dire que le Bouddha prend la terre à témoin. On dit encore que le Bouddha fait le geste du Mâravijaya (en lao, Maravixay). Il s’agit d’une allusion au prodige consacrant la défaite de Mâra, le roi des Enfers. Quatre semaines après l’Illumination de Bouddha, Mâra voulut le tenter et le ramener aux réalités terrestres. Il lui dépêcha donc ses trois filles : Concupiscence, Volupté et Inquiétude. Mais, sous le regard de l’Illuminé, elles perdirent leur attrait. Mâra montra alors à Bouddha, pour le décourager, l’immensité de la tâche qu’il s’était fixée : jamais Bouddha ne parviendrait à communiquer aux humains la science qu’il venait d’acquérir. Mais la foi de Bouddha était si forte qu’il toucha la terre de sa main droite afin d’avoir un témoignage. Selon la légende, le Terre apparut, éloigna Mâra et repoussa les démons.

0506La victoire sur Mâra est un geste qui implique une idée d’imperturbabilité. La main droite, allongée vers le bas sur sa cuisse droite, effleure le siège de l’extrémité de ses doigts, tandis que la main gauche repose dans le giron. C’est sans doute la position du Bouddha la plus répandue dans l’iconographie lao (1 et 5). Les arts lao et thaï étant très proches, il n’est pas étonnant de retrouver cette attitude sur de nombreuses statues thaïlandaises (6).

07- Le Bouddha en Abhaya mudrâ (7). La position signifie que le Bouddha n’éprouve aucune crainte (a privatif et bhaya, peur, crainte, péril), par exemple lors de l’assaut des armées de Mâra. Elle peut également vouloir dire que le Bouddha apaise, calme, par exemple lors de la querelle entre les Kaliya et les Sâkya. Selon une autre interprétation, le Bouddha calmerait la tempête. Il s’agirait, alors, d’un des soixante-dix-sept miracles que la légende lui attribue.

Le Bouddha est debout, les avant-bras pliés à l’horizontale ; les mains sont présentées paumes en avant, doigts étendus et dirigés vers le haut.

08- Le Bouddha appelant la pluie (en lao, «hiek fone»), tel qu’il est représenté sur la figure 8. Cette statue en bronze, d’une hauteur de 2,10 mètres, était également au Vat Phra Kéo. Elle daterait du XVIIe ou du XVIIIe siècle. Le Bouddha est debout, les bras tendus le long du corps, la paume des mains tournée vers l’intérieur.

0910- Le Bouddha couché ou en Mahâparinirvâna (9). Cette statue en bronze a été fondue en 1569 sur l’ordre du roi Sayasetthathirath (10). Elle a figuré en bonne place dans la section laotienne du pavillon de l’Indochine à l’Exposition coloniale de Paris en 1931. En 1952, elle a été replacée à l’intérieur de la Chapelle rouge dans l’enceinte du Vat Xieng Thong de Louang Prabang. Elle y était encore en 1976.

Il faut remarquer que, sur cette statue, comme sur toutes celles représentant le Bouddha couché, les vêtements ne sont pas soumis à la pesanteur, la robe étant horizontale. Il ne s’agit pas d’une erreur de l’artiste. Ce dernier pense, en effet, qu’un Bouddha ne subit pas les mêmes contraintes qu’un simple religieux.

11Signalons enfin que le timbre de la figure 11 représente deux statues de Bouddha, l’une en Bhûmisparsa mudrâ,

l’autre en Dhyâna mudrâ. La première était au Vat Phra Kéo de Vientiane, l’autre au Vat Sisaket de la même ville. Elles avaient été réunies pour les besoin de la photo afin de réaliser la carte maximum.

Paru dans Le Monde des Philatélistes n° 503 – Janvier 1996

 

Bouddha dans la philatélie lao
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Recent Comments

  1. Laos711

    Cet article a été écrit par Philippe DRILLIEN président de l’Association Internationale des Collectionneurs de Timbres Postes du Laos en 1996 à la demande de Pierre JULLIEN. Il est dommage que vous ne mentionnez pas vos sources…

  2. Timbrophile

    Bonjour, on pourrait en effet imaginer que le nom des auteurs des articles mis en ligne soit mentionné ! La plupart d’entre-eux voient d’un bon oeil la diffusion accrue de leurs articles, non pas qu’ils touchent des droits d’auteur, mais parce que leur travail contribue à enrichir la philatélie. C’est donc la moindre des choses que de les nommer !

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