Les “grosses cotes” deviennent favoris Autres spécialités, Thématiques

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Chaque dernier dimanche de janvier, amateurs de courses et de chevaux du monde entier ont les yeux tournés vers Paris, ou plutôt vers Vincennes. Là, les meilleurs trotteurs internationaux se donnent rendez-vous pour désigner leur roi. Et même si la course s’appelle Prix d’Amérique, c’est le plus souvent un Français qui est couronné.

Nés à l’époque où le cheval perdait peu à peu son importance dans l’acheminement du courrier, les timbres n’ont pourtant pas oublié que les courses, avant tout autre moyen de sélection, ont permis d’améliorer la vitesse et la résistance des races de selle. Ni le fait que pendant des siècles, la plus belle conquête de l’homme a été aussi le meilleur ami du facteur.

L’adorable Gélinotte ; Roquépine hautaine et métronomique, Une de mai la magicienne malchanceuse, Bellino II au poitrail de centaure… et Ourasi, inimitable et nonchalant, le seul à avoir remporté quatre prix d’Amérique, Ourasi qui regardait ses adversaires avec l’air de se dire “Mais qu’est­-ce qu’ils me veulent, ceux-là ?”puis les clouait sur place en quelques battues sans même donner l’impression d’accélérer ! Pas besoin d’être amateur de courses pour avoir entendu ces noms : comme ceux des grands champions sportifs, ils ont largement débordé les petits cercles des spécialistes. Pourtant, malgré le prestige dont jouissent nos cracks et notre élevage à l’étranger, malgré les quelques dizaines de milliers d’emplois assurés par le secteur des courses et les sommes considérables qu’elles font passer des poches des parieurs… dans les caisses de l’Etat, jamais notre Administration postale ne leur a consacré le moindre timbre. Comme si, parmi les millions de personnes qui se rendent chaque année sur les hippodromes ou qui font la queue aux guichets du PMU, il ne se trouvait pas le moindre philatéliste !

Mais que les turfistes thématistes ne désespèrent pas : en franchissant les frontières, ils trouveront suffisamment de timbres – et même de fort bon timbres – pour constituer une collection des plus intéressantes.

 Chevaux à robe brune

BruneAllemagne 1936, les timbres sortent des “starting boxes” : pour le 3e “Ruban brun”, grand prix de galop de l’hippodrome de Munich Riem, la poste du Reich émet un bloc de 42 pfennig de faciale… mais vendu 1,50 mark. A quoi pouvaient servirles108 pfennig de surtaxe? A arrondir l’allocation au vainqueur de l’épreuve, peut-être.

Le Ruban brun s’est couru à Munich jusqu’en 1944, donnant lieu chaque année à une émission de même couleur et de valeur identique, mais à partir de 1938, la surtaxe figure sur le timbre.

Les turfistes philatélistes qui ont “joué” le bloc de 1937 n’ont pas perdu leur mise : il cote aujourd’hui 650 DM sur lettre (près de 2300F). Plus de 420 contre 1, diraient les parieurs: sur un champ de course, ce serait alors un rapport astronomique !

Fortes surtaxes également (deux fois ou quatre fois la valeur d’affranchissement) mais timbres de couleur bleue pour le Derby d’Allemagne et le Grand Prix des trois ans (le “Ruban bleu”) de l’hippodrome de Hambourg : là encore, de jolies cotes à l’arrivée.

Pour le Grand Prix de Vienne 1943 et 1944, “le rouge est mis” (en langage hippique : l’arrivée de la course est officialisée). Mais, en dépit de leur énorme surtaxe (plus de sept fois la valeur d’affranchissement), ils ne cotent aujourd’hui que quelques francs. De là a les traiter de tocards…

 Après la guerre, l’Autriche se remet en selle…

Autriche… et les timbres ont de nouveau recours à la surtaxe. Ajoutez à cela une durée de validité particulièrement limitée (du 20 octobre au 30 novembre1946),et voici une série qui a surtout intéressé les philatélistes. Résultat des courses : à la cote, les oblitérés ont une encolure d’avance sur les neufs (175F contre 140 pour la série complète).

Au passage devant les tribunes, les spécialistes s’étonneront de la curieuse attitude du concurrent n°8 : il est dans la phase descendante de son saut… alors qu’il n’a pu encore franchir l’obstacle.

 Pur-sang (anglais) ne saurait mentir ?

PurSangAngleterre 1979: pour le 200e Derby d’Epsom, les chevaux nous font voyager dans le temps. Découvrez le champ de courses de Newmarket, le plus grand du monde, mais aussi l’un des premiers à avoir disposé d’une piste gazonnée assistez au meeting de Dorsett Ferry en compagnie du roi Charles II, qui donna aux courses leur forme moderne en réglementant les conditions de poids et d’âge ; admirez le fabuleux Mahmoud, vainqueur en 1936 d’un Derby de légende et toujours détenteur du record de vitesse de l’épreuve.

Avec une bonne loupe, vous pourrez même reconnaitre la casaque du jockey : verte à parements rouges, les “couleurs” de l’Aga Khan. .Aujourd’hui encore, son petit-fils, l’Aga Khan Karim, est propriétaire d’un élevage prestigieux.

Mais, en fait, les véritables héros des courses, ce sont ces chevaux que l’on appelle, allez donc savoir pourquoi, pur-sang anglais : en réalité, tous les pur-sang anglais : en réalité, tous les pur-sang du monde descendent de trois étalons arabes, importés au début du XVIIIe siècle par le roi d’Angleterre afin de faire souche et d’améliorer la vitesse de ses propres coursiers.

 Courses plates

PlatesAu royaume du galop, nul ne peut contester la couronne au pur-sang. C’est lui que l’on voit triompher en Italie, en Australie, au Japon… Avec des conditions de propriété et de paris différentes des nôtres, il court également, et fort bien, dans les pays de l’Est.

 De l’art et du cheval

ArtA ne pas oublier dans la thématique : les nombreuses toiles de maîtres représentant les courses, évoquant l’effort des chevaux, les jockeys chamarrés, tel Géricault (Derby d’Epsom). Mais pour de Nittis (Course au bois de Boulogne), les spectacle se trouvait plutôt dans les tribunes.

 Au petit trot

PetitTrotIl faut attendre les années 50 pour que le trot entre en philatélie. C’est pourtant la discipline la plus populaire dans tous les grands pays d’élevage… sauf les îles britanniques, les pur-sang anglais ne courant pas au trot.

Demandant une technique et une synchronisation des mouvements sans faille, le trot se court généralement attelé. La France est l’un des rares pays où l’on organise également des courses au trot monté.

 Un parcours semé d’obstacles

ParcoursPetites baies, barrières, imitations de murs en pierre”, “rivières” (en fait, larges fossés remplis d’eau)… L’obstacle demande autant de résistance et de technique que de vitesse pure ; les demi-sang viennent donc souvent y damer le pion aux pur-sang. Mais, si le spectacle est garanti, les risques sont bien réels : la Grande-Bretagne a timbrifié son Grand National de Liverpool, un steeple-chase impitoyable où les accidents sont nombreux (en 1911, sur vingt-six partants, un seul passa le poteaux d’arrivée). Sur le timbre, on remarquera le turfiste audacieux grimpé dans un arbre surplombant l’obstacle.

La Tchécoslovaquie possède aussi son épreuve de dimension internationale : : le Grand Steeple-chase de Pardubice, dont deux timbres célèbrent le centenaire. Au premier plan de la cavalcade, un cheval court selle vide et étriers bringuebalants : une façon discrète d’évoquer les nombreuses chutes de jockeys.

 Les vedettes

VedettesLorsque le public se leva pour hurler “Allez la France !” lors du prix de l’Arc de Triomphe 1974, Longchamp rassembla pendant quelques instant au stade de Colombes un jour de Tournoi des V Nations. La Victoire historique de la “jument miracle” lui vaut un timbre… togolais : en selle, Yves Saint-Martin portant les célèbres couleurs bleu foncé toque bleu ciel de M. Daniel Wildenstein.

D’autres grands champions ont également été timbrifiés, tel Archer, vainqueur en Australie au siècle dernier, ou l’Irlandais Arckie, qui bénéficie de deux figurines.

Quant à Roi de l’Air, sa gloire est plus locale :c’est le premier vainqueur du tiercé du Mali…

Togo

 

Au Togo, l’ambiance champêtre
et bon enfant des courses d’autrefois

 

SanMarinToutes les disciplines hippiques rassemblées sur une série de Saint-­Marin :
plat, trot, obstacle, mais aussi cross country (qui sert parfois de support aux paris), jumping et polo.

 

 

 

Paru dans Timbroscopie n° 87 – Janvier 1992

 

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