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L'édito

Rencontres avec les postes étrangères

Les opérations postales que nous réalisons périodiquement sont une occasion de visiter des postes étrangères. Ce sont toujours des voyages en terres inconnues car on ne sait jamais à l’avance comment on sera reçu et les problèmes que l’on rencontrera éventuellement. Il faut parfois attendre plusieurs heures pour trouver la personne qui va vous aider, s’assurer que le courrier repartira bien vers la France avec de beaux timbres et des oblitérations lisibles. J’ai toujours été bien accueilli par les postiers, curieux de recevoir un Français avec ses mystérieux paquets d’enveloppes dans lesquelles il n’y aucun message et ne contiennent en définitive qu’un simple papier destiné à les renforcer. Ce qui est parfaitement compréhensible pour les philatélistes ne l’est pas forcément pour le personnel des postes. Au Mexique par exemple, on m’a demandé d’ouvrir quelques enveloppes afin de vérifier qu’elles ne contenaient pas de la drogue ! Tout a fini par un grand éclat de rire lorsque je leur ai dit que la drogue des collectionneurs n’était pas celle qu’ils imaginaient mais bien les timbres et les cachets.

Je dois reconnaître que ce sont souvent des femmes qui m’ont apporté l’aide la plus précieuse, n’hésitant pas à me faire passer derrière le comptoir afin de me permettre de choisir, découper les timbres et même utiliser le cachet oblitérant. Dans bien des pays que j’ai visités, les chefs sont des hommes mais ils ne font pas tous toujours grand-chose et les pauses-café prennent souvent un temps considérable pendant que le personnel féminin s’affaire !

C’est au pôle Nord, sur la base russe de Barnéo, que j’ai eu à régler l’une des plus grosses difficultés de ces dernières années. Le postier – un homme particulièrement costaud – refusait dans un premier temps d’oblitérer le courrier ! Ce fut difficile de rester calme après une nuit passée sous la tente par –20° mais finalement, après un bakchich et une bouteille de vodka, les choses se sont miraculeusement arrangées. Ayant rapidement « sifflé » la bouteille que je lui avais offerte, il me confia généreusement le cachet tant désiré en me disant qu’il était à présent très fatigué et qu’il me souhaitait beaucoup de courage pour oblitérer tout le courrier. «Cela vous tiendra chaud» me lâcha-t-il en me donnant une tape virile dans le dos. Ce qu’il ne saura jamais, c’est que j’avais pris soin de ruser en divisant par deux le nombre d’enveloppes que j’avais avec moi, limitant ainsi le « cachet » à lui donner. A 1 € de « commission » par enveloppe à oblitérer, cela fait une belle économie.

On apprend toujours beaucoup au contact des postes étrangères et ce qui m’a récemment frappé au Qatar, comme du reste à Singapour, c’est le sérieux des émissions. Le choix des sujets est mûrement réfléchi et il n’est absolument pas question d’émettre une quantité astronomique de timbres chaque année. «Nous ne sommes pas là pour gagner de l’argent mais pour éduquer la population et notamment les jeunes» m’a dit le responsable de la philatélie de la poste au Qatar.

Il est vrai que dans ce pays, l’argent se gagne ailleurs notamment avec les revenus du pétrole et surtout du gaz, cela ne vous aura pas échappé. La poste du Qatar se rend tous les mois dans les écoles et elle reçoit à chaque fois un excellent accueil. Pourtant, je pense que les jeunes, particulièrement gâtés dans ce pays qui ne connaît pas la crise, doivent tous disposer de jeux vidéo, concurrents directs et redoutables de la philatélie. C’est bien la preuve que le timbre conserve un pouvoir d’attraction et que les jeunes sont désireux de se cultiver contrairement à ce que l’on peut parfois entendre. La philatélie à l’école, voilà un beau sujet de réflexion, bien plus important qu’il n’y paraît. Il est en effet nécessaire de préparer la relève, de transmettre nos connaissances afin que notre loisir ne devienne pas un jour confidentiel et réservé à quelques initiés. Parler de timbres à l’école comme le font certains lecteurs du magazine – et pas que dans les petites classes –, c’est une des voies pour assurer à terme l’indispensable renouvellement des collectionneurs.





Gauthier Toulemonde
Gauthier Toulemonde




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