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Comment vous est venue l'idée de partir
à Clipperton ?
- C'est un vieux rêve qui a pris naissance lorsque j'étais
avec Eric Tabarly sur Pen Duick VI, nous naviguions aux Marquises et Eric
souhaitait faire ensuite cap vers Clipperton dont j'ignorais tout. Finalement
nous n'y sommes pas allés mais je me suis juré à
cette époque que j'irai faire un tour sur cet atoll mystérieux,
loin de tout. J'aime les îles désertes où j'ai le
sentiment que l'on peut construire et reconstruire le monde, une fascination
qu'ont due ressentir les premiers navigateurs-explorateurs.
Vous avez déjà effectué
une mission de reconnaissance en avion, à quoi ressemble Clipperton
?
- Clipperton est le seul exemple d'atoll corallien dans le pacifique est.
Il forme un modèle biochimique, biologique et géologique
exceptionnel. Son lagon serait fermé depuis 150 ans environ, probablement
à la suite de cyclones qui ont bouleversé l'édifice
corallien. Ce sera une des difficultés de l'expédition qui
part en décembre prochain que de le franchir. La plage sur laquelle
sont disséminés quelques arbres est balayée en permanence
par une très forte houle. Au sud-est se trouve un " trou sans
fond " de 200 mètres de diamètre qui est une ancienne
cheminée volcanique. Il constitue un laboratoire géophysique
naturel pratiquement unique au monde. La vie terrestre sur Clipperton
se limiterait à 150 espèces animales et végétales.
La faune est essentiellement représentée par les crabes
(ils sont 12 millions) et les oiseaux de mer avec tout particulièrement
les fous. En mer, il y a une grande abondance de poissons qui contraste
avec la faible biodiversité du site. Malgré son isolement,
l'écosystème de l'île est menacé par la surpêche
et des débarquements sauvages qui sont à l'origine de la
raréfaction des langoustes, des thons et des requins.
Concrètement, comment va se dérouler
l'opération ?
- Nous la réalisons dans la tradition des voyages naturalistes
d'autrefois et je pars avec une quarantaine de chercheurs français
et étrangers. Nous allons construire deux cabanes, installer des
tentes et respecter l'environnement. L'électricité sera
d'origine solaire et éolienne, le gaz nous est fourni par Gaz de
France et pour l'eau, elle sera dessalinisée. Afin de faire partager
notre aventure, une connexion internet par satellite va être établie.
Tous les jours, je raconterai ce qui s'y passe comme je l'avais fait dans
le cadre des expéditions antérieures. Notre site (jeanlouisetienne.com)
servira aussi de support à des propositions pédagogiques
mises en uvre avec l'Education nationale. Il est interactif et les
écoles pourront communiquer entre elles pour faire part de leurs
réactions et des travaux qu'elles réalisent notamment sur
le développement durable.
En association avec Timbres magazine vous
allez également expédier du courrier.
- C'est une bonne idée que vous avez eue qui s'inscrit dans le
cadre de votre opération consistant à faire découvrir
les îles de la France d'Outre-mer. Ces courriers vont nous aider
car la quasi totalité de la recette contribuera en effet à
financer une partie de notre expédition scientifique. Je tiens
à remercier par avance les lecteurs de Timbres magazine
qui y souscriront ; nous allons leur réaliser quatre superbes plis
que je dédicacerai personnellement. Ils seront transportés
d'Acapulco à Clipperton par la goélette Rara Avis du père
Jaouen, avant d'être réexpédiés via plusieurs
ports. Ils auront un vrai parfum d'aventure.
Parmi les timbres réalisés
par les TAAF, quels sont vos préférés ?
- Il y a bien sûr celui dédié à la mission
Erebus lorsque je suis parti à la découverte de cet étonnant
volcan en plein Antarctique ! Parmi les timbres que vous présentez,
j'aime également ceux consacrés aux grandes figures de l'exploration,
à commencer par Paul-Emile Victor que j'avais rencontré
à Bora Bora - vous voyez que je ne pense pas qu'aux pôles
- mais aussi le commandant Charcot et James Ross. Parmi la faune, j'ai
un faible pour le manchot empereur, un animal fascinant.
De nouveaux projets après Clipperton
?
- J'en ai quelques-uns qui commencent à germer. C'est fascinant
de partir d'une idée que l'on fait évoluer au gré
de son imagination. Lorsqu'après une longue maturation, elle se
concrétise, c'est tout simplement merveilleux. Je pense probablement
repartir au pôle, mais sans vous dire lequel pour le moment !
Propos recueillis par Gauthier Toulemonde
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