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| Vendredi
5 mai |
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Les courriers sont déjà parvenus en métropole !
Nous avons reçu hier matin à Timbres magazine tous les plis adressés
la semaine dernière de Guyane. C'est une performance lorsque l'on sait
qu'ils ont été acheminés par pirogue ! Vu de métropole tout paraît simple
mais je peux vous assurer que cela ne l'a pas du tout été sur place. Tout
d'abord, il a fallu les protéger de l'humidité et des risques de retournement
de la pirogue. Les plis ont été placés dans des touques étanches prêtées
par la sous-préfecture. Autre problème rencontré sur le Maroni, le drame
de Loca. Le fleuve était en deuil à mon arrivée et un bon nombre de bureaux
de poste étaient fermés. Dans bien des cas, c'est grâce à la sous-préfecture,
à la gendarmerie et aux maires des villages que nous avons pu entrer en
contact avec les postiers et faire oblitérer le courrier. Nous sommes
souvent allés les solliciter à leur domicile pour pouvoir les faire oblitérer
et nous assurer de la réexpédition des plis. A Grand Santi, c'est à 21
heures que j'ai pu obtenir l'oblitération du courrier car la pirogue de
la sous-préfecture était arrivée en retard. Tôt le lendemain matin le
postier partait en effet pour Saint-Laurent-du-Maroni et nous n'aurions
rien pu faire. Ce village est le plus isolé du fleuve.
Au total, ce sont plus de 400 km de pirogue qui ont été accomplis dans
cette Guyane majestueuse et fascinante. Tous mes remerciements au sous-préfet
- François Chauvin - et à son équipe, Loulou, aux talentueux piroguiers
Bushinengués sans lesquels cette opération postale aurait été impossible
à réaliser. Je ne serais pas complet sans mentionner les nombreux gendarmes
rencontrés sur tout le parcours et qui m'ont prêté leur concours en toutes
circonstances. A bientôt dans cette chronique pour vous présenter les
photos de l'expédition.
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Monsieur François Chauvin |
| Mercredi
3 mai |
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Détour par Monaco
Monaco
Ces temps ci, ma vie n'est décidemment pas un long fleuve tranquille
: à peine quitté le Maroni, posé mes valises à Paris, je suis reparti
hier pour Monaco afin d'y convoyer les plis du pôle Nord qui, outre l'affranchissement
russe, comportent le nouveau timbre monégasque dédié à l'expédition du
prince Albert II. Les enveloppes partiront aujourd'hui de la Principauté
par voie postale.
Ma mission accomplie, j'achèverai comme convenu de retour à Paris ma chronique
d'ici la fin de la semaine. A très bientôt.
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| Vendredi
28 avril |
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Cadence maximum
Température : 28 °
Temps pluvieux.
Petite précision que j'avais omis de vous donner hier : les premiers
timbres du Surinam datent de 1873. Figure dans le cartouche la mention
" SURINAME " qui est alors une colonie hollandaise. Certaines des premières
valeurs ne sont pas excessives en termes de prix ; n'hésitez pas à vous
en procurer, notamment si vous êtes amateurs de la thématique " un timbre
- un pays ".
Comme prévu les enveloppes de Grand Santi sont oblitérées mais il a fallu
accélérer la cadence pour se rendre à la poste d'Apatou dans l'après-midi.
Voilà un village bien isolé, également accessible que par pirogue. Nul
doute que ce petit bureau de poste n'est pas prêt de revoir les timbres
personnalisés de votre magazine ! Sans aucun doute vos plis sont déjà
de petites raretés. J'ai bien peu de temps pour rédiger cette chronique
car nous fonçons vers Saint-Laurent-du-Maroni, étape ultime de notre expédition.
Il sera trop tard pour y oblitérer vos plis mais ne vous inquiétez pas,
cela sera chose faite demain matin où je rencontre le receveur.
Je vous donne rendez-vous mercredi prochain pour la suite de cette chronique
que j'achèverai en métropole.
Merci de l'avoir suivie et ne manquez pas nos autres rendez-vous : le
magazine daté juin avec le reportage complet sur l'expédition ainsi que
le salon du Parc floral à Vincennes où vous pourrez voir les premières
images de cette expédition.
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| Jeudi
27 avril |
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Un nouveau pli est posté !
Température : 28°
Temps variable
Papaïchton est un village de 1 600 habitants que l'on ne peut atteindre
que par pirogue. C'est la capitale des Bonis, une occasion d'évoquer à
nouveau la diversité des personnes vivant en Guyane. Les Bonis appartiennent
aux populations que l'on appelle les Noirs marron ou Bushinengés. On trouve
chez les Noirs marrons outre les Bonis, les Saramaka, les N'djuka, les
Matawaï, les Paramaca et les Kwinti. Pour comprendre le terme de Noirs
marron, il faut faire un revenir au XVIIe siècle et à la Guyane hollandaise
(aujourd'hui le Surinam). Ces populations sont à l'origine des esclaves
noirs qui ont fuit la colonie hollandaise. Rappelons que c'est en 1816
que le Surinam (du nom du fleuve qui le traverse) devient officiellement
une colonie des Pays-Bas. Pour l'exploiter, les Hollandais ont recours
à des esclaves noirs. Ces derniers profiteront des désordres réguliers
au XVII et XVIIIe siècle pour s'échapper et se rendre dans la colonie
française. Cette fuite a pris le nom de " marronnage ". Ils seront poursuivis
par les Bosch-man (homme des bois) également appelés N'juka. Ces derniers
sont ni plus ni moins d'anciens esclaves ayant passé un accord avec les
Hollandais. En échange de leur liberté, il reprenait celle des autres.
Les N'juka sont encore aujourd'hui principalement de l'autre côté du fleuve,
au Surinam, mais ils se réfugient aussi à leur tour en Guyane française.
Les Noirs marron et tout particulièrement les Bonis sont très présents
sur le Maroni et ont la réputation d'être d'excellents navigateurs. Ils
conservent une structure sociale traditionnelle et le rôle de leur Grand
Man est prépondérant. J'ai pu le rencontrer ce matin, sa fonction est
à la fois politique mais également spirituelle. La langue des Noirs marron
est diverse mais le " taki-taki " est celle qui leur est commune. Elle
est un mélange de hollandais, de portugais et d'anglais.
L'expédition postale a repris de l'activité aujourd'hui avec l'oblitération
des plis de Papaïchton !
Puis la pirogue de la préfecture de la sous-préfecture nous a amenés à
Loca où s'est déroulé le drame de la mort vendredi 21 avril dernier de
14 personnes d'une même famille (12 enfants, leur père et sa belle-sœur).
L'enquête est en cours mais tout porte à croire qu'il s'agit d'un accident
(intoxication). A cette occasion, le sous-préfet a rappelé devant une
foule importante le soutien et la solidarité des Français dans cette épreuve.
Ce soir, départ pour Grand Santi et une visite de la poste est prévue
vendredi dans la matinée à 8 H 15 très exactement.
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| Mercredi
26 avril |
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Rencontre avec le Grand Man
Température : 28°
Temps variable
Nuit passée à Antecume Pata, un village c'réé dans les années 1960 par
un Français haut en couleurs André Cognat. A l'époque, ce Lyonnais d'origine
décide de vivre avec les Amérindiens et de fonder une famille. La vie
est alors simple, en totale harmonie avec la nature. On se nourrit de
la pêche et d'une agriculture de subsistance. Aujourd'hui, le village
compte 300 habitants, et la modernité avec les problèmes qui y sont attachés
ont fait leur entrée. Les jeunes perdent leurs racines et sont attirés
par une autre vie. Pas facile pourtant d'y accèder car il y a fort peu
d'emplois à leur proposer. C'est le grand problème du Fleuve où la majorité
des personnes vivent du RMI et des emplois fournis par l'administration.
Ce matin, nous avons rencontré le Grand Man Amaïpoti à Twenké. Ce chef
coutumier du peuple Wayana ne manque pas de personnalité et joue un rôle
important. Il est une sorte de médiateur. Comme le dit François Chauvin,
le sous-préfet, " Il est reconnu de la République et la République
lui permet d'être reconnu de tous ". Le Gran Man connaît la France
métropolitaine. Il s'est en effet déjà rendu à l'Elysée, reçu par Jacques
Chirac un admirateur sincère de ces peuples.
Depuis le début de cette chronique, je ne vous ai pas encore parlé du
fleuve Maroni. Fleuve roi de Guyane, majestueux, il coule sur 520 km et
forme une frontière naturelle avec le Surinam. Il a une grande utilité
car il permet aux populations d'être ravitaillée en vivres notamment.
De nombreuses embarcations y circulent et à certains endroits, on a l'impression
de se retrouver sur une autoroute ! Le Maroni est bordé d'une végétation
dense, particulièrement impressionnante.
L'orpaillage fait des dégâts avec l'utilisation du mercure qui est déversé
sans scrupules dans le fleuve. La création d'un bureau de poste dans ce
pays wayana est à l'étude et j'ai de bonnes raisons de penser qu'il devrait
voir le jour d'ici la fin de l'année. Un beau pli en perspective…
Nous arriverons tard dans la soirée pour Papaïchton, quittant définitivement
le territoire amérindien qui demeure enchanteur et un bout du monde à
préserver.
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| Mardi
25 avril |
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Chez les Amérindiens
Température : 29°
Beau temps
J'avoue ne pas trop aimer la foule et les villes ; l'isolement sur les
bords de l'Inini était un enchantement. La forêt au coucher
du soleil raisonne de chants d'oiseaux et se fait mystérieuse.
Nombre d'espèces animales y vivent à commencer par les mammifères
: tatous, marsupiaux, tamanoir mais aussi des félins comme le puma,
l'ocelot et le jaguar. On peut rencontrer également le tapir (plus
gros mammifère d'Amérique du Sud qui mesure 2 m de longueur
et pèse 200 kg), mais aussi le cabiaï le plus gros rongeur
de la planète que les créoles appellent " cochon d'eau
" qui n'est sans rappeler la loutre. Le gibier est également
abondant tout comme les singes.
Nous avons déjà eu l'occasion de vous parler dans cette
chronique des reptiles et des papillons mais pas encore des poissons et
des oiseaux, lesquels sont parfois timbrifiés. Le plus connu des
poissons des fleuves de Guyane est le piranha (poisson-ciseaux) avec ses
belles incisives qui ont fait sa réputation. Contrairement à
ce que l'on raconte, les accidents sont rares ; sur les abords du Maroni
on vit pourtant dans le fleuve. C'est là que l'on se lave, se délasse
mais aussi défèque ! Autres poissons intéressants
: l'aïmara, le prédateur des criques qui mesure 1 m pour 25
kg et l'anguille électrique. Noire avec une gorge rouge, elle est
belle mais dangereuse, capable d'émettre des courants de 500 à
750 volts ! Plus rassurants sont les oiseaux et la Guyane en est riche
avec plus de 700 espèces dont 10 % sont migratrices. En voici quelques-unes
: l'ibis rouge, le païpayo (oiseau sentinelle), l'ara, le balbuzard
pêcheur, le martin-pêcheur, le jacana noir, l'hoazin huppé...
Nous vous les présenterons en timbres dans notre magazine de juin
prochain.
Ce mardi matin, la pirogue a fait route vers la zone d'accès réglementée
où personne n'est censé pénétrer sans autorisation.
C'est là que vivent beaucoup d'Amérindiens. Ici pas de bureau
de poste mais une vie assez authentique où perdurent encore des
traditions séculaires. Premiers habitants de la Guyane, ils sont
aujourd'hui une minorité avec environ 7 000 individus. On distingue
plusieurs ethnies différentes que sont les Wayapi, les Emerillon,
les Wayana, les Galibi ou Kali'na, les Arawak et les Palikours. Leur rencontre
dans les villages que nous traversons est émouvante et l'on semble
loin de notre " civilisation " mais pas totalement car il existe
des infrastructures apportées par la République. Un certain
nombre porte le " kalimbé ", un pagne de couleur rouge
que l'on peut voir sur les timbres de Guyane française. Le contact
avec les Européens est délicat car les Amérindiens
sont très vulnérables à nos maladies aussi bénignes
que le rhume.
La pirogue descend ensuite vers Antecume Pata, un des ultimes points habités
du fleuve.
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| Lundi
24 avril |
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Maripasoula, la commune frontière
Température : 28 °
Temps pluvieux.
Afin de filmer le fleuve Inini, le programme de notre expédition a été
modifié. Les plis sont partis samedi dernier en pirogue depuis Saint-Laurent-du-Maroni
pour atteindre Maripasoula. J'ai rejoint pour ma part cette vaste commune
en avion à partir de Cayenne. Une occasion de survoler une petite partie
de cette immense forêt amazonienne, poumon de notre planète. Elle recouvre
94 % du département et elle est difficilement pénétrable sauf en parcourant
les fleuves. Tout semble démesuré en Guyane qu'il s'agisse de la forêt,
des insectes et de sa superficie. Avec ses 83 534 km2, elle est pratiquement
aussi grande que la Belgique ou le Portugal !
Maripasoula est la première commune de France par sa superficie et compte
environ 4 000 habitants. Elle a été créée en 1947 par le créole Papachine
puis développée par le préfet Vignon. Le brassage de population est étonnant
; Maripasoula avait autrefois la réputation d'être un Far West.
C'était notamment ici que se retrouvaient nombre d'orpailleurs qui venaient
échanger leurs pépites contre tout ce qui manque dans la forêt et rencontrer
la compagnie féminine. Bref, le vrai cliché d'une localité du bout du
monde qui fonctionne avec ses propres règles et regroupe des chercheurs
d'or, d'aventure, de sensations fortes, un grand nombre de clandestins
venus du Surinam voisin ou du Brésil et de paumés. C'est beaucoup moins
vrai aujourd'hui même si le problème demeure d'un chômage massif.
A mon arrivée, je cherche immédiatement la pirogue afin de m'assurer que
les plis sont bien présents. Soulagement ils y sont tous et j'en profite
pour faire connaissance avec le barreur Bushinengué de l'expédition postale.
La pirogue que j'emprunte est celle de la sous-préfecture. L'une des missions
de la semaine est de conduire en mission quatre membres de la Direction
départementale du travail, de l'emploi et de la formation professionnelle.
Trois personnes de la sous-préfecture nous accompagnent (dont François
Chauvin le sous-préfet), un lieutenant de gendarmerie et un capitaine
de l'armée. Ce matin je me suis rendu au bureau de poste, où le receveur
nous a accueillis, ouvrant à notre intention son établissement fermé suite
aux événements dramatiques de la semaine dernière. Les timbres personnalisés
figurant sur les plis l'ont intéressé car il ne les avait jamais vus.
Et pour cause en ce 24 avril 2006, c'est leur premier jour d'utilisation
! Le programme a été chargé avec la rencontre du Maire et du Commandant
de la brigade de gendarmerie.
Maripasoula est une commune frontière, c'est elle la limite territoriale
entre les populations Bosh, Boni (nous en reparlerons plus tard) et amérindiennes.
Je pars à présent pour l'Inini où j'espère vous ramener un beau film sur
la vie sauvage. La région n'est pas des plus sûres à cause de l'orpaillage
clandestin mais nous avons la chance d'être accompagnés par une pirogue
de la gendarmerie, gendarmerie qui accomplit ici un travail extraordinaire.
A demain.
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ou revoir les préparatifs
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