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Gauthier Toulemonde
Le bloc-notes
de Gauthier Toulemonde 
Vendredi 30 novembre
 


Colombie : un n°1 des plus officieux…


La frontière est parfois floue entre l'officieux et l'officiel. C'est ainsi que le n°1 de Poste aérienne de Colombie, un 2 centavos de 1917 surchargé "1er Servicio Postal Aereo 6-18-19" est en fait issu d'une émission des plus officieuses puisqu'aucune trace officielle n'a été retrouvée au sujet de cette surcharge.
On sait qu'effectivement l'avion s'est vite imposé pour les liaisons postales colombiennes du fait de la présence de la barrière montagneuse de la Cordillère des Andes, et qu'après la Première Guerre mondiale des "as" de l'aviation s'y étaient reconvertis dans l'aviation commerciale. Le vol en question eut bien lieu : expérimental, il fut organisé - et baptisé "postal " sans autre formalité - par un aviateur américain, Knoix Martin, entre Barranquilla sur la mer des Caraïbes et Puerto Colombia à quelques kilomètres de là, le 18 juin 1919.
Or, le catalogue Champion d'avant guerre en toute bonne foi, et tous les autres catalogues généralistes ensuite, ont classé cette émission douteuse en première place dans les PA, devant les jolies " vignettes " émises à partir de 1920 par la Compagnie Colombienne de Navigation nettement plus officielles.
La cote des 2 c. surchargés est digne des plus grands classiques : 5000 euros neuf et 2300 oblitéré, car il n'y eut parait-il que 200 timbres surchargés en 1919 dont 160 utilisés pour le vol. Mais ce n'est pas tout : une variété " rarissime " est également cotée dans les catalogues (12500 € et 7500 € dans l'Yvert 2006) : "1" au lieu de "l" dans les chiffres. Autant vous dire que les faussaires ont abondamment repris cette variété, comme dans l'exemplaire que vous avez sous les yeux.

 

 

     
 
Vendredi 23 novembre
 

95 plis sauvés des eaux

Prenez une surcharge exceptionnelle doublée d'une marque manuscrite au verso, ajoutez-y un naufrage et vous obtiendrez moins d'une centaine de plis accidentés rarissimes.
Tout commence avec la surcharge " First Transatlantic Air Post April 1919 " apposée sur 200 exemplaires du 3c Terre Neuve de 1919 pour célébrer la première liaison postale transatlantique entre Terre-Neuve, à la pointe est de l'Amérique du Nord et l'Europe.
Parti le 18 mai 1919 de Terre-Neuve, l'avion s'abîme en mer 1100 miles plus loin. Les deux aviateurs, Hawker et Grieve, sont récupérés, ainsi que le courrier, par un navire danois qui les dépose huit jours plus tard en Ecosse.
C'est ainsi qu'il existe 95 plis annulés au bureau de départ de Saint-John avec la grille à 7 lignes ondulées. Mais certains plis ont souffert du naufrage : ouverts pour certains, ils sont refermés par les postes britanniques avec le timbre officiel de retour. Quelques timbres décollés sont recollés à la hâte, pas forcément à l'endroit initial, ce qui explique que, dans certains cas, les lignes d'oblitération du timbre sont décalées par rapport à celles de l'enveloppe.
D'autres enveloppes dont le timbre n'a pas été recollé laissent apparaître les initiales "J.A.R", marque manuscrite du Postmaster de Terre-Neuve, qui ornait le dos de la plupart des timbres surchargés (notons qu'il existe également quelques exemplaires signés par son secrétaire dénommé William Campbell).
Comme de bien entendu, de nombreux faux ont été fabriqués.
Les rares exemplaires neufs (200 timbres surchargés moins 95 utilisés sur lettre moins 18 défectueux et détruits = 87 timbres neufs moins ceux qui ont nécessairement disparu depuis) cotent quelque 20 000 euros.
A la semaine prochaine.


 

 

     
 
 
 
Mercredi 14 novembre
 

Les premiers PA de Suisse

Alors que les philatélistes sont enchantés par cette expérience nouvelle, la poste suisse ne l'est pas du tout. "L'exploitation postale est réservée à des buts sérieux et ne doit pas dégénérer en des particularités futiles ne pouvant servir qu'à provoquer la spéculation". C'est ainsi que s'exprimait le directeur des Postes suisses à l'automne 1919. Il venait de mettre fin à l'expérience de poste aérienne débutée six mois plus tôt. La position de la poste est on ne peut plus claire, il est hors de question que le transport de plis par les airs soit principalement réalisé pour les philatélistes ! Sur les 25 000 plis acheminés en avion, l'immense majorité était pour les amateurs de timbres et d'oblitérations. C'est le 30 avril 1919 que les premières lettres sont transportées entre Zurich et Lausanne (extension de la ligne vers Genève le 1er septembre, suppression le 31 octobre). Le timbre de poste aérienne est un timbre surchargé des fameuses "hélices ailées". Il servait au paiement d'une taxe spéciale (50 c par 250 g) et accompagnait les timbres de l'affranchissement ordinaire. Il ne reçut pas d'oblitération spéciale mais figurait sur l'enveloppe un cachet d'arrivée portant la mention "Schweiz Flugpost ". Le premier timbre de poste aérienne suisse est donc un 50 c dont le tirage atteint 500 000 exemplaires. La cote Yvert pour ce timbre est de 100 € en neuf et sans charnière, 50 € avec charnière légère et 130 € en oblitéré.
Quelques mois après ce premier essai, les postes suisses ouvrent une nouvelle ligne aérienne entre Bâle, Loerrach et Francfort-sur-Mein. On surcharge alors un 30 c avec les mêmes " hélices ailées ". L'expérience est encore plus courte que la précédente : du 14 novembre 1920 au 15 janvier 1921. Avec un tirage plus faible que pour le 50 c (180 000 exemplaires) et utilisation sur une durée fort limitée, il ne faut pas s'étonner des cotes élevées pour ce timbre : respectivement 290 €, 140 € et pas moins de 1 200 € pour le timbre oblitéré. Attention, il existe de nombreuses fausses surcharges.
Je vous donne rendez-vous à présent sur TV TIMBRES, où vous pouvez regarder le transport en dirigeable des premiers plis de l'expédition de Jean-Louis Etienne.

 

 

 

     
 
 
Lundi 5 novembre
 

Les premiers plis ont été expédiés

Il était difficile de prévoir la date du vol d'essai du dirigeable car il fallait des conditions météo excellentes et notamment un vent ne dépassant pas les 5 à 10 km/h pour le sortir du hangar Boussiron situé sur l'aéroport de Marignane. Le dimanche 28 octobre, coup de téléphone pour me dire que je peux arriver le jour même avec les enveloppes (le premier type de plis sur trois au total). Rien n'est simple ce jour là car je suis à Lille et Air France est en grève. Par chance un avion est donné partant et me permet d'arriver dans la soirée à Marseille. Dîner avec les pilotes d'essais confirmés et ceux en cours de formation qui me laissent une consigne simple : "Demain il faut que tu sois levé à 4 h 30, départ 5 h 00 pour l'aéroport ". Ils sont huit au total, Russes, Français, un Britannique et un Américain. Certains piloteront le dirigeable, d'autres seront pilotes au sol car le départ comme l'arrivée d'un aéronef nécessitent du monde. Parmi les prétendants à devenir pilote du dirigeable de Jean-Louis Etienne, on trouve des pilotes d'avion confirmés : commandant sur 747 chez Air France, pilotes de chasse mais aussi un pro de la navigation aérienne - Hubert de Chevigny - qui a été le premier homme avec Nicolas Hulot à rejoindre le pôle Nord géographique en ULM ! Les pilotes confirmés de dirigeable dans le monde se comptent sur les doigts de la main et les pilotes au statut de commandant de bord sont moins nombreux que ceux de la navette spatiale !
Le lendemain matin, deux heures de préparation seront nécessaires avant de sortir l'aéronef du hangar. Les pilotes comme les équipes techniques sont nerveuses car il s'agit réellement d'un vol d'essai durant lequel on va tester l'appareil, transmettre les connaissances entre Russes et Français, car le Total Pole Airship est de construction russe et trois prototypes seulement existent. C'est donc tout sauf un vol d'agrément et il est donc hors de question que je puisse voler tant pour des questions de sécurité que d'assurance. En revanche, le sac avec les enveloppes aura la chance de se trouver à bord.
C'est au petit matin avec la lumière exceptionnelle belle de la région que le dirigeable s'élance dans le ciel. Il prend la direction de l'étang de Berre et atteint une altitude de 300 mètres. Trente minutes plus tard, le Total Pole Airship est de retour avec atterrissage parfaitement réussi. Au hangar Boussiron les équipes technique s'affairent, contrôlent les moteurs, en démontent une partie, tout doit être analysé et les moindres défaillances signalées. Dominique Manière, le pilote, me rend le sac de courrier. Il va falloir le faire dédicacer mais ce n'est pas simple, les pilotes ont du travail, tout comme Jean-Louis Etienne qui nous rejoint. A 18 h 30, toutes les enveloppes sont enfin dédicacées et ce n'est que le lendemain matin qu'elles partent pour la poste de Marignane. Le prochain vol est prévu fin novembre, peut-être avant mais il y a encore des problèmes techniques à régler. Le temps presse avant le départ pour le Pôle avec des étapes périlleuses comme la traversée de la mer de Barents. Des enveloppes seront embarquées, espérons que tout se passera bien.
Si vous souhaitez voir en images le vol d'essai, rendez-vous sur TV TIMBRES. Le reportage devrait être mis en ligne durant la troisième semaine de novembre.

Si vous avez souscrit à ce pli, il comporte au dos la dédicace de Jean-Louis Etienne (au milieu) (13), de Dominique Manière (à gauche) (10) (11) et del'Américain Corky Belanger (à droite) (12). Au recto, notre timbre personnalisé et une belle utilisation de la Marianne de Lamouche qui a volé !
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7 8 9

Corky Belanger
10 11 12

13

 


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