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Gauthier Toulemonde
Le bloc-notes
de Gauthier Toulemonde 
Jeudi 27 septembre
 

L'Inverted Jenny, une grande variété mondiale

Retour aux Etats-Unis - nous sommes en 1918 - avec Robey l'homme qui avait trouvé une feuille de 100 timbres avec en leurs centres l'avion Curtiss Jenny inversé. Il vient de la vendre à Philadelphie à un dénommé Klein pour 15 000 $ (soit un bénéfice de 14 576 $) mais on se doute bien que l'histoire de cette feuille ne s'arrêtera pas là. Les timbres font l'objet d'une annonce dans le journal philatélique Mekeel's Weekly Stamp New du 25 mai 1918. Le prix unitaire s'élève à 250 $ ou 175 $ pour un exemplaire avec marge non dentelée (timbres de la rangée horizontale du haut et ceux de la rangée verticale de droite). L'annonce disparaît la semaine suivante car le colonel Green dont nous avions parlé la semaine dernière est rentré et offert 20 000 $ pour la feuille complète, ce que Klein a accepté sans l'ombre d'une hésitation. Ce cher colonel ne pouvant la ranger dans un album, il décide de casser la feuille. On prend soin préalablement de numéroter chaque timbre au verso de sorte de pouvoir retrouver sa position exacte dans la feuille. Green conserve un bloc de huit avec le bord de feuille du numéro de planche, trois autres blocs de quatre avec inscriptions et quelques exemplaires à l'unité. Le reste est mis en vente par l'intermédiaire de Klein.
Que deviennent ces différents timbres ? Difficile à dire dans le détail. De nombreuses histoires fantaisistes ont circulé mais la reconstitution de la feuille réalisée par la société Christie's Robson Lowe (reprise par Spink) fournit des informations intéressantes :

Timbre n° 3 : il a été redentelé en haut avec une dentelure non conforme. Le timbre a été réparé et on lui a recollé sa " non dentelure " d'origine !

Timbres n° 5, 6 et 8 : tous faussement redentelés en haut.

Timbres n° 9 : il a été offert par le colonel à son épouse et monté en médaillon.

Timbres n° 18 : une tache brune figure au verso pour cacher son numéro de case et la dentelure du haut a été supprimée pour maquiller ce timbre volé dans la collection Miller en 1977.

Timbres n° 41, 42, 51, et 52 : ce bloc avec bord de feuille a appartenu au colonel Green qui l'a ensuite séparé en deux paires horizontales. Reconstitué depuis et vendu comme tel.

Timbres n° 61, 62, 71 et 72 : bloc dit " Princeton ", offert par M. Palmer à la célèbre université. Elle l'a ensuite revendu.

Timbres n° 65, 66, 75 et 76 : ces quatre timbres constituaient un bloc appartenant à Mme Ethel McCoy. Volés lors du congrès de l'American Philatelic Society, deux exemplaires sont réapparus !

Timbre n° 78 : acheté 80 000 $ par un collectionneur anonyme, ce superbe exemplaire est passé dans l'aspirateur d'une femme de ménage fort zélée. Remis en vente chez Christie's en 1990, il était signalé " belle apparence mais avec des défauts ". Il a été revendu 39 600 $.

L'Inverted Jenny est coté 200 000 € sans charnière par le catalogue Michel. Quant au bloc de quatre, il a été acheté récemment par la maison de ventes aux enchères américaine Shreves pour 3 millions de dollars. Un record pour une variété de légende qui appartient au Panthéon de la philatélie mondiale.

 
 
 
 
 
Jeudi 20 septembre
 

Les premiers P.A. des Etats-Unis
et la naissance d'une célèbre variété

Pour leurs premiers P.A. les Américains ont bien fait les choses. A la différence d'autres pays, ce sont des timbres en bonne et due forme qui sont émis et non des timbres surchargés. La poste américaine fait dessiner et graver un nouveau timbre à l'honneur d'un des biplans de leur service aérien : le Curtiss Jenny.
La première valeur est émise le 13 mai 1918, il s'agit du 24c carmin rose et bleu. Il est utilisé pour la première fois deux jours plus tard à l'occasion du vol entre Washington, Philadelphie et New York. Des cachets premier vol sont apposés dans chacune des villes avec une légende commune : " First Trip, Airmail Service Wash. N.Y. Phila ". Après le 15 mai, le cachet a parfois été utilisé sans le mot "First ", puis sans " First Trip ". Le 11 juillet, la poste baisse ses tarifs, on passe de 24 à 16c, d'où l'émission d'une nouvelle valeur. On prend le même type de timbre que l'on imprime en vert. Toujours en 1918, cette fois le 10 décembre, on applique une nouvelle baisse et la poste émet le 6c orange. C'est toujours la ligne aérienne Washington-Philadelphie-New York qui va être à l'origine des premiers vols pour ces nouveaux timbres (15 juillet et 16 décembre).
Retour en arrière, nous sommes le 14 mai 1918 à Washington. Le 24 cents est en vente et un dénommé William T. Robey retire 30 $ de son compte en banque pour acheter une feuille de ce timbre. Son idée est de réaliser des enveloppes premier jour qu'il souhaite échanger avec des correspondants. On lui présente une feuille de 100 timbres et comme tout collectionneur exigeant, il souhaite l'examiner. Le guichetier lui montre des hauts de feuilles sans dentelure, des timbres décentrés, bref tout ce dont ne veut pas Robey. Le guichetier l'informe qu'il doit recevoir un nouvel approvisionnement à midi, notre collectionneur lui répond qu'il repassera. Pile à l'heure, le préposé - qui le connaît bien - lui propose d'aller sous le comptoir. Robey trouve enfin une feuille de 100 qui lui paraît correcte mais en regardant de plus près, il s'aperçoit que tous les avions au centre des timbres sont imprimés volant sur le dos ! Une immense découverte mais Robey ne laisse rien transparaître. " Mon cœur s'est arrêté de battre" dira-t-il plus tard et il y a de quoi. Il regarde s'il n'y a pas d'autres feuilles mais il n'y a pas de variété puis il s'offre le luxe de passer dans un autre bureau mais les feuilles sont on ne peut plus normales. Arrivé au bureau, il montre sa découverte qui ne passe pas inaperçue à ses collègues puis voit un négociant qui lui offre royalement 500 $, la réponse est bien entendue négative. Quelques jours plus tard, deux inspecteurs des postes se rendent à son domicile avec un ordre de mission simple : récupérer la feuille. Ils ont facilement retrouvé sa trace, car un de ses collègues de bureau (fort mal intentionné) avait communiqué son adresse. Notre homme tient bon et les deux inspecteurs repartent bredouille. De nouvelles offres parviennent dont une à 10 000 $ mais Robey refuse et il décide de se rendre à New York où il espère trouver mieux. Il ne traîne pas et va voir le colonel E.H.R. Green, un des plus grands collectionneurs américains de l'époque. Manque de chance, il est absent et les offres faites par d'autres négociants sont rejetées. Il finit par se mettre d'accord avec Eugène Klein de Philadelphie qui lui achète la feuille pour 15 000 $. Quelques jours plus tard il recevra une offre à 18 000 $ mais il respecte son engagement auprès de Klein. Que va devenir cette fameuse feuille ? La suite la semaine prochaine.


Des nouvelles de Jean-Louis Etienne
Le dirigeable est enfin arrivé mardi dernier en pièces détachées à Marseille. Transporté de Moscou par un Iliouchine, il faut à présent assembler le Total Pole Airship et être fin prêt pour son baptême le 10 octobre. C'est le début de la phase II de l'expédition de Jean-Louis Etienne qui avait commencé en avril au pôle Nord avec la validation des instruments de mesure de l'épaisseur de la banquise.

 
 
 
Vendredi 14 septembre
 

Les timbres de poste aérienne

J'espère que vous avez passé de bonnes vacances. Avec la reprise de cette chronique, nous reprenons l'histoire des premiers timbres de poste aérienne. Mais au préalable, quelques nouvelles de l'expédition de Jean-Louis Etienne et des plis que je dois adresser.
La construction n'a pas été une mince affaire et il y a eu pas mal de retard. Jean-Louis a pris les choses en main et la construction a été accélérée avec l'envoi d'une équipe à Moscou. Aux dernières nouvelles (elles datent de deux jours), le dirigeable devrait arriver enfin à Marseille le 18 septembre prochain et le baptême est prévu le 12 octobre. Il sera présenté à la presse mais ne volera pas car il est impossible de prévoir le temps qu'il fera et tout particulièrement le vent. Le dirigeable ne peut pas sortir du hangar avec un vent dépassant 5 km/h. L'entraînement des pilotes s'effectuera à Fréjus et les vols d'essai dans la région de Marseille et au-dessus du massif Central. Si vous avez souscrit aux plis, je pense pouvoir vous en adresser dès octobre avec une oblitération de Marseille. Pour les deux autres types restants, du Massif central.
Les enveloppes ont été préparées chez Timbres magazine en juin dernier car, à l'époque, nous pensions démarrer l'opération en septembre. Il faudra donc patienter mais, vous verrez, elles seront fort belles. Jean-Louis Etienne m'accordera une interview en octobre et devrait évoquer l'intégralité du programme de son expédition et les moments forts avec le transport des plis en dirigeable au pôle Nord en avril prochain.
L'interview sera diffusée sur TV TIMBRES.

Nous avions évoqué fin juillet l'Italie qui a été le premier pays à émettre des timbres de poste aérienne, c'était en mai 1917. Le second est l'Autriche en mars 1918. Cette fois, ce sont les militaires qui ouvrent la voie. En temps de guerre, le transport de l'information est un élément important. En 1915, durant la Première Guerre mondiale, des hydravions autrichiens sont affectés à la poste militaire qui dessert la côte adriatique orientale. Plus tard, ce seront des avions traditionnels qui relieront Vienne à Budapest, Cracovie et Lemberg (actuelle Lvov en Ukraine, à l'époque objet de combats permanents). Le service aérien s'ouvre ensuite à la poste civile. Pour ce faire, on surcharge de la mention " FLUGPOST " trois timbres de 1916-18 : un 2k violet (surchargé 1,50 k), un 3 k bistre (surchargé 2,50) et un 4 gris comportant uniquement la mention " Flugpost ". Ces trois timbres sont émis le 30 mars 1918.
A noter deux tirages distincts : l'un sur papier gris-jaunâtre avec une surcharge très marquée, l'autre sur papier blanc avec des teintes moins foncées. Il n'existe pas de grandes raretés à l'exception du 2,50 k sur 3 k avec surcharge renversée. Avec un tirage de seulement 100 exemplaires sur papier blanc, il cote chez Yvert 2 250 €. Enfin, signalons un non émis avec le 7 k sur 10 brun-noir, papier avec fil de soie et quelques non dentelés (tirage spécial sur papier gommé réalisé pour quelques personnalités de la cour autrichienne).
Les lettres recevaient une oblitération traditionnelle mais également un cachet rond apposé avec la mention " Flugpost ", lequel figurait à la fois au recto (départ) et au verso (arrivée).

Bon week end et à la semaine prochaine

 
 

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