| |
|
Monsieur,
Puisque vous nous permettez de manifester notre mécontentement,
je me précipite sur le stylo pour ne plus " râler "
en silence.
Je collectionne les timbres oblitérés parce que j'estime
que le but du timbre est d'affranchir les lettres.
C'est actuellement le " parcours du combattant " pour les trouver,
tant il y en a. Cela devient pratiquement impossible et ce n'est plus
amusant du tout.
Collectionner devient maintenant un acte de bravoure pécuniaire.
Ce n'est plus de l'inflation, c'est de l'arnaque.
Membre du club La Liaison Philatélique, je m'aperçois que
beaucoup de membres cherchent à vendre leur collection le plus
vite possible devant le peu d'intérêt, que portent, actuellement,
les jeunes à la philatélie.
Pour ma part, j'ai arrêté les préo et les timbres
de service, et je pense stopper l'aviation cette année. Cela devient
trop cher.
Autre chose, non seulement, il y a beaucoup de timbres, mais en plus,
ils sont mal tamponnés. Je ne comprends pas la Poste : il serait
simple, me semble-t-il, de toujours mettre le tampon à date à
l'extrême droite et les flammes et les vagues sur la gauche.
De plus , lorsqu'on va dans des bureaux de poste, les tampons sont souvent
très sales et dénaturent ainsi le timbre.
Cette inflation de timbres sert naturellement à engranger de l'argent
et pousse l'absurdité jusqu'à mettre sur le marché
beaucoup de timbres alors que plus personne n'écrit.
Que la Poste continue et il n'y aura plus de collectionneur.
" Qui trop embrasse, mal étreint ".
Merci de me lire.
Je vous prie de croire, Monsieur, en mes salutations philatéliques.
|
|
|
| |
|
A l'attention de monsieur
le Président de la République
Sous couvert de Monsieur Toulemonde
Rédacteur en chef de Timbres magazine
Monsieur le Président,
Instituteur retraité, philatéliste,
je m'autorise de ma qualité d'abonné au mensuel " Timbres
magazine " pour attirer votre bienveillante attention sur les quelques
points suivants :
- vous êtes vous-même un collectionneur averti et j'ai lu
avec intérêt la lettre que vous avez adressée aux
philatélistes le 19 octobre dernier ; dans ce courrier vous dites,
avec juste raison, que le timbre peut et doit apporter
la note artistique,
humaniste et créative qui illumine ce geste simple d'affranchir
une lettre ; or, de nombreuses émissions semblent, hélas,
s'affranchir de ces obligations. La France, compte tenu de se géographie,
de son histoire, de ses hommes célèbres
possède
des sources inépuisables de création ; alors que penser
de ces émissions : "c'est un garçon", " c'est
une fille ", "ceci est une invitation" ? Où est
l'intérêt ?
- quand j'étais instituteur, mes élèves, particulièrement
intéressés par les activités d'éveil, attendaient
chaque mois avec impatience l'arrivée du facteur à l'école
? Pourquoi ? Parce que, dans les années 70, le ministre des Postes
octroyait à chaque établissement scolaire une pochette renfermant
les dernières émissions de timbres (oblitérés)
de France. Cette collection, propriété de l'école,
accompagnée, pour chaque timbre, d'une notice très explicite,
constituait, en même temps qu'un excellent moyen de culture, une
incitation à la philatélie. Hélas, et c'est bien
dommage, les timbres n'entrent plus aujourd'hui à l'école.
Daniel D.
La Souterraine le 27 novembre 2007
|
|
|
| |
|
A la recherche d'un timbre France
" Voilà, je me décide enfin à vous écrire,
sous le coup de la colère. Je déambulais Rue de Rivoli,
à Paris, entre Saint-Paul et Hôtel de ville, à la
recherche d'un timbre de France. J'entre dans un premier bureau de tabac.
Je demande mon timbre, le buraliste lève les yeux au ciel, et me
répond, de façon assez désagréable, qu'il
n'en a pas. J'avais nettement le sentiment de l'avoir importuné
pour pas grand-chose. Quelques dizaines de mètres plus loin, j'aperçois
un second débitant, qui fait aussi café. Rebelote ! Cette
fois c'est une buraliste, elle n'essaie même pas de faire semblant,
elle me répond tout de go qu'il faut acheter un carnet. Non chère
madame, si j'avais envie d'acheter un carnet, j'aurai demandé un
carnet, là j'avais envie d'acheter un timbre ! Je ressors. Je sais
comment cette histoire va finir : j'irai à La Poste, celle d'Auteuil
par exemple qui est en face de mon bureau, je verrai une queue de quinze
à vingt personnes, je perdrai patience, et j'achèterai...une
de ces horribles vignettes d'affranchissement.
J'ai été bien long en préliminaires, c'est une qualité
en amour mais un défaut en correspondance. Tout cela pour dire,
simplement, que si nous n'y prenons pas garde, la philatélie deviendra
une langue morte. Elle l'est déjà à bien des égards.
L'essentiel du courrier d'entreprise est affranchi par des machines. Je
dis l'essentiel, on doit tourner à 98 ou 99 % malheureusement.
J'aimerais connaître la part du courrier des particuliers qui continue
à être affranchi en timbres. J'ai bien dit en timbres, je
n'entrerai même pas dans les distinctions savantes entre commémoratifs,
usage courant ou vignettes colorées commerciales de vux (naissance,
anniversaire, signe astrologique ou horoscope chinois). Ajoutez à
cela le fait que, supplanté par Internet et par les SMS, le courrier
de correspondance régresse de façon dramatique, et vous
comprendrez mon inquiétude : que restera-t-il demain du timbre
et de la lettre ? Réponse : pas grand-chose, voire plus rien !
Il y a des phénomènes contre lesquels il nous est difficile
de lutter. Internet, on n'y peut pas grand chose. La grande faillite de
la distribution postale dans bon nombre de pays, je pense notamment à
l'Afrique, mais pas seulement, nous n'y pouvons pas grand chose non plus.
Envoyer un courrier à l'étranger, enfin, dans un "
pays du tome 2 bis ", pour reprendre la classification contestable
d'Yvert & Tellier, c'est un peu jouer à la roulette. Mieux
vaut ne pas être pressé et accepter le risque qu'il ne parvienne
jamais à son destinataire. C'est vrai aussi dans l'autre sens.
Le lien entre les individus se fait autrement que par la poste : téléphone,
Internet, les messageries privées, Fedex ou DHL pour les colis.
La magie de la lettre et du timbre disparaissent. La boîte aux lettres
est malheureusement devenue synonyme de courrier administratif, d'impôts
ou de factures. Ce phénomène sur lequel on ne s'est pas
beaucoup attardé, sur lequel je n'ai pas beaucoup de réflexions,
a des conséquences catastrophiques pour notre passion commune.
Je reviens sur une seconde idée que je développais en début
de paragraphe : les lettres de l'étranger n'arrivent plus. Or comment
avons nous tous commencé à collectionner ? En découpant
les timbres aux couleurs chamarrées qu'on récupérait
sur le courrier ou les cartes postales adressées à nos parents.
Et chaque jour ou chaque semaine, nous découvrions un nouveau pays,
un nouveau continent. Nous nous appropriions des pans de la culture philatélique
de notre propre pays et des pays étrangers. Les Libertés.
Les Sabines. Toutes les Mariannes. Les Coqs. Les Semeuses. Mais aussi
les " Machin " britanniques. Les timbres espagnols à
l'effigie de Franco. Les Beatrix hollandais. Les jolies séries
des châteaux italiens. Ou les timbres suisses...Et je ne parle pas
des provenances plus lointaines, d'Afrique ou d'ailleurs qui faisaient
notre fierté en cours de récréation et de notre rendez-vous
avec la boîte aux lettres une source d'émerveillement quotidien
! Toutes les séries de vignettes usuelles que je viens d'évoquer
faisaient partie du patrimoine usuel des enfants que nous étions.
Je doute que les enfants d'aujourd'hui possèdent le même
rapport avec le timbre, tout simplement parce qu'ils n'y sont plus confrontés.
Alors, oui, le risque est grand que notre passion dépérisse,
faute de combattants. Le phénomène est déjà
largement amorcé. Vous remarquerez que lorsque le sujet est abordé
dans les dîners en ville la philatélie se conjugue plus que
de raison à l'imparfait : " J'ai collectionné...J'avais
un parent qui collectionnait... ".
Que faire ? Se remuer un peu. Et quand je dis " se ", je pense
à La Poste, très largement responsable de cet état
de fait, du moins en ce qui concerne la France. Il est plus que temps
de libéraliser la vente de timbres. Il est parfaitement inadmissible
qu'au moment même où il est de moins en moins demandé
et utilisé, le timbre reste le monopole de quelques bureaux d'ailleurs
essentiellement occupés à faire autre chose (vendre des
services financiers ?) et de buralistes acariâtres. Il faudrait
au contraire que sa diffusion soit généralisée. Qu'on
puisse en trouver dans les épiceries, dans les supérettes,
chez les marchands de journaux, et pourquoi pas auprès de n'importe
quel commerçant qui émettrait le désir d'en vendre.
Combien y a-t-il de magnifiques boutiques spécialisées dans
la vente de cartes postales et de cartes de voeux à Paris, qui
proposent de superbes produits, des enveloppes assorties, etc. Croit-on
vraiment qu'il est impossible de convaincre ne serait-ce qu'une poignée
de ces commerçants de vendre aussi des jolis timbres, au hasard,
des commémoratifs gravés en taille-douce ou des timbres
tableaux de la série artistique ? Ou des Flore & Faune ? Je
ne le crois pas. Arrêtons de nous complaire dans notre splendide
isolement ! Voyageons ! Etes-vous allés en Angleterre ou au Japon
? On vend les timbres dans les supérettes, et c'est très
bien ainsi. Et en Tunisie ou au Maroc ? On les trouve dans les épiceries,
chez les marchands de journaux.
Permettez-moi de m'arrêter une seconde sur la Tunisie et le Maghreb
en général que je collectionne. Voilà des pays mésestimés
dont nous devrions nous inspirer. Voilà des pays où le timbre
n'a pas disparu du courrier. Voilà des pays qui ont une politique
d'émission raisonnable et relativement cohérente, même
si je note que depuis quelques mois, la qualité artistique, stylistique,
des nouveautés marocaines (pas toutes mais certaines) tend à
diminuer. Savez-vous quelle est l'explication ? Ces timbres sont imprimés
en France par cette horreur de Phil@poste
! L'Algérie et la Tunisie font imprimer leurs timbres localement,
respectivement par la Banque centrale et par l'imprimerie de la Poste
tunisienne.
Je collectionne la Tunisie tout simplement parce que c'est mon pays. Et
le Maghreb par extension car c'est mon aire géographique et culturelle.
Mais collectionnant ces pays, j'ai le sentiment de collectionner des timbres,
c'est à dire des vignettes destinées d'abord à affranchir
le courrier, même si là aussi, de plus en plus, la funeste
tendance aux affranchissements automatiques se développe. Evidemment,
je fais comme tout le monde, je vais à la Recette principale de
la Poste de Tunis, au service philatélique, pour me procurer les
nouveautés, séries complètes et blocs. Mais j'ai
au moins la satisfaction en recevant mon courrier de voir que le timbre
continue à répondre à son usage premier qui est d'affranchir
le courrier. En France, ce n'est plus vrai depuis belle lurette, et c'est
bien triste. La philatélie est en train de devenir une langue morte.
Comme le latin et le grec. Elle ne va pas disparaître complètement,
mais elle est en train de perdre irrémédiablement son caractère
populaire, et deviendra un loisir réservé à un petit
cénacle d'initiés. Une dernière chose avant de conclure
cette lettre bien trop longue. J'ai baissé les bras. Je ne fais
plus l'effort de chercher les beaux timbres ou ne serait-ce que les usages
courants pour affranchir mon courrier parisien. Parce que comme je l'expliquais
au début, c'est devenu trop compliqué, trop décourageant.
Et parce que par ailleurs, je n'y crois plus. Que de changements depuis
quinze ans. Nous nous sommes transformés en vache à lait.
Inflation démentielle des émissions. Passage à l'Euro.
Dégradation des visuels. Suppression progressive des valeurs faciales.
Suppression de la mention République Française et même
de RF. Entorses de plus en plus fréquentes à " la doctrine
". Cette doctrine enseignée dans tous les manuels de philatélie
qui voulait que sauf sous le Second Empire et sous Vichy, aucune personnalité
vivante ou décédée depuis moins d'un an ne pouvait
être timbrifiée. Cela a commencé avec Carl Lewis et
d'autres sportifs, français ou étrangers, au tournant du
siècle dernier, et puis on s'est mis à timbrifier des machines
à laver. Des fers à repasser. Harry Potter. Bref, à
faire n'importe quoi pour " faire moderne ". Et avec quel résultat
? Celui de détourner les philatélistes de leur collection
naturelle, la France...
La philatélie, c'est aussi et peut-être d'abord une affaire
de tradition. On ne s'affranchit pas impunément de ses traditions
séculaires juste pour ajouter quelques chiffres après la
virgule au chiffre d'affaires global d'une grande entreprise publique
exprimé en milliards ou en dizaines de milliards d'Euros... Je
me suis consolé un moment de cette infidélité à
"ma" France en me rabattant sur les DOM TOM, SPM et Mayotte
surtout, et un peu les TAAF, mais j'ai arrêté, sauf pour
les usages courant, parce que là aussi j'ai constaté des
dérives navrantes.
Je suis un vieux grincheux de 33 ans, qui collectionne depuis 24 ans,
et qui trouve encore son bonheur avec les classiques, les semi-modernes,
les colonies, et le Maghreb moderne. "
|
|
|