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Etats généraux de la philatélie

Vous avez la parole !

Suite à notre éditorial de juin dernier, lettre ouverte au président de la République, en forme de cri d'alarme concernant l'avenir de la philatélie, Nicolas Sarkozy dans la réponse qu'il nous a adressée (voir notre rubrique : Actualités/archives) annonce l'organisation des Etats généraux de la Philatélie qui se tiendront en mars prochain.
Pour participer à ces débats, donner votre avis sur ces questions fondamentales qui concernent chaque collectionneur que nous sommes, écrivez-nous à l'adresse suivante :
redac@timbresmag.com
nous publierons votre lettre.
N'hésitez pas à vous exprimer !


Contributions recueillies puis validées par la rédaction :

 
   

Lettre de soutien aux revendications des collectionneurs philatélistes

Serait-il enfin temps de lancer un dernier crie d'alarme aux dirigeants de LA POSTE au sujet des émissions de timbres qu'ils pratiquent en ce moment. Beaucoup de collectionneurs se sont découragé depuis l'an deux mille, trop de timbres et qui de plus ne sont pas faciles à utiliser, le courrier ne comporte plus de ces vignettes qui faisaient le plaisir du plus jeune au plus âgé d'entre eux qui transmettait sa passion.
De plus il existe un timbre qui me désole vraiment c'est celui de l'agneau émis en bloc et en feuille, cette pauvre bête a été défigurée dans son arrière train il semblerait que Bové n'a pas fait son travail car les OGM lui aurait donné un arrière de goret !
J'ai écrit à phil@poste sans réponse en retour.
J'ai écrit à monsieur Bailly sans réponse en retour.
Il est vrai qu'il vaut mieux faire l'autruche que de donner une explication cohérente à des collectionneurs pour qui on se désintéresse totalement de leur passion, si ce n'est que l'intention de faire des bénéfices s'il y en a. Nous sommes privés d'un contact que les bureaux appréciaient plu ou moins mais il y avait une relation surtout quand une personne invalide trouvait là un but, une évasion.
Je collectionne les LISA de distributeur émises lors des manifestations philatéliques, je ne peux vous expliquer les difficultés que je rencontre pour me les procurer et qui de plus ne sont pas toutes répertoriées. Voilà ce que c'est de ne pouvoir voyager lorsque l'on a un handicap et de moins en moins de moyens.
(Collectionneur depuis plus de 50 ans).


   
 AUTEUR

Pierre Remise

DATE

3 Décembre 2007

 
   

Monsieur,
Puisque vous nous permettez de manifester notre mécontentement, je me précipite sur le stylo pour ne plus " râler " en silence.
Je collectionne les timbres oblitérés parce que j'estime que le but du timbre est d'affranchir les lettres.
C'est actuellement le " parcours du combattant " pour les trouver, tant il y en a. Cela devient pratiquement impossible et ce n'est plus amusant du tout.
Collectionner devient maintenant un acte de bravoure pécuniaire. Ce n'est plus de l'inflation, c'est de l'arnaque.
Membre du club La Liaison Philatélique, je m'aperçois que beaucoup de membres cherchent à vendre leur collection le plus vite possible devant le peu d'intérêt, que portent, actuellement, les jeunes à la philatélie.
Pour ma part, j'ai arrêté les préo et les timbres de service, et je pense stopper l'aviation cette année. Cela devient trop cher.
Autre chose, non seulement, il y a beaucoup de timbres, mais en plus, ils sont mal tamponnés. Je ne comprends pas la Poste : il serait simple, me semble-t-il, de toujours mettre le tampon à date à l'extrême droite et les flammes et les vagues sur la gauche.
De plus , lorsqu'on va dans des bureaux de poste, les tampons sont souvent très sales et dénaturent ainsi le timbre.
Cette inflation de timbres sert naturellement à engranger de l'argent et pousse l'absurdité jusqu'à mettre sur le marché beaucoup de timbres alors que plus personne n'écrit.
Que la Poste continue et il n'y aura plus de collectionneur.
" Qui trop embrasse, mal étreint ".
Merci de me lire.
Je vous prie de croire, Monsieur, en mes salutations philatéliques.


   
 AUTEUR

Monique Martinelli

DATE

6 Décembre 2007

 
   

Mon intervention est simple. Je vous la livre sans détour. Je comprends parfaitement le désir de rentabilité, de commerce du n'importe quoi pourvu que cela rapporte de Phil@poste. Cette entreprise à des objectifs imposés par l'autorité supérieure. Même si nous supposons que l'attachement à la philatélie anime parfois les dirigeants de cette société, il n'empêche que des résultats sont attendus à l'étage supérieur. Il convient donc selon moi, de distinguer les genres. C'est pourquoi j'imagine l'avenir de la philatélie donc de sa sauvegarde par la création d'un label, d'une appellation contrôlée. Un cahier des charges simple mais rigoureux, élaboré par les membres imminents des instances de la philatélie, des responsables d'associations philatéliques, des dirigeants de la presse spécialisée, des académiciens…Ainsi les émissions respectant ce cahier des charges se verraient décerner un "label philatélique". Les timbres ainsi récompensés seraient dignes de figurer dans une collection et par conséquent la presse, les catalogues, les négociants… auraient un véritable contre pouvoir vis-à-vis de Phil@poste.
Phil@poste peut et doit continuer à produire des vignettes grand public et réaliser les profits nécessaires pour pouvoir produire quelques belles pièces afin que l'on puisse de nouveau affranchir notre courrier sans avoir honte.
Avec toute ma sympathie.

   
 AUTEUR

Daniel Martino

DATE

11 Décembre 2007

 
   

J'ai bien lu votre éditorial du numéro 85 de décembre. Faisant partie de la majorité silencieuse, je ne pensai pas faire ce courrier malgré votre invitation.
Un fait survenu la semaine dernière me pousse à réagir.
J'ai commencé ma collection vers l'âge de quinze ans et j'en ai 56. J'ai démarré la France, Monaco, Andorre. A ce jour des thèmes et des coups de cœur sont venus se rajouter à mes collections.
Il y a quinze, vingt ans, on montrait du doigt les pays à forte politique d'émission inflationniste. Aujourd'hui la France fait partie de ces pays-là, sujets, et visuels se reportant plus à des vignettes colorées qu'à des timbres représentations de notre pays et de notre savoir faire.
J'achetais dans le passé les nouveautés en trois exemplaires dont deux servaient à des échanges avec des correspondants ou en affranchissement. Après je suis passé à deux exemplaires, et depuis le nouveau système de réservation, je suis passé à un seul exemplaire.
La semaine dernière je suis allé au point philatélique de Bordeaux R.P. (…) Ma demande concernait le carnet mixte avec la Marianne de Cheffer.
Ce carnet est uniquement en vente sur le site internet de La Poste. Ce carnet ne figure pas sur les notes internes de vente et de ce fait notre bureau n'a pas été approvisionné.
La Poste ne vend plus les carnets de timbres TVP à usage courant !
Cet état de fait a été le déclencheur de ma décision. Je vais résilier ma réservation et arrêter ma collection de timbres de France. (…)
Je n'abandonnerai pas pour autant la collection. En ce qui concerne la France, j'achèterai seulement les timbres gravés en taille-douce et certains au coup de cœur. Et si un jour La Poste nous enlève la possibilité d'acheter selon notre plaisir, en forçant abonnement ou réservation, j'arrêterai totalement.
En discutant dans les clubs, sur les bourses et expositions avec d'autres collectionneurs, je me rends compte que je ne suis pas le premier et que je ne serai pas le dernier à résilier un achat complet de valeurs fiduciaires qui représentait un net pour La Poste puisque le service d'acheminement n'avait pas lieu.
Pour en revenir à votre invitation de s'exprimer, j'attends des états généraux de la philatélie plusieurs points :
1/ Le retour à une politique raisonnable d'amission de timbres
2/ Que la France retrouve le rayonnement mondial au travers d'une majorité de timbres gravés en taille-douce.
3/ La possibilité d'acheter tous les timbres émis dans tous les bureaux de poste sans tirages confidentiels et non accessibles à tous.

   
 AUTEUR

Michel Guignard (33)

DATE

6 Décembre 2007

 
   

Suite au courrier du président de la République

Nicolas Sarkozy est-il au courant du site de la Poste avec la possibilité de tout un chacun de créer "son timbre à soi", est-ce encore compatible avec un programme philatélique officiel alors que des formations politiques ou des sociétés commerciales pourront utiliser cette opportunité pour créer leurs propres programmes et inonder le marché philatélique dans des buts de propagande ou de publicité ? Pour ce qui me concerne c'est le signal du début de la fin de la philatélie.

   
 AUTEUR

Bernard Guilleman

DATE

3 Décembre 2007

 
   

Merci au journal pour l'action qu'il entreprend actuellement en vue de réhabiliter la qualité des émissions philatéliques . Les propositions de notre président vont dans ce sens et l idée de créer des états généraux pourrait remédier à pas mal de nos soucis . Car les philatélistes en ont assez. Il suffisait pour cela d'écouter les libres propos des visiteurs du dernier Salon d'automne pour en mesurer l importance. Que deviennent les belles séries artistiques et nos hommes célèbres, finement gravées , que nous enviaient les autres pays ? Trop d'émissions ineptes, des formats qui nous font regretter les anciens, mais aussi des timbres gravés vraiment tristes. IL FAUDRAIT DANS CES ETATS GENERAUX DES CONSEILLERS ARTISTIQUES car nos émissions postales deviennent décadentes. Enfin quantité de philatélistes abandonnent, car non seulement les timbres sont laids, ne donnent pas envie d'être collectionnés, mais ils sont chers. Et je plains sincèrement les jeunes de milieu modeste qui ne peuvent de ce fait prendre la relève des anciens. Reste à savoir si LA POSTE gagne plus financièrement avec toutes ces productions qu'autrefois ? Longue vie à la philatélie et aux timbres.

   
 AUTEUR

P.L

DATE

28 Novembre 2007

 
   

A l'attention de Gauthier Toulemonde

Monsieur,

Je viens de lire avec un immense plaisir votre éditorial de Timbres magazine de décembre. Depuis quelques années, j'ai envoyé un certain nombre de courriers à Françoise Eslinger. Tous sont restés sans réponse.
Cette dernière qui dirige le SNTP n'a jamais tenu compte des doléances exprimées, concernant
- la rareté de la taille-douce,
- la laideur de certains timbres,
- la quantité importante de parutions et les formats spéciaux des blocs, impossible à disposer de façon normale et harmonieuse dans nos albums.
Il a donc fallu que vous ayez eu la bonne, l'excellente idée d'écrire à Nicolas Sarkozy qui de plus est philatéliste (ce que je savais) et qui vous a répondu !
Madame Eslinger va donc enfin être obligée de bouger, elle qui se moque éperdument de ce que pensent les philatélistes.
J'avais demandé en priorité le retour de la taille-douce pour la Poste Aérienne dont les sujets sont toujours très beaux, et pour cause. Là, pas de mauvaise surprise.
Mille fois merci et bravo pour les états généraux. Nous serons peut-être enfin entendus, nous les collectionneurs.
En résumé donc :
- moins de timbres
- taille-douce (30% c'est peu) pour les timbres mais aussi pour les blocs
- des formats possibles pour les blocs spéciaux
- choisir enfin des créateurs de dessin qui nous fassent de beaux timbres (l'existence du prix citron n'est pas encore inutile).
Encore un grand merci pour votre initiative heureuse et très amicalement.

   
 AUTEUR

F. Kebers

DATE

27 Novembre 2007

 
   

A l'attention de monsieur le Président de la République
Sous couvert de Monsieur Toulemonde
Rédacteur en chef de Timbres magazine

Monsieur le Président,

Instituteur retraité, philatéliste, je m'autorise de ma qualité d'abonné au mensuel " Timbres magazine " pour attirer votre bienveillante attention sur les quelques points suivants :
- vous êtes vous-même un collectionneur averti et j'ai lu avec intérêt la lettre que vous avez adressée aux philatélistes le 19 octobre dernier ; dans ce courrier vous dites, avec juste raison, que le timbre peut et doit apporter… la note artistique, humaniste et créative qui illumine ce geste simple d'affranchir une lettre ; or, de nombreuses émissions semblent, hélas, s'affranchir de ces obligations. La France, compte tenu de se géographie, de son histoire, de ses hommes célèbres… possède des sources inépuisables de création ; alors que penser de ces émissions : "c'est un garçon", " c'est une fille ", "ceci est une invitation" ? Où est l'intérêt ?
- quand j'étais instituteur, mes élèves, particulièrement intéressés par les activités d'éveil, attendaient chaque mois avec impatience l'arrivée du facteur à l'école ? Pourquoi ? Parce que, dans les années 70, le ministre des Postes octroyait à chaque établissement scolaire une pochette renfermant les dernières émissions de timbres (oblitérés) de France. Cette collection, propriété de l'école, accompagnée, pour chaque timbre, d'une notice très explicite, constituait, en même temps qu'un excellent moyen de culture, une incitation à la philatélie. Hélas, et c'est bien dommage, les timbres n'entrent plus aujourd'hui à l'école.
Daniel D.
La Souterraine le 27 novembre 2007


   
 AUTEUR

Daniel D. (La Souterraine)

DATE

27 Novembre 2007

 
   

Chers amis,

Trouver de beaux timbres (dits de collection) dans beaucoup de bureaux est mission impossible.
Il faudrait que les responsables de la poste soient un peu plus philatélistes.
Autre difficulté: certains timbres ne sont pas disponibles à l'unité, d'autres ne peuvent s'acheter que via phil@poste (je pense aux timbres autocollants du Rotary ou de la cour des comptes).
Certains timbres ressemblent à des vignettes qu'on trouvait autrefois dans des paquets de chocolat. On peut regretter que la taille-douce se soit taillée en douce de la production française.
Il faut bien que la Poste gagne des sous mais il ne faut pas qu'elle fasse des profits sur le dos des collectionneurs qu'on prend pour des vaches à lait. La production annuelle est trop importante et onéreuse empêchant les jeunes de s'intéresser plus à la philatélie.
Autre reproche, pourquoi les timbres de petites valeurs comme les 10c, 5c, 1c utiles pour compléter certains affranchissements ne sont que des Marianne ? Par rapport à de nombreux pays on peut faire nettement mieux.
J'écris souvent à l'étranger et il est très difficile de mettre plusieurs " beaux " timbres sur une lettre, exemple: pour le Canada si je mets un timbre à 60c pour arriver aux 85c réglementaires je ne peux que compléter par des Mariannes à 2O et 5c ou deux fois 10 et 5c ...C'est pourquoi les petites valeurs de collection manquent.
Dernier point. Pourquoi les souvenirs philatéliques ne sont-ils pas disponibles dans les bureaux de poste? Le rouge-gorge, entre autres, a fait les beaux jours des spéculateurs avec la bénédiction de l'administration.

   
 AUTEUR

Jacques (Bois-Guillaume, 76230)

DATE

24 Novembre 2007

 
   

A la recherche d'un timbre France
" Voilà, je me décide enfin à vous écrire, sous le coup de la colère. Je déambulais Rue de Rivoli, à Paris, entre Saint-Paul et Hôtel de ville, à la recherche d'un timbre de France. J'entre dans un premier bureau de tabac. Je demande mon timbre, le buraliste lève les yeux au ciel, et me répond, de façon assez désagréable, qu'il n'en a pas. J'avais nettement le sentiment de l'avoir importuné pour pas grand-chose. Quelques dizaines de mètres plus loin, j'aperçois un second débitant, qui fait aussi café. Rebelote ! Cette fois c'est une buraliste, elle n'essaie même pas de faire semblant, elle me répond tout de go qu'il faut acheter un carnet. Non chère madame, si j'avais envie d'acheter un carnet, j'aurai demandé un carnet, là j'avais envie d'acheter un timbre ! Je ressors. Je sais comment cette histoire va finir : j'irai à La Poste, celle d'Auteuil par exemple qui est en face de mon bureau, je verrai une queue de quinze à vingt personnes, je perdrai patience, et j'achèterai...une de ces horribles vignettes d'affranchissement.
J'ai été bien long en préliminaires, c'est une qualité en amour mais un défaut en correspondance. Tout cela pour dire, simplement, que si nous n'y prenons pas garde, la philatélie deviendra une langue morte. Elle l'est déjà à bien des égards. L'essentiel du courrier d'entreprise est affranchi par des machines. Je dis l'essentiel, on doit tourner à 98 ou 99 % malheureusement. J'aimerais connaître la part du courrier des particuliers qui continue à être affranchi en timbres. J'ai bien dit en timbres, je n'entrerai même pas dans les distinctions savantes entre commémoratifs, usage courant ou vignettes colorées commerciales de vœux (naissance, anniversaire, signe astrologique ou horoscope chinois). Ajoutez à cela le fait que, supplanté par Internet et par les SMS, le courrier de correspondance régresse de façon dramatique, et vous comprendrez mon inquiétude : que restera-t-il demain du timbre et de la lettre ? Réponse : pas grand-chose, voire plus rien ! Il y a des phénomènes contre lesquels il nous est difficile de lutter. Internet, on n'y peut pas grand chose. La grande faillite de la distribution postale dans bon nombre de pays, je pense notamment à l'Afrique, mais pas seulement, nous n'y pouvons pas grand chose non plus. Envoyer un courrier à l'étranger, enfin, dans un " pays du tome 2 bis ", pour reprendre la classification contestable d'Yvert & Tellier, c'est un peu jouer à la roulette. Mieux vaut ne pas être pressé et accepter le risque qu'il ne parvienne jamais à son destinataire. C'est vrai aussi dans l'autre sens. Le lien entre les individus se fait autrement que par la poste : téléphone, Internet, les messageries privées, Fedex ou DHL pour les colis. La magie de la lettre et du timbre disparaissent. La boîte aux lettres est malheureusement devenue synonyme de courrier administratif, d'impôts ou de factures. Ce phénomène sur lequel on ne s'est pas beaucoup attardé, sur lequel je n'ai pas beaucoup de réflexions, a des conséquences catastrophiques pour notre passion commune.
Je reviens sur une seconde idée que je développais en début de paragraphe : les lettres de l'étranger n'arrivent plus. Or comment avons nous tous commencé à collectionner ? En découpant les timbres aux couleurs chamarrées qu'on récupérait sur le courrier ou les cartes postales adressées à nos parents. Et chaque jour ou chaque semaine, nous découvrions un nouveau pays, un nouveau continent. Nous nous appropriions des pans de la culture philatélique de notre propre pays et des pays étrangers. Les Libertés. Les Sabines. Toutes les Mariannes. Les Coqs. Les Semeuses. Mais aussi les " Machin " britanniques. Les timbres espagnols à l'effigie de Franco. Les Beatrix hollandais. Les jolies séries des châteaux italiens. Ou les timbres suisses...Et je ne parle pas des provenances plus lointaines, d'Afrique ou d'ailleurs qui faisaient notre fierté en cours de récréation et de notre rendez-vous avec la boîte aux lettres une source d'émerveillement quotidien ! Toutes les séries de vignettes usuelles que je viens d'évoquer faisaient partie du patrimoine usuel des enfants que nous étions. Je doute que les enfants d'aujourd'hui possèdent le même rapport avec le timbre, tout simplement parce qu'ils n'y sont plus confrontés. Alors, oui, le risque est grand que notre passion dépérisse, faute de combattants. Le phénomène est déjà largement amorcé. Vous remarquerez que lorsque le sujet est abordé dans les dîners en ville la philatélie se conjugue plus que de raison à l'imparfait : " J'ai collectionné...J'avais un parent qui collectionnait... ".
Que faire ? Se remuer un peu. Et quand je dis " se ", je pense à La Poste, très largement responsable de cet état de fait, du moins en ce qui concerne la France. Il est plus que temps de libéraliser la vente de timbres. Il est parfaitement inadmissible qu'au moment même où il est de moins en moins demandé et utilisé, le timbre reste le monopole de quelques bureaux d'ailleurs essentiellement occupés à faire autre chose (vendre des services financiers ?) et de buralistes acariâtres. Il faudrait au contraire que sa diffusion soit généralisée. Qu'on puisse en trouver dans les épiceries, dans les supérettes, chez les marchands de journaux, et pourquoi pas auprès de n'importe quel commerçant qui émettrait le désir d'en vendre. Combien y a-t-il de magnifiques boutiques spécialisées dans la vente de cartes postales et de cartes de voeux à Paris, qui proposent de superbes produits, des enveloppes assorties, etc. Croit-on vraiment qu'il est impossible de convaincre ne serait-ce qu'une poignée de ces commerçants de vendre aussi des jolis timbres, au hasard, des commémoratifs gravés en taille-douce ou des timbres tableaux de la série artistique ? Ou des Flore & Faune ? Je ne le crois pas. Arrêtons de nous complaire dans notre splendide isolement ! Voyageons ! Etes-vous allés en Angleterre ou au Japon ? On vend les timbres dans les supérettes, et c'est très bien ainsi. Et en Tunisie ou au Maroc ? On les trouve dans les épiceries, chez les marchands de journaux.
Permettez-moi de m'arrêter une seconde sur la Tunisie et le Maghreb en général que je collectionne. Voilà des pays mésestimés dont nous devrions nous inspirer. Voilà des pays où le timbre n'a pas disparu du courrier. Voilà des pays qui ont une politique d'émission raisonnable et relativement cohérente, même si je note que depuis quelques mois, la qualité artistique, stylistique, des nouveautés marocaines (pas toutes mais certaines) tend à diminuer. Savez-vous quelle est l'explication ? Ces timbres sont imprimés en France par cette horreur de Phil@poste ! L'Algérie et la Tunisie font imprimer leurs timbres localement, respectivement par la Banque centrale et par l'imprimerie de la Poste tunisienne.
Je collectionne la Tunisie tout simplement parce que c'est mon pays. Et le Maghreb par extension car c'est mon aire géographique et culturelle. Mais collectionnant ces pays, j'ai le sentiment de collectionner des timbres, c'est à dire des vignettes destinées d'abord à affranchir le courrier, même si là aussi, de plus en plus, la funeste tendance aux affranchissements automatiques se développe. Evidemment, je fais comme tout le monde, je vais à la Recette principale de la Poste de Tunis, au service philatélique, pour me procurer les nouveautés, séries complètes et blocs. Mais j'ai au moins la satisfaction en recevant mon courrier de voir que le timbre continue à répondre à son usage premier qui est d'affranchir le courrier. En France, ce n'est plus vrai depuis belle lurette, et c'est bien triste. La philatélie est en train de devenir une langue morte. Comme le latin et le grec. Elle ne va pas disparaître complètement, mais elle est en train de perdre irrémédiablement son caractère populaire, et deviendra un loisir réservé à un petit cénacle d'initiés. Une dernière chose avant de conclure cette lettre bien trop longue. J'ai baissé les bras. Je ne fais plus l'effort de chercher les beaux timbres ou ne serait-ce que les usages courants pour affranchir mon courrier parisien. Parce que comme je l'expliquais au début, c'est devenu trop compliqué, trop décourageant. Et parce que par ailleurs, je n'y crois plus. Que de changements depuis quinze ans. Nous nous sommes transformés en vache à lait. Inflation démentielle des émissions. Passage à l'Euro. Dégradation des visuels. Suppression progressive des valeurs faciales. Suppression de la mention République Française et même de RF. Entorses de plus en plus fréquentes à " la doctrine ". Cette doctrine enseignée dans tous les manuels de philatélie qui voulait que sauf sous le Second Empire et sous Vichy, aucune personnalité vivante ou décédée depuis moins d'un an ne pouvait être timbrifiée. Cela a commencé avec Carl Lewis et d'autres sportifs, français ou étrangers, au tournant du siècle dernier, et puis on s'est mis à timbrifier des machines à laver. Des fers à repasser. Harry Potter. Bref, à faire n'importe quoi pour " faire moderne ". Et avec quel résultat ? Celui de détourner les philatélistes de leur collection naturelle, la France...
La philatélie, c'est aussi et peut-être d'abord une affaire de tradition. On ne s'affranchit pas impunément de ses traditions séculaires juste pour ajouter quelques chiffres après la virgule au chiffre d'affaires global d'une grande entreprise publique exprimé en milliards ou en dizaines de milliards d'Euros... Je me suis consolé un moment de cette infidélité à "ma" France en me rabattant sur les DOM TOM, SPM et Mayotte surtout, et un peu les TAAF, mais j'ai arrêté, sauf pour les usages courant, parce que là aussi j'ai constaté des dérives navrantes.
Je suis un vieux grincheux de 33 ans, qui collectionne depuis 24 ans, et qui trouve encore son bonheur avec les classiques, les semi-modernes, les colonies, et le Maghreb moderne. "

   
 AUTEUR

Samy Ghorbal

DATE

Novembre 2007

 

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