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Etats généraux de la philatélie

Vous avez la parole !

Suite à notre éditorial de juin dernier, lettre ouverte au président de la République, en forme de cri d'alarme concernant l'avenir de la philatélie, Nicolas Sarkozy dans la réponse qu'il nous a adressée (voir notre rubrique : Actualités/archives) annonce l'organisation des Etats généraux de la Philatélie qui se tiendront en mars prochain.
Pour participer à ces débats, donner votre avis sur ces questions fondamentales qui concernent chaque collectionneur que nous sommes, écrivez-nous à l'adresse suivante :
redac@timbresmag.com
nous publierons votre lettre.
N'hésitez pas à vous exprimer !


Contributions recueillies puis validées par la rédaction :

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    Ancien postier (retraité depuis 10 mois) et philatéliste depuis près de 40 ans j'ai lu avec intérêt les réflexions de nombreux philatélistes.
Je veux d'abord me situer : j'habite l'Alsace et, nous avons une frontière commune avec la Suisse et l'Allemagne. Dans ces 2 pays, la notion de produits philatéliques existe depuis longtemps (carnets, épreuves en noir- le Liechtenstein vient d'émettre les premières épreuves en noir l'année dernière - livres timbrés, plaquettes de timbres pour l'année, etc.) ; la poste française ne fait que suivre d'autres exemples et innove et cela marche. Les gens qui ne sont pas philatélistes aiment bien les jolis timbres à mettre sur le courrier, les carnets multiples, les carnets événements (naissances, merci, invitations). Je crois qu'en Belgique est même sorti un timbre deuil à coller sur les faire-part de deuil.
Un reproche que l'on peut faire à beaucoup de collectionneurs en France : ils ne collectionnent que la France !
Quant aux cotes des catalogues, c'est un baromètre ; en réalité, c'est l'offre et la demande qui jouent. Pourquoi les timbres du XIXe et XXe siècle sont-ils tellement chers ? A mon avis c'est qu'à l'époque, les gens n'avaient pas trop les moyens pour envoyer du courrier (si on a les moyens, un 1f Vermillon est plus facile à trouver qu'un 1c olive ou 1c bronze Empire dans un bon état et en plus cher que la cote dans les catalogues). En plus les timbres d'une certaine cote sont aussi recherchés par les investisseurs.
Concernant les albums préimprimés, ils ne sont pas obligatoires. Un simple classeur fait aussi l'affaire. Je préfère acheter un joli timbre que des pages d'albums qui frôlent les 100,00 € pour une année complète (avec les carnets, les timbres personnalisés, les timbres spécialisés etc.).
Quant au trop grand nombre de timbres émis par la poste française, personne n'oblige personne à acheter tout ce qui est émis (pour exemple : 36 timbres furent émis par le Liechtenstein en 2006 contre 21 10 ans plus tôt et 11 50 ans plus tôt pour un pays de 35000 habitants).

   
 AUTEUR

Un ancien postier

DATE

27 février 2008

 
    Philatéliste depuis longtemps, abonnée aux réservations de La Poste, mes griefs se portent contrent celle-ci. La pléthores des nouveauté et des éditions annexes me font craindre de ne pouvoir continuer à m'adonner à ma passion une fois en retraite devant l'inflation galopante des tarifs vu le nombre de timbres émis et dérivés (beaux-timbres ou autres). Le constat est le même pour les jeunes qui n'ont pas les moyens financiers pour assouvir correctement leur passion, sans les clubs philatéliques.
Un autre soucis la rareté des correspondances "timbrés " depuis l'éclosion de la mise en place des machines à affranchir dans les entreprises qui nous privent d'une source importante de recueil de timbres oblitérés. Il ne restent que les particuliers et surtout les philatélistes pour acheter des timbres. Ces timbres qui rapportent doublement à la poste car 90% ne servent pas à l'acheminement des plis donc à rémunérer le facteur, car ils sont achetés pour être collectionnés neufs et ne coûtent ainsi à la Poste que le prix de la conception et de la fabrication. De plus devant l'anarchie des oblitérations (cachets mal positionnés, trop encrés ou pas assez, invisible sur certains timbres (carnet vacances 2007 dont certains timbres sont colorés trop foncés), perte du courrier, je suis obligé de sollicité l'amabilité des guichetiers pour me faire prêter le tampon et faire mes oblitérations moi même (encore des timbres qui ne circulent pas).
Autre reproche à la poste et sont service phil@poste où il est parfois difficile voir impossible d'obtenir des nouveautés qui ce veulent rare pour le profit des négociants. Les non initiés n'ayant souvent aucune information sur les nouveautés tels les blocs souvenir qui montent donc très rapidement en côte au point de devenir inaccessible (ex. bloc "Rouge-Gorge").
Et il est donc urgent de règlement le service philatélique de la poste notamment en le dissociant de la partie bancaire au besoin en créant deux entités totalement distinctes.

   
 AUTEUR

Remi Schwalm

DATE

25 février 2008

 
    Contribution de l'Association Philatélique de Maurepas (Yvelines)
aux états généraux de la philatélie

  • Limiter raisonnablement les quantités de chaque tirage afin de conserver une valeur au timbre, tout en satisfaisant les "amoureux du timbre ".
  • Proscrire les émissions du type "rouge-gorge".
  • Proscrire les déclinaisons : timbre de feuille, bloc, carnet, mini-feuille,…
  • Ne pas avoir de recouvrement entre les émissions grand-public disponibles au guichet avec les émissions demandées par les entreprises (par exemple même timbre utilisé dans les deux cas).
  • Pour que les jeunes et un large public puisse s'intéresser à la philatélie classique de France, diminuer la valeur des émissions annuelles de timbres grand public.
  • Eviter les émissions potentiellement polémiques (exemple Abd el-Kader).
  • Diminuer l'émission de prêt-à-poster
  • Rendre les bureaux de poste accueillants et faire en sorte qu'on y trouve affichés et disponibles tous les timbres en cours.
   
 AUTEUR

Association Philatélique de Maurepas

DATE

21 février 2008

 
   

Les avis déjà publiés pour ces états généraux semblent unanimes pour dénoncer des pratiques excessives et essentiellement commerciales de La Poste.
Notre poste, service public national, a sombré dans un mercantilisme et ne trouve plus que deux interlocuteurs à ponctionner : les entreprises et les philatélistes.
Les entreprises conservent, pour l'instant, un besoin pour remplir nos boites de factures. Mais de plus en plus, elles ont trouvé ou trouverons toutes le moyen de s'affranchir de La Poste. Le meilleur exemple est le "T" de P&T qui devenu France Télécoms, qui sait adresser ses factures uniquement par internet. Pour leurs autres envois, l'ouverture complète de la concurrence pour la distribution du courrier va faire un tabac qui ne sera pas profitable à La Poste.
Le ras-les-albums des philatélistes ne parait pas encore être parvenu aux responsables de cette établissement. Les thèmes récurrents du nombre d'émission, du coût total annuel, de l'intérêt des sujets (en 2007, pas moins de 10 messages, 5 sourires, 10 France à vivre - où faire son beurre, c'était en 2006 - 10 antiquités, 5 meilleurs vœux, 5 timbres à stickers, 12 rugby(1) , 6 Tintin - après l'émission de 2000), de la qualité de l'impression, de circuits de diffusion parallèles et confidentiels, d'émission uniquement en carnets (la France à voir, la France à vivre, Marianne de Cheffer, Croix-Rouge et Ron, l'unique timbre écopli de 2007) ou blocs (phares, nouvel an chinois ou capitales européennes), sont pourtant essentiels.
La qualité artistique est à l'avenant. Le prix citron a bien du mal à départager les sujets évoqués ci-dessus de " l'association des maires de France ", "mondial handball féminin ", "fédération internationale de voile ", "fondation pour la recherche médicale ", "l'hélicoptère ", " Pierre Pfimlin ", l e "scoutisme " ou la " conquête de l'espace ". Ces 71 nominés sont difficiles à départager, mais démontrent un talent incomparable vers la médiocrité.
Certaines émissions à des tarifs prohibitifs désignent bien leur cible : 4,22 € pour le "parc de la tête d'or ", 3 € pour le timbre "lenticulaire" et "l'hélicoptère "après l'"Airbus A380 " en 2006.
Notre collection ne concerne-t-elle pas les uniques affranchissements pouvant réellement servir ? Halte donc aux faux tirages de blocs spéciaux style rouge-gorge, carnets de prestiges ou livres timbrés. Les éditeurs de cotations devraient même les supprimer de leur documentation.
Pour finir, une histoire belge où ceux-ci tiennent le beau rôle. Ils connaissent la différence entre une vente anticipée ou prévente et un premier jour d'émission. Ce n'est malheureusement pas le cas en France à La Poste.
Souhaitons que ces états généraux soient une prise de conscience de ces collectivités, La Poste, FFAP, ADP et autres organismes à coloration officielle.


(1) Un feuillet de 10, un "allez les petits" et le fumeux lenticulaire.

   
 AUTEUR

Jean-Noël Nivoit

DATE

21 février 2008

 
   

Nicolas Sarkozy a adressé une lettre ouverte à tous les organismes traitant de la philatélie et, étant concerné, cette circulaire m'a inspiré les réflexions ci-après.

Que Nicolas Sarkozy ait, enfant, récupéré t tenté de classer des timbres oblitérés et qu'il en ait gardé un assez bon souvenir pour, encore aujourd'hui, aimer collectionner des timbres, dont acte. Le voila classable, à la lettre S, dans la liste des millions de philatélistes français et étrangers.
Que le président de la République nous répète ce que tous les journaux philatéliques dénoncent depuis de nombreuses années (quantité annuelle de timbres français excessive, qualité des sujets sujette à caution, etc.) prouve que ses conseillers ont de saines lectures.
Mais comment peut faire le porte-parole du libéralisme à tout crin pour persuader le groupe La Poste d'augmenter ses coûts de production en adoptant la taille-douce pour un plus grand nombre de timbres et renoncer à ses ventes phares que sont les timbres qu'il nomme à " messages ", alors qu'en lui ayant refusé le statut de " service public ", il contraint cette entreprise à générer assez de bénéfices pour que les grands porteurs d'actions renouvellent le mandat de ses dirigeants.
La philatélie au travers des philatélistes sait s'adapter, l'histoire le prouve, à la pénurie comme à la surabondance de production et à la médiocrité comme à l'excellence de la qualité des timbres.
Si notre Président veut réellement l'aider, il lui suffit de se référer aux rapports des différentes commissions qui ont traité de ce sujet.
Mais comment favoriser une activité basée sur la récupération gratuite de marque de paiement périmées que sont les timbres-poste oblitéré sans porter ombrage aux actionnaires des formidables " usines à fric " que sont les éditeurs d'images sans âme du type Pannini alors que l'on a résolument choisi le camp du gain rapide et que la transaction interphilatélistes échappe à tout impôt ou taxe ?
Voilà une partie des questions qu'une association comme l'APEP, au service de la philatélie depuis 40 ans, devrait, si ça n'a pas été fait, poser au signataire de cette harangue qui peut réchauffer' le cœur de quelques uns mais qui ne fait que constater le risque de voir un jour le timbre-poste devenir un moyen obsolète de paiement sans surtout tenter quoi que ce soit pour l'en empêcher.
Et si la philatélie consistait à collectionner les timbres de quel que pays que ce soit, notre pays d'origine étant souvent le pays duquel il est le plus facile de se procurer les premiers timbres qui deviendront la base d'une collection ?
Et si les petits soucis bassement terre à terre de gestion de La Poste n'étaient pas du ressort des philatélistes ?
Et si être philatéliste c'était aimer échanger, partager, communiquer ou rêver ?
Que La Poste gère son avenir, la philatélie se charge de sauvegarder l'histoire de l'acheminement du courrier et si notre président de la République veut réellement aider la philatélie qu'il commence par lui reconnaître un vrai statut dans le cadre de la sauvegarde du patrimoine français, ce serait le témoignage irréfutable de son véritable engagement envers tous ceux qui y participent.

   
 AUTEUR

Daniel Cossu

DATE

15 février 2008

 
   

Critiques et propositions de 5 associations pour les Etats généraux de la philatélie

I. Emission de timbres
1. Politique inflationniste : 87 timbres en 2002, 183 en 2007
Revenir à une production plus limitée.
2. Tirage trop élevé des timbres :
Revenir à des tirages moins conséquents, basés sur une évaluation de la consommation des usagers, des réservataires et des abonnements, donnant de la valeur aux timbres dits de collection.
3. Rareté des timbres gravés en taille-douce
Viser 40 à 50% de ces timbres. Faire travailler les artistes graveurs.
4. Débauche de timbres personnalisés avec deux logos (Cérès et TD).
Abandonner ces émissions abusives. Trop de but financier de La Poste.
5. Pléthore de timbres "Marianne" dont la grande majorité ne satisfait pas pour l'affranchissement.
Se limiter aux valeurs courantes d'affranchissement et basées sur un système monétaire permettant après changement d'ajuster le tarif.
6. Favoritisme d'émissions privilégiées (exemple Cour des comptes 2007).
Ces émissions non disponibles dans le circuit classique de distribution de La Poste (réservataires et abonnements) alimentent inévitablement un marché spéculatif.
7. Prolifération des blocs spéciaux :
Nécessité pour les collectionneurs d'en acquérir 2 exemplaires pour avoir les timbres individuels.
8. Intérêt limité des souvenirs philatéliques ; leur prolifération est identique à celle des blocs spéciaux.
Limiter ce produit à un événement marquant : à la commémoration d'un personnage célèbre de l'année.
9. Limitation des émissions communes.
Réservez à un ou deux événements particulièrement marquants dans l'année.
10. Intérêt des préoblitérés compte tenu de la mécanisation des affranchissements.
11. Trop de déclinaisons pour un seul timbre (bloc, feuille, autocollant).

II/ Choix des émissions
1. Il y aurait plus de 3000 dossiers chaque année.
Ne serait-il pas plus judicieux de définir un cahier des charges plus concis que l'actuel datant de plusieurs années.
2. Pourquoi refuser des dossiers significatifs ? Pourquoi favoriser certains départements plutôt que d'autres ?
Par exemple, la Seine-Saint-Denis n'a eu que 4 timbres depuis l'origine.

3. Recentrer les choix sur les commémorations, les personnages célèbres, les sites classés, les événements nationaux et éviter les timbres comme le camembert, le cassoulet, la machine à laver… ce ne sont plus des timbres mais des vignettes !
4. Journée du timbre : stop à la BD ! depuis des années on ne voit que ce sujet. Ces émissions ne font que servir les éditeurs de ces ouvrages.
Revenir sur l'histoire et les métiers de la poste, c'est beaucoup plus instructif.
5. Les formats des blocs sont inadaptés aux formats des albums des collectionneurs.
Nécessité d'une entente entre la Poste et les éditeurs d'albums.

6. Entreprendre obligatoirement une réflexion sur le budget philatélique annuel : pour 2006 et 2007plus de 350 euros (sans compter les prêt-à-poster pour ceux qui les collectionnent).
D'une façon générale, il serait souhaitable que Phil@poste émette des timbres et souvenirs philatéliques dont la qualité et les sujets donnent une image de marque de la France à travers le monde.

III/ Relations avec La Poste
1. Influence prépondérante de la Fédération française de Philatélie " sur les choix des demandes d'émissions de timbres malgré sa faible représentativité dans le monde de la philatélie.
2. Manque de concertation avec la profession : CNEP, négociants et associations autres que FFAP.
3. Inadéquation d'intérêts entre La Poste et le monde des collectionneurs :
Chiffres d'affaires pour la Poste ; budget du collectionneur
4. Relations souvent désagréables dans certains bureaux postes du 93 avec une incompétence constatée de certains guichetiers pour vendre des timbres.
5. Mauvais approvisionnement des petits bureaux en timbres de collection.

Jean Delaire, président du Cercle philatélique et cartophile pavillonnais.

   
 AUTEUR

Jean Delaire

DATE

15 février 2008

 
   

Puisque la parole nous est donnée, autant exposer les problèmes, les incohérences et tâcher de trouver des solutions, avant que la philatélie ne devienne qu'une collection pour privilégiés ou simplement d'images.
En effet, je collectionne depuis 1975 et, si la situation est restée acceptable jusqu'en 1997/98, celle-ci s'est détériorée depuis par la prolifération des émissions, des blocs, des combinaisons diverses, sans oublier les PAP commémoratifs.
Cela devient de la folie de réunir une collection complète, sans compter le nombre de timbres émis (90 à 130 suivant les années) et le coût (entre 80 et 200 euros). Tout cela devient prohibitif pour les collectionneurs (n'oublions pas que certains achètent encore chaque timbre par 10, 20 ou par feuille) et, pis encore, pour les jeunes qui seront la relève de demain. Sans compter sur la dernière invention de La Poste, les timbres que l'on crée soi-même et qui ne seront pas catalogués dans les ouvrages courants.
(…) Donc, pour l'avenir, je souhaiterai, et je ne pense pas être le seul, que La Poste réduise le nombre de timbres émis (60 à 70 maximum), limite les variantes, nous propose des sujets et des produits moins financiers mais plus philatéliques avec de vrais timbres gravés et non des offset. Lorsque je vois une émission comme la paire " Charcot " ou le timbre " Vendôme ", je suis content de l'acquérir, par contre des carnets meilleurs vœux ou Croix-Rouge, c'est mignon mais sans intérêt pour la collection et coûte 10,80 euros pour des photocopies. Enfin, ramener le coût annuel à des proportions acceptables (entre 40 et 60 euros/an), tant pour le collectionneur habitué que pour les jeunes, dont les budgets sont restreints pour ce type de dépenses (…)
Quant aux oblitérations sur les courriers, pourriez-vous trouver un système pour que le cachet soit de nouveau à droite, là où le timbre est apposé et permettre aux collectionneurs de réaliser de belles et vraies collections de timbres oblitérés, détachés ou sur lettres. Une idée… ! deux cachets à date, un à gauche pour la lisibilité de la date d'expédition, un à droite pour le timbre. Il suffit de regarder les enveloppes du siècle dernier.
Je vous livre une réflexion, un peu longue, sur le sujet qui nous tient à cœur mais pour envisager un avenir à la Philatélie, i faut en débattre et proposer quelques idées. Je n'ai pas encore arrêté la collection de France, mais si rien n'est fait dans les trois prochaines années, je me tournerai sur des collections thématiques ou vers des pays émettant peu de timbres annuellement. Enfin, rappelons le dicton : l'abus, en tout, nuit !

   
 AUTEUR

René Fauquez

DATE

13 février 2008

 
   

La Poste a éradiqué la " collectionnite " en tuant le germe de la maladie

Comme toutes les grandes épidémies, elle était née spontanément : à la fin du XIXe siècle, on ne lui connaissait encore que quelques variantes et pourtant, elle se développait déjà sur tous les continents en prenant souche sur l'enveloppe de la communication universelle. Enfin une bonne maladie ! Jusqu'au milieu du XXe siècle, elle est restée virulente, alimentée par un virus très actif, que n'avait pas encore dénaturé une autre maladie, la " planche-à-billets ". Malheureusement, telles les " républiques bananières ", la France a été gagnée par ce besoin de faire du papier-monnaie qui anéantit aujourd'hui et de manière irréversible, cette passion de timbrés, la philatélie.
(…) Depuis cent ans, la philatélie faisait son lit de la nécessité, de l'utilité et de l'usage contenu dans ses impressions. Autrement dit, on n'émettait de timbres-poste que dans la mesure où ils servaient à expédier du courrier, des colis… (…) Dans les années soixante, l'indépendance des pays colonisés, désormais affranchis de l'Occident, allait faire apparaître une nouvelle forme de collection : le timbre au kilo. Les nouveaux Etats trouvèrent très lucratif d'imprimer des tonnes de vignettes, pour faire entrer l'argent dans leurs caisses, tuant par là même la valeur de leurs émissions en les réduisant à de la monnaie de singe.

République bananière
La France aurait pu se dispenser de tomber dans les mêmes travers ; mais, dans un souci de rentabilité, La Poste a commencé à développer elle aussi son nombre d'émissions, ses extras, ses hors-séries, ses " spéciales " et autres exceptions qui confirment la règle : trop, c'est trop ! D'autant que dans le même temps, l'usage du courrier, s'il n'a pas diminué, s'est mécanisé dans toutes les entreprises, rendant le timbre gommé ou autocollant de moins en moins utile. Le courriel, le SMS et toutes les autres formes de communication rapide jusqu'à la webcam et le tchat, ont ajouté à la réduction du timbre dans les échanges courants.
(…) Le résultat est là : la philatélie se meurt lentement, mais sûrement. Et ce ne sont pas les beaux discours des dirigeants de la Fédération Française des Associations philatéliques, ni de l'Association pour le Développement de la Philatélie managée par La Poste elle-même, avec à sa tête Mme Eslinger, qui fut directrice de La Poste de l'Aisne, qui y changeront quoi que ce soit. Le mouvement semble irréversible, car plus on avance dans le temps, plus on perd les collectionneurs qui ne sont pas remplacés par leur descendance.(…)
(...) Alors que faire maintenant ? Se résoudre à voir disparaître chaque année des milliers de collectionneurs, ou tenter d'intéresser de nouveaux adhérents qui ne soient pas des collectionneurs de pin's ou de porte-clés, c'est à dire des éphémères ou, pour être moins péjoratif, collectionneurs à effet de mode ? Il faudrait d'abord réduire le coût annuel de la collection des nouveautés ; remettre à son juste prix la cote des catalogues qui ne correspond plus à la réalité du marché (moins il y a d'amateurs plus les prix augmentent ce qui est un paradoxe ; que fait-on du principe de l'offre et de la demande alors que l'on négocie couramment à - 30 et - 50 %) ; offrir aux associations d'autres moyens plutôt que de leur imposer des charges plus lourdes comme la Fête du timbre avec des quantités de souvenirs obligées (ce qui est illégal, d'ailleurs, ceci pouvant être assimilé à de la vente forcée) ; rendre au timbre sa fonction pédagogique d'antan (...) ".

Alain Collet
Journaliste, Union Philatélique Saint-Quentinoise

   
 AUTEUR

Alain Collet

DATE

7 Février 2008

 

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