L’Afrique du Sud moderne Afrique, Afrique du Sud, Outre-mer

Une

L’Afrique du Sud de ces soixante dernières années a été marquée par le très contestable régime de l’apartheid institué au milieu du XXe siècle jusqu’à son abolition en 1992. Voici en timbres les principaux protagonistes de cette histoire.

Afrique du Sud1 Daniël François Malan (1874-1959)

Daniel François Malan (1874-1959) 1 insiste dans sa campagne électorale sur la nécessaire solidarité entre les blancs, proclamant “la race blanche en danger” : c’est le véritable père de l’apartheid, c’est-à-dire une complète séparation politique et sociale entre les composantes humaines de la population de l’Afrique du Sud. Dès son entrée en fonction comme premier ministre, en 1948, Malan fait voter des lois instaurant définitivement l’apartheid : il refuse ainsi la logique de l’intégration qui serait fatale, selon lui, à la minorité blanche. Il y eut entre autres une loi interdisant les mariages mixtes, et même une loi interdisant les relations sexuelles entre races différentes, d’autres réglant l’apartheid dans les lieux publics, dans les transports publics, etc. Le tout avec la bénédiction bénévole de l’église hollandaise réformée d’Afrique du Sud.

Très tôt après la création de l’Union Sud-africaine, en 1910, les noirs ont compris qu’ils deviendraient rapidement des citoyens de second ordre, s’ils ne s’organisent pas. C’est la raison de la fondation, en 1912 à Bloemfontein, de l’African National Congress (ANC).

A l’origine, cette organisation noire est d’inspiration chrétienne, libérale et non violente. L’influence de Gandhi, avocat en Afrique du Sud au début du siècle, est incontestable. L’ANC végète jusqu’après la Deuxième Guerre mondiale, et après la victoire des radicaux nationalistes (Malan, Verwoerd, Vorster) et avec l’introduction de l’apartheid, l’ANC comprend que seul un activisme militant pourrait aboutir à des résultats. Le slogan devient “action au lieu de paroles”.

Au début des années 1950, l’ANC se voit infiltré par le parti communiste sud-africain, qui a été interdit par le gouvernement.

La lutte contre l’apartheid débute véritablement en 1952, avec des actions de désobéissance civile et de contravention délibérée aux lois en vigueur, afin de se faire arrêter. Mais jusqu’en 1960, à part de rares exceptions, les manifestations ne débouchent pas sur des affrontements violents. Le premier drame a lieu le 21 mars 1960, à Sharpeville, où la police tire sur les manifestants, provoquant la mort de dizaines de personnes.

Afrique du Sud2 Albert Luthuli (1898-1967)

Il en résulte alors une division en deux tendances : l’une se prononçant pour la lutte armée, l’autre réaffirmant ses options non violentes. Une des figures les plus importantes dans la tendance non-violente est Albert Luthuli 2. Il est élu en 1952 à la présidence de l’ANC, et malgré d’innombrables arrestations, emprisonnements et bannissements, il continue à se montrer partisan d’une solution sans violence. Cela lui vaut d’obtenir le Prix Nobel de la paix en 1960.

Afrique du Sud3a Nelson Mandela (1918-2013 )

Afrique du Sud3b Le jeune Nelson Mandela

Les partisans d’une action plus dure fondent en décembre 1961 le mouvement “Umkhonto we Swize” (MK), c’est-à-dire le “fer de lance de la nation” persuadés que seule la lutte armée aboutirait à des résultats. Un des grands partisans de ce point de vue est Nelson Mandela 3a et 3b.

Il y a eu de nombreux actes de terrorisme, suivis d’une sévère répression, ce qui vaut à Nelson Mandela une condamnation à la détention perpétuelle en 1964. Il purge la plus grande partie de son incarcération dans le pénitencier de Robben Island.

Afrique du Sud4 2003, bloc 95 Walter Sisulu

D’autres leaders noirs, partisans de la lutte armée, sont également emprisonnés avec lui, comme Walter Sisulu 4 et Jacob Zuma.

Afrique du Sud5 Chris Hani (1942-1993)

Afrique du Sud6 2003, bloc 94 Oliver Tambo

D’autres grands noms de la lutte contre l’apartheid sont entre autres Chris Hani 5, leader des communistes noirs sud-africains, et Oliver Tambo 6, le principal représentant de l’ANC à l’étranger.

Afrique du Sud7 Steve Biko (1946-1977)

Autre figure importante de la lutte contre l’apartheid : Steve Biko 7. Il commence par prêcher la modération, mais, face à la mauvaise volonté du gouvernement, il se radicalise de plus en plus, puis il meurt en prison en 1977, à l’âge de 31 ans. La cause de sa mort reste incertaine : pour les uns, c’est suite à une grève de la faim. Pour les autres, il a succombé aux mauvais traitements et à la torture pendant son incarcération.

Afrique du Sud8 Robert Sobukwe (1924-1978)

Il y a encore Robert Sobukwe 8, de tendance maoïste, qui rompt en 1958 avec l’ANC, et fonde le Pan African Congress (PAC). Lui aussi est incarcéré aux côtés de Mandela, de Sisulu et de Zuma à Robben Island.

La fin du régime de l’apartheid

Afrique du Sud9 Frederik Willem De Klerk (1936- )

Lorsque Frederik Willem De Klerk 9 accède à la présidence en 1989, l’apartheid est à bout de souffle : il accélère les réformes, fait libérer Nelson Mandela en 1990, et prépare la passation de pouvoir.

De Klerk a l’intelligence de comprendre – et de le faire comprendre à ses partisans – que le transfert du pouvoir aux noirs est inéluctable, tandis que Mandela a celle d’oublier le passé, sans tirer vengeance de sa longue incarcération et des brimades dont il a été la victime durant tout le temps de l’apartheid.

Afrique du Sud10 Nelson Mandela et Frederik De Klerk prix Nobel de la Paix en 1993

Pour la sérénité et le bon sens dont les deux hommes font preuve pour effectuer le bouleversement le plus important de toute l’histoire de l’Afrique du Sud, De Klerk et Mandela reçoivent en 1993 le Prix Nobel de la paix 10.

Afrique du Sud11a 1994, n° 849 L’ancien et le nouvel hymne national

Afrique du Sud11b Enoch Sontonga, compositeur du nouvel hymne national (1873-1905)

Afrique du Sud12 Le nouveau drapeau

Après d’âpres mais sereines négociations, la passation de pouvoir se fait le 27 avril 1994, avec des élections libres, accueillies avec enthousiasme dans le monde entier. Le même jour, l’hymne national 11a “Die Stem van Suid-Afrika” est remplacé par le nouvel hymne, “Nkosi Sikelel’ iAfrika”, composé déjà en 1897 par Enoch Sontonga 11b. Le nouveau drapeau aux couleurs arc-en-ciel 12 est levé.

Aux élections, l’ANC remporte 63% des voix, tandis que le NP arrive, avec les votes des blancs, en second avec 23% des voix. Nelson Mandela est élu président, tandis que Frederik De Klerk reçoit la première vice-présidence.

Le gouvernement issu de la majorité noire se heurte dès le début au fait que, malgré la fin de la discrimination raciale, le niveau de compétence des noirs est souvent extrêmement bas.

Afrique du Sud13 15e anniversaire de la nouvelle constitution de 1996

Mandela exprime une nette volonté de réconciliation nationale. Avec la nouvelle constitution de 1996 13, il ne peut cependant pas empêcher la démission de Frederik De Klerk de la vice-présidence.

Afrique du Sud14 Thabo Mbeki (1942- )

Aux élections de 1999, l’ANC obtient une victoire éclatante, et Thabo Mbeki 14 succède à Nelson Mandela, qui a refusé de se représenter vu son grand âge. Pendant son mandat, jusqu’en 2008, l’Afrique du Sud a connu un essor économique remarquable, mais une stagnation au niveau social.

L’insécurité se révèle grande dans les villes, le niveau de criminalité est un des plus élevés du monde, avec de temps en temps quelques émeutes xénophobes, et le SIDA fait un nombre impressionnant de victimes.

Les anciens partis nationalistes blancs sont moribonds, mais la toute–puissance de l’ANC devient un problème : même Frederik De Klerk dénonce au début de 2005 les atteintes aux droits des minorités.

Afrique du Sud

Afrique du Sud15 Jacob Zuma (1942- )

Afrique du Sud16 Kgalema Motlanthe (1949- )

Thabo Mbeki est le promoteur de la notion de “renaissance africaine”, consistant pour les Africains à trouver des solutions africaines aux problèmes africains. Il essuie un sévère revers en 2005, lorsqu’il est obligé de limoger son vice-président Jacob Zuma 15 pour corruption. Le risque de scission au sein de l’ANC est grand, Mbeki représentant l’aile libérale, Zuma l’aile gauche. Désavoué par son propre parti, Mbeki démissionne en septembre 2008, et il est remplacé temporairement à la tête du pays par Kgalema Motlanthe 16, jusqu’aux élections de 2009.

En mai 2009, l’ANC, maintenant dominé par les partisans de Zuma, obtient une nouvelle victoire, et malgré son passé de corruption, Jacob Zuma est élu le 9 mai 2009 à la présidence de l’Afrique du Sud. Son prédécesseur, Kgalema Motlanthe, devient son vice-président. Zuma connait son moment de gloire en 2010, avec l’organisation de la coupe du monde de football.

Afrique du Sud17 Nelson Mandela, premier président noir
de l’Afrique du Sud (1918-2013)

Nelson Mandela 17 s’est éteint le 5 décembre 2013, pleuré par tout un peuple et célébré dans le monde entier.

 

Afrique du Sud

Une des figures les plus originales de l’Afrique
du Sud noire est l’archevêque anglican
Desmond Tutu.
Il lutte contre l’apartheid, mais faisant toujours passer
son message de paix et de non-violence. C’est pour ce combat
non violent qu’il a reçu en 1984 le Prix Nobel de la paix.
En 1995, il a été nommé par Mandela à la tête de
la “commission de la vérité et de la réconciliation”,
et il demeure toujours la grande voix morale sud-africaine
dénonciatrice des injustices à travers le monde.

 

 

Guy Coutant

 

L’Afrique du Sud moderne
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