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Une

 Paradoxalement, c’est l’Indochine française, dès 1927, qui a émis les premiers timbres faisant explicitement référence à maître Kong, le « roi sans couronne », plus connu sous le nom de Confucius…

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Baptisé « Confucius » par les jésuites missionnaires en Chine (XVIIe – XVIIIe siècles), Kongfuzi – Kong Qiu ou encore Kongzi –, littéralement « Maître Kong » serait né à Qufu au VIe siècle dans l’État de Lu, situé dans l’actuelle province du Shandong 1. Un « géant » de deux mètres vingt – rapporte Sima Qian (-145 / -85 avant notre ère), au crâne concave et relevé sur les bords, rappelant la forme du tertre sur lequel sa mère aurait prié avant sa naissance : tel est l’impressionnant et insolite portrait qu’en dresse l’historiographe des Han (-206 – +220), dans sa biographie plus ou moins légendaire. 2

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C’est l’époque des « Printemps et Automnes » (-771 à – 481/453), marquée par l’effondrement du régime féodal et l’instabilité, à laquelle succédera celle des Royaumes combattants (environ -Ve siècle/ -221), jusqu’à l’unification de la Chine et l’avènement de l’Empire en -221 par le premier empereur Qin Shihuangdi, célèbre notamment pour son armée de statues en terre cuite. 3

Diverses principautés luttent pour le pouvoir, pendant que la dynastie royale des Zhou s’essouffle. Cinq d’entre elles occupent le devant de la scène : Qi, Jin, Song, Qin et Chu. Lu, le pays natal de Confucius, n’est que l’un des multiples autres petits pays existant à cette époque.

Mû par la volonté de lutter contre le désordre ambiant, de restaurer la paix et l’harmonie sociale, et inspiré par le modèle des trois premières dynasties chinoises –Xia (IIe millénaire avant notre ère), Shang (XVIIIe – XIe siècle), Zhou (env. XIe siècle – -256) – aux règles exemplaires, maître Kong voyage d’un pays à l’autre en quête d’un prince sage qui saurait reconnaître la valeur de ses conseils.

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Se gouverner soi-même avant de gouverner les autres, maintenir le cap dans la « Voie du Bien et du Juste », c’est mettre en pratique la vertu d’humanité, le ren, expression de la pleine noblesse morale dans les relations avec autrui. Le « roi sans couronne », comme le surnommera son biographe Sima Qian, prône cette conduite, dynamique, dans laquelle chacun met en jeu son perfectionnement personnel pour le bien collectif, un programme éthique élargi en programme politique. Ce qui fera dire à Voltaire (1694-1778) – tout empreint de l’imaginaire d’une Chine aux sages empereurs imprégnée de Confucius et de son modèle de gouvernement exemplaire –, dans son Essai sur les mœurs et l’esprit des nations et sur les principaux faits de l’histoire, depuis Charlemagne jusqu’à Louis XIII, « qu’il ne recommande que la vertu et ne prêche aucun mystère. » 4

Il n’y a pas de définition de la vertu d’humanité chez Confucius mais quelques prescriptions livrées à travers des aphorismes, tel celui d’« aimer les hommes », dans le respect d’autrui comme dans le respect de soi-même. « Est-elle inaccessible ? Il suffit de la désirer, et la voilà ! », affirme comme en se jouant Maître Kong dans ses Entretiens (Lunyu).

Confucius et la vertu d’humanité ou ren

Sous ce jeu apparent se cache une réalité profonde, le li – les veines naturelles du jade ou d’une pierre précieuse – la « raison des choses », la « raison d’être », pour reprendre les termes du sinologue Léon Vandermeersch (« Le néoconfucianisme au crible de la philosophie analytique », Archives de Philosophie, 2007), sur laquelle l’homme de Bien doit s’appuyer.

En scrutant la nature des choses, le li, l’homme trouve la voie de sa propre nature cachée, la voie du perfectionnement de soi vers l’ultime humanisation, la « Voie du Bien et du Juste ».

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Cependant, ce perfectionnement ne peut s’envisager seul et ne peut s’accomplir qu’au contact de l’autre. C’est cela la vertu d’humanité, le ren. Elle s’éveille, se cultive (xiu), se réalise sans relâche à travers les relations humaines. Des relations humaines codifiées par les rites qui ordonnent la société chinoise, policent les rapports sociaux, assurent la cohésion et l’harmonie collective, du plus grand, le Fils du Ciel, aux plus humbles, gens du peuple. Personne n’est laissé pour compte car l’enseignement de Maître Kong s’adresse « à tous, sans distinction » (Lunyu [Entretiens de Confucius], chap. Weilinggong, 38) 5

C’est peu après la mort de Confucius qu’un temple est érigé (478 avant notre ère) en sa mémoire à Qufu, sa ville natale, tandis qu’à partir des Tang (618-907), d’autres temples essaiment à travers toute la Chine.

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Tour à tour détruit puis reconstruit, rénové au fil des siècles sous l’égide financière des empereurs successifs, puis gravement brûlé au cours d’un incendie au XVe siècle, le temple est à nouveau reconstruit et sert de modèle architectural à d’autres dédiés à Confucius en Asie du Sud et de l’Est (Corée, Japon, Vietnam, etc.). Pour preuve, l’édition, dès 1927, d’un timbre en Indochine figurant une scène de labour devant la pagode de Confucius 6. Marcel Monnier, correspondant au journal Le Temps de 1894 à 1897, a pris notamment un cliché de cette pagode, la pagode Tien Mu à Hué, ancienne capitale de l’empire d’Annam (Voir « Tour d’Asie, Cochinchine, Annam, Tonkin », paru en 1899 chez Plon et site Internet http://belleindochine.free.fr/HueDescription1896 Monnier.htm).

152 bâtiments répertoriés par l’Unesco

Quant à la résidence familiale de Confucius, petite maison à l’origine accolée au temple, elle prospère au cours du temps, s’étendant en un véritable complexe pour lequel l’UNESCO répertorie actuellement pas moins de 152 bâtiments préservés, où travaillaient et demeuraient les descendants mâles de la famille, chargés d’entretenir les biens, le temple et le cimetière.

La dévotion dont Confucius est l’objet apparaît dès que le confucianisme est reconnu comme idéologie d’État, par l’empereur Wudi (-141 /-87) des Han, et se traduit très tôt par des pèlerinages à sa tombe, à laquelle se sont agrégées par la suite celles de ses descendants mâles, soit quelque 100 000 tombes actuellement.

077 Temple

088 Ancienne demeure

099 Cimetière

En 1947 en Chine, l’édition de timbres – figurant le temple, l’ancienne demeure et le cimetière de Confucius – atteste de l’intérêt manifeste d’une part pour le maître, d’autre part pour ce site. 7, 8 et 9

Inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1994, les bâtiments sont estampillés « valeur universelle exceptionnelle » depuis 2012.

1010 Temple de Confucius

1111 Maison de Confucius

1212 Temple de Confucius

Trois timbres édités en Chine le 28 septembre 2010 10, 11 et 12, date-anniversaire de la naissance du « sage », témoignent de la reconnaissance internationale de cet ensemble artistique, architectural et historique exceptionnel, tout comme de la vénération qu’inspira le maître chinois, et de l’impact de sa pensée, au sein de l’Empire du milieu, et à travers le monde…

Le portrait de Confucius semble flotter au-dessus du temple, représenté ici par la porte du Grand Sage, flanquée de deux couples de sentences du maître, tracés en caractères sigillaires.

Les deux autres timbres, la demeure et le cimetière, sont coiffés respectivement de deux tercets et de deux distiques confucéens. On identifie, au-dessus de la maison, un manuscrit des Entretiens (Lunyu), exemplaire qui, selon l’historiographie des Han, aurait été retrouvé dans les murs de la maison, mais dont l’authenticité est en réalité douteuse. Sa découverte, fortuite, est attribuée au prince Gong de Lu, à la fin du règne de l’empereur Wudi de la dynastie des Han occidentaux (-206 / +24). Plusieurs manuscrits – identifiés comme Livre des Documents, Mémoire sur les rites, Entretiens et Livre de la piété filiale – auraient été trouvés dans les murs de la maison, démolis en vue de l’agrandissement de la maison, manuscrits dont l’authenticité a été battue en brèche par des historiens postérieurs.

Enfin, on reconnaît pour le troisième timbre de cette série un portique accédant au cimetière, sur lequel est inscrit wangu changchun « le printemps éternel de 10 000 ans », surmonté de la tombe de Confucius.

 

 

Zhu Xi, le « Thomas d’Aquin » chinois

Lorsque la « Voie du Bien et du Juste » de Maître Kong devient orthodoxie d’État sous le règne de l’empereur Wudi (-156 – -87), l’étude des classiques confucéens devient matière aux épreuves des concours impériaux des hauts-fonctionnaires lettrés.

Puis au contact d’autres courants de pensée, taoïsme – les partisans de Laozi dès les débuts, puis le bouddhisme, plus tard, sous les Tang – le confucianisme subit de profondes transformations. Sous l’impulsion de Zhu Xi (1130-1200), se réclamant de la lignée spirituelle de la « tradition de la Voie » – dont les rois civilisateurs de l’Antiquité, et Confucius, Mencius (env. -380 -289) 2 sont les premiers représentants –, il renaît à la période des Song du Sud (1127-1279), à travers une nouvelle interprétation des enseignements du Maître.

Zhu Xi – surnommé le « Thomas d’Aquin » chinois « en raison du système interprétatif qu’il donna à la tradition canonique » (Darrobers, 2008) chinoise – accomplit un travail de synthèse remarquable.

Il étudie, commente méthodiquement et inlassablement les Classiques confucéens de la période pré-impériale (IIe siècle avant notre ère) – regroupés dans un nouveau corpus canonique qui s’ajoute aux Cinq Classiques –, Les Quatre Livres, comprenant les Entretiens (Lunyu), le Mencius (Mengzi), la Grande Étude (Daxue), l’Invariable Milieu (Zhongyong) – dont la connaissance figurait au programme des examens impériaux.

14et14bis13 et 13 bis

A partir de certains de ces textes, il systématise une pensée éthico-politique qui commence par le perfectionnement de soi. « Lorsqu’on lit, on ne se contente pas de rechercher les principes moraux sur le papier, il faut les chercher en soi-même: c’est là qu’ils trouvent leur réalité et leur application »2. Chef de file de l' »École de la Voie », il dispense son enseignement tandis que ses disciples se chargent de le diffuser largement. Deux timbres ont été imprimés en 2010, à l’occasion du 880e anniversaire de la naissance de Zhu Xi (1130-1200), dessinés par Fan Zeng. L’un reproduit son portrait tandis que l’autre représente la diffusion de son enseignement auprès de disciples 13 et 13 bis.

Sous la dynastie des Yuan (1271-1368), le « néoconfucianisme » devient la version officielle orthodoxe du confucianisme et la demeure jusqu’au début du XXe siècle où après la révolution de 1911, le confucianisme, en butte à des attaques violentes, ne se relèvera pas malgré une tentative de reconstruction.

De son vivant, Zhu Xi, tout comme l’a fait Confucius en son temps, s’écarte des honneurs et des richesses et passe sa vie à chercher un souverain réceptif à sa pensée (Darrobers 2008). «Serein dans la pauvreté, fidèle à la Voie; d’une intégrité et d’une modestie digne d’éloges»3 telle est la formule en huit caractères que rédige en sa faveur l’empereur Xiaozong en 1173.

 

Les instituts Confucius à travers le monde aujourd’hui

Créés en 2004 par la République populaire de Chine, les instituts Confucius sont des établissements publics à but non lucratif. Ils délivrent des cours de chinois, des diplômes de langue, participent à la diffusion de la culture chinoise, favorisent les échanges entre la Chine et des autres pays.

Vecteurs culturels pour promouvoir l’influence de la Chine dans le monde, ils sont parfois décriés comme instruments de propagande chinois.

1514 Paire de timbre dédiée aux instituts Confucius

1615 Photo de la cérémonie accompagnant l’émission de la paire de timbres
dédiés aux instituts Confucius, le 1er décembre 2012.

La poste chinoise émet le 1er décembre 2012 une paire de timbres dédiés aux instituts Confucius 14. Leur émission est l’occasion d’une cérémonie particulière à Pékin, en présence de Xu Lin, la directrice générale du Bureau national pour l’enseignement du chinois langue étrangère (Hanban) et directrice exécutive du Siège de l’Institut Confucius et de Li Pizheng, vice-président du Groupe postal de Chine 15.

« Echanger » et « Enseigner » en sont les motifs et la mission de ces instituts, essaimés à travers le monde.

Sur le timbre de gauche, la colombe, emblème de la paix, tenant dans son bec un « bonjour » annonciateur d’une ouverture vers l’échange ; sur celui de droite, le panda, emblème de la Chine, tient un tableau d’école portant l’inscription « institut Confucius », en chinois et en anglais.

Un arc-en-ciel, au graphisme dynamique, s’élançant des ailes de la colombe vers le panda, symbolise le pont et l’échange entre les cultures dont l’institut est le représentant, un échange dispensateur de paix entre les pays.

La France comptait 15 instituts en 2011.

 

Muriel Chemouny

 

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