Le royaume glacé de la Reine d’Angleterre Autres spécialités, Europe, Grande-Bretagne, Pays G-N, Polaire

Une

La Grande-Bretagne possède sa part du gigantesque gâteau de glace que constitue le continent Antarctique entouré de quelques îles surgelées qui émettent depuis trente ans des timbres aussi beaux, aussi nombreux et (presque) aussi bien cotés que ceux des Terres Australes et Antarctiques Françaises.

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Avec ses faux airs de tarte à la crème entamée par deux coups de mâchoires goulues, l’Antarctique excite bien des convoitises. Celle des militaires, qui y installeraient bien quelques bases de sous-marins nucléaires. Celle des capitaines d’industrie qui farfouilleraient volontiers dans son sous-sol pour y dénicher d’éventuelles nappes pétrolifères ou d’inépuisables gisements de minerai. Et celle, bien moins inquiétante mais tout aussi forte, des collectionneurs qui depuis trente à quarante ans ont fait du polaire l’un des « must » de la philatélie.

Le Territoire Antarctique Britannique (en anglais : B.A.T. pour British Antarctic Territory) n’échappe pas à cette mode. Qui se cache sous cette appellation ? En fait, un ensemble assez homogène : la Terre de Graham, les îles Orcades du Sud (en anglais, South Orkney) et les îles Shetland du Sud, toutes anciennes dépendances des Falkland – ces fameuses Malouines, enjeu il y a treize ans d’un conflit anglo-argentin. La création officielle du British Antarctic Territory ne remonte qu’à 1962 mais dès 1944 ces îles avaient été autorisées à émettre leurs « propres » timbres… bien grand mot d’ailleurs puisqu’il s’agissait de ceux des Falkland surchargés « dependency ».

Enca02Depuis, quelque 200 timbres ont vu le jour, aidant à mieux connaître l’Antarctique, son histoire, sa faune et les activités variées qu’y pratiquent les scientifiques retranchés dans leurs bases climatisées.

N’allez pas chercher comme différence fondamentale entre pôle Nord et pôle Sud le seul fait que l’un trône en haut de la planète alors que l’autre semble vissé tout en bas.

 Sous la glace, l’océan

Armez-vous plutôt d’un imposant matériel de forage et allez chercher la réponse en profondeur : au nord (Arctique), lorsque vous aurez percé la banquise, c’est de l’eau, celle de l’Océan, que vous allez trouver. Et vous comprendrez pourquoi, au Nord, il n’existe aucun point fixe. Tout dérive, à commencer par la banquise qui ne repose sur rien et lentement navigue avant de se fragmenter en mille morceaux, les icebergs. Ce qui complique diablement la tâche des explorateurs. Au sud (Antarctique), après avoir perforé une moyenne de trois kilomètres de glace, vous atteignez la terre ferme d’un continent fortement enfoncé dans la croûte terrestre sous le poids de cette masse glacée. Là, le froid est si intense que seuls les manchots osent le braver.

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03Il n’en a pas toujours été ainsi. Il y a à peine 230 millions d’années, les fossiles l’attestent, arbres (1) et reptiles (2) peuplaient l’Antarctique. Nul besoin d’anorak pour ces animaux: à l’époque, cette terre appartenait au gondwana, un continent primitif beaucoup plus chaud regroupant Amérique du Sud, Afrique, Madagascar, Inde, Australie et Sri Lanka. Peu à peu, les blocs se sont fissurés, disjoints, séparés. Comment concevoir une évolution aussi extraordinaire ? Une série de 1982 nous y aide (3).

 Blizzard, blizzard

04Autre chose : l’Antarctique n’est pas plat comme une galette mais couvert de glaciers, de montagnes (4) – affleurement de la roche originelle – et même de volcans comme l’Erebus, haut de 3800 mètres et toujours en activité. Conjugué au froid terrible et aux vents violents, le relief rend toute expédition polaire un peu plus éprouvante qu’un simple pique-nique entre amis !

05Pas étonnant donc qu’il ait fallu attendre 1911 pour voir une équipe d’hommes parvenir jusqu’au pôle Sud lui-même, ce point imaginaire par lequel passe l’axe dé rotation de la Terre. Au 188 siècle, le capitaine Cook (5) s’était aventuré le premier dans les eaux antarctiques mais avait du faire marche arrière à 200 kilomètres de la côte devant l’avancée des glaces.

Une pléthore de navigateurs s’engouffrèrent dans son sillage, explorant le littoral du nouveau continent, y hivernant même mais sans jamais risquer un pied plus loin.

 Morts de faim et d’épuisement

Le 14 décembre 1911, enfin, le pôle Sud trouva son maître en la personne de Roald Admunsen. Pourtant, pareil exploit n’a inspiré aucun timbre au Territoire Antarctique britannique. Pourquoi ? Parce qu’il était norvégien ? On n’ose l’imaginer.

06En revanche, quatre timbres ont été consacrés à son concurrent malheureux, l’anglais Robert Falcon Scott (6). Lui et ses quatre équipiers endurèrent la faim, le blizzard, la fatigue durant 1280 km pour finalement tomber sur… un drapeau de Norvège et les restes du campement d’Admunsen, arrivé un mois plus tôt. L’histoire serait demeurée cocasse si elle n’avait viré au tragique. A la différence du Norvégien, Scott avait refusé d’utiliser des chiens de traîneau, préférant la simple traction humaine. Huit mois plus tard, une équipe de secours retrouva les corps des explorateurs sur le chemin du retour, enveloppés dans les sacs de couchage. Morts de faim et d’épuisement à 12 kilomètres d’un dépôt de vivres.

Paradis scientifique

07-09Une fois la voie tracée, chacun voulut s’y engager, et l’Antarctique devint une sorte d’Eldorado dont chaque Etat voulait sa part à des fins pas toujours très propres. Qui allait prendre l’initiative d’y mettre de l’ordre? L’impulsion vint des scientifiques et le prétexte de l’Année géophysique internationale (7). Ils mirent donc au point une série d’explorations concertées. La politique embraya et aboutit au Traité de l’Antarctique appliqué dès 1961 (8) : désormais, toute base à usage militaire était prohibée; et il ne serait plus question de distribuer les miettes du continent aux innombrables candidats.

1011Si bien qu’aujourd’hui les hommes de science demeurent les principaux locataires de l’endroit. Les timbres de l’Antarctique britannique nous les montrent affairés à lancer des ballons-sondes météo (9), à prélever des échantillons d’eau de mer (10) ou de roche (11), à enjamber les crevasses dans des « Snow-Cat » chenillés (12) ou à répertorier les espèces animales présentes sur le littoral (13).

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Au chaud sous les plumes

Malgré les capacités humaines d’adaptation, seuls les animaux sont véritablement chez eux au pôle Sud. Tout comme sur les timbres souvent très réussis du Territoire Antarctique Britannique.

Vedettes incontestables : les manchots, que les anglais appellent « penguins ».Ne vous laissez pas abuser : le pingouin, lui, non seulement est capable de voler mais, en plus, il ne vit que dans l’hémisphère nord ! Tout comme l’ours blanc et le morse qui n’ont jamais mis le début du commencement d’une canine en Antarctique.

1415161718Protégé du froid par un thermolactyl 100% plume et graisse, le manchot empereur mâle (14) peut passer 60 jours à couver sa progéniture en plein blizzard sans craindre les engelures. Qu’il soit « papou » (15), « Adélie » (16) ou « macaroni » (17), le manchot est aussi pataud sur terre que gracieux – et véloce – dans l’eau…à condition d’échapper aux redoutables serres du skua (18), oiseau de proie grand amateur de poussins.

192021Dans leur affalement, les éléphants de mer manquent eux aussi singulièrement d’élégance (19). On pourra leur préférer les phoques de Ross (20),de Weddell (21), le charmant phoque crabier (22) se nourrissant de plancton ou alors, d’une pointure sensiblement plus volumineuse, les imposantes baleines (23) qui viennent barboter là enquête de krill (24), ces petites crevettes qu’elles avalent à la tonne. Pourchassées par les baleiniers, elles seront bientôt plus nombreuses sur les timbres du Territoire Antarctique Britannique qu’au pôle Sud. Alors, n’hésitez pas : mettez-les à l’abri dans vos albums.

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Paru dans Timbroscopie n° 100 – Mars 1993

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