Wallis et Futuna : Trois royaumes à l’autre bout du monde Expression française, Pays de P à Z, Wallis-et-Futuna

Une

Des rois qui exercent leur fonction au sein de la République, des cochons qui pêchent des coquillages, des rhinocéros qui grimpent aux arbres : ce territoire d’outre-mer réserve décidément bien des surprises. Petit voyage à Wallis et Futuna grâce à des ambassadeurs de choix, les timbres.

Certains vendent de l’acier, d’autres du pétrole, d’autres encore du coton ou des chaînes hifi. Wallis-et-Futuna n’a rien de tout cela. Son meilleur produit d’exportation vous est familier : ce sont les timbres. Depuis 1957, ce groupe d’îles du Pacifique émergées entre Nouvelle-Calédonie et Polynésie française timbrifie chaque année ses traditions originales, les curiosités de son histoire ou les charmes de son environnement.

01

022 – Comme ils ont dû avoir chaud sous le climat équatorial, les découvreurs de Futuna,
avec leur épais costume et leur jabot de dentelle : Schouten et Lemaire donnèrent
à l’archipel le nom d’îles Horn. Ils avaient déjà baptisé Cap Horn la pointe australe
du Chili qu’ils furent les premiers à franchir.

 03-04Wallis doit son nom à un sujet britannique, le capitaine Samuel Wallis, seul maître à bord après Dieu du « Dauphin », qui un matin de 1767 prit possession au nom du roi d’Angleterre de cette île que ses habitants avaient baptisée Uvéa (1). Distante de 200 kilomètres, Futuna, elle, a conservé son nom indigène. Mais les deux Hollandais qui la découvrent en 1616, Jacob Lemaire et Guillaume Schouten (2), baptisent l’ensemble de l’archipel « îles Horn », du nom d’une cité de Hollande. Ils n’y font du reste qu’un passage éclair. Le temps d’échanger quelques miroirs, une poignée de clous avec la population locale, et voilà les compères déjà repartis à la recherche d’épices et de bois précieux. En marins expérimentés, les insulaires ont eu le temps d’être frappés par la taille des embarcations des blancs. A côté, leurs pirogues à balancier semblent tellement frêles (3) ! Pas tant que ça puisque c’est à bord d’embarcations identiques que les Polynésiens venus des Tonga et des Samoa ont peuplé Wallis­-et-Futuna. Un second objet insolite les impressionne : l’arquebuse dont ils firent parfois les frais. Eux, qui se faisaient souvent la guerre, se contentaient de la sagaie et du casse-tête (4), dangereux certes mais beaucoup moins meurtriers.

05En 1837, les pères Maristes, missionnaires catholiques, s’implantent durablement pour stopper l' »offensive » des pasteurs protestants dans le Pacifique. Convertissant à tour de bras, ces pionniers ont laissé de profondes traces dans les mémoires. A preuve, le nombre de timbres à eux consacrés. Le fougueux père Bataillon (5), par exemple, ménagea si peu sa peine qu’au bout de cinq ans, ses adversaires les plus coriaces n’eurent plus, faute d’ouailles, qu’à partir convertir ailleurs.

06Le père Chanel (6), plus doux, plus effacé, procéda autrement. A son insu, il viola deux tabous coutumiers. D’abord en amenant au cours d’un repas liturgique le fils aîné du roi, converti de fraîche date, à consommer de l’igname, pratique interdite aux hommes qui n’ont pas encore de fils. Ensuite, en voulant lutter contre le cannibalisme, il fit brûler des ossements suspendus à la case du roi parmi lesquels, hélas, se trouvaient les restes d’un ancêtre. Pour avoir confondu reliefs de repas et reliques, le père Chanel fut assassiné à coups de casse-tête. Un an après son martyre, tous les Futuniens se convertirent.

07Depuis le temps des missionnaires, les représentants de la métropole n’ont jamais cherché à supprimer le pouvoir coutumier. Aujourd’hui encore, les 14000 habitants de Wallis-et-Futuna disposent de trois rois – et donc de trois trônes (7) -, assistés de trois premiers ministres, dont chacun dirige un gouvernement de six ministres, et d’une assemblée des chefs de village. Ajoutez-y un député, un sénateur et un administrateur supérieur représentant la République et vous comprendrez mieux l’enchevêtrement des hiérarchies ! Dans les faits, l’administrateur supérieur gère les fonctionnaires de 7 h à13 h; le reste du temps, il lui faut en passer par les chefs de clans.

 Du kava, des tapa

08-09D’autres traditions demeurent bien vivantes, à commencer par celle du « kava », qui se prononce « kawa ». Rien à voir avec le café, même s’il s’agit aussi d’une boisson conviviale. Au cours d’un cérémonial très codifié, les racines de « kava » sont broyées et mélangées avec de l’eau claire dans une vasque en bois, le  »tanoa » (8). Après filtrage et macération, le roi est servi dans une coupe taillée dans une noix de coco, le « ipu » (9), puis chaque dignitaire en fonction de son importance. Car tel est le sens de cette cérémonie : montrer au peuple quelle est la hiérarchie de ses chefs.

10Si l’importance sociale se juge là, la richesse d’une famille se mesure, entre autres, à la quantité de « tapa » qu’elle détient. Seules les femmes fabriquent cette étoffe végétale, destinée à devenir couverture ou bien linceul, en martelant l’écorce du mûrier à papier jusqu’à aplatissement total des fibres (10).

11Une fois sec, il ne reste plus qu’à dessiner le décor avec l’arête d’une feuille de cocotier taillée en biseau, puis à peindre avec des couleurs 100 % végétales : marron, jus d’une écorce; noir issu d’une noix; rouge, d’un fruit ; et jaune, d’une fleur. Dommage que les motifs reproduits sur les timbres soient bichromes (11).

La fortune des Wallisiens ou des Futuniens se mesure aussi au nombre de cochons possédés, des bestiaux noirs comme la suie qui passent leurs journées à la plage pour s’empiffrer des mollusques dénichés en farfouillant parmi les algues et les coraux. Le soir venu, chaque famille rappelle ses animaux en criant, sifflant ou tapant sur des casseroles, pour l’ultime pâtée de noix de coco à la maison.

 Un rhinocéros mangeur de cocotiers

1213Longtemps Wallis a vécu du commerce du coprah, l’amande de la noix de coco (12) utilisée en savonnerie. Mais en 1930 un fléau débarqua, gros d’à peine quelques centimètres et pourtant impitoyable avec les cocotiers : l’oryctès rhinocéros (13). Cet insecte ravagea l’île, il fallut replanter les cocoteraies, et même reprendre les cultures vivrières. L’animal épargna Futuna. Mais le marché du coprah se mit alors à flancher.

14Avec leurs eaux turquoise parfaitement transparentes, les archipels auraient de quoi séduire les touristes, qui préfèrent pourtant la Polynésie ou la Nouvelle­Calédonie, mieux desservies, mieux équipées. Chaque semaine, deux vols seulement unissent Wallis­et-Futuna à ses lointaines voisines (14).

Dans l’immédiat, la richesse de ces îles des antipodes est donc, provisoirement sans doute, encore concentrée sur quelques centimètres carrés de papier…

Futuna

 Futuna et sa voisine inhabitée, Aloli, forment les îles Horn, d’une superficie de 115 km2 Montagneuse et escarpée,
Futuna abrite deux royaumes, Sigave et Alo, pas toujours en très bons termes.

 WallisUne barrière de corail ceinture Wallis, donnant accès par une passe unique à l’un des plus beaux lagons du monde.
Sur 115km2, cette île – appelée aussi Uvéa ­ est formée de collines volcaniques peu élevées.
Selon un mythe polynésien, c’est parce que le dieu Maui a passé une nuit à danser dessus.

 

Guerre dans le Pacifique

GuerreLes deux archipels servirent de base aux Forces Navales de la France Libre pendant la Seconde Guerre.
Pour plus de sûreté, les Américains y installèrent même des troupes d’occupation.

 

Le choix du Tom

TomVoilà l’hexagone joliment (mé)tissé sur ce timbre de 1991 célébrant le 30e anniversaire
de l’accession au statut de Territoire d’Outre-Mer. Convoitées par les Etats-Unis dans l’après-guerre,
Wallis et Futuna ont décidé de leur rattachement à la France en 1959 par référendum.

 

A l’ombre du falé

FaleLes constructions en dur à l’occidentale prennent peu à peu la place du falé,
bâtisse traditionnelle recouverte de libres végétales. Seul inconvénient :
elles procurent une ombre bien moins fraîche.

 Sacrée tortue

TortueSymbole de la royauté, la tortue a longtemps fait figure d’animal sacré. Ce qui n’empêchait pas
Wallisiens et Futuniens d’en consommer la chair. Toutefois le roi devait au préalable
enlever cérémonieusement le tabou qui y était attaché.

 

Ailes, coquilles et nageoires

AilesSi pour les zoologues la faune de Wallis et Futuna présente peu d’originalité,
elle fournit aux thématistes de très jolis timbres.

 

Paru dans Timbroscopie n° 98 – Janvier 1993

Wallis et Futuna : Trois royaumes à l’autre bout du monde
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Recent Comment

  1. CUGINI

    Beau documentaire. Dommage que les îles du Pacifique n’emettent pratiquement plus de timbres en taille douce. L’offset est lassant, ce qui explique qu’elles sont de moins en moins collectionnees.

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