Des « charité » bien ordonnés Europe, Luxembourg, Pays G-N

Une

Avec 324 valeurs depuis 1924, les « Caritas » du Luxembourg forment une véritable collection dans la collection. Jolies illustrations, mais aussi jolies cotes, pour des séries aux tirages très raisonnables.

Des timbres à surtaxe au profit de la Croix-Rouge en 1924 ? Guère original ! Une série baptisée « Caritas » ? Presque un plagiat : dès 1910, la Belgique avait utilisé le nom latin de la « charité » pour certaines émissions de bienfaisance ! Et pourtant, les valeurs qui virent le jour le 17 avril de cette année-là à la Poste du Grand-duché sortent de l’ordinaire.

01-02Les catalogues précisent généralement qu’ils ont été émis en hommage à la grande-duchesse Marie-Adélaïde, décédée le 24 janvier. Pour l’occasion, on s’est contenté de surcharger des valeurs à son effigie, en service depuis dix ans (1-2). Curieuse femme que cette Marie-Adélaïde : en 1914, elle s’opposa symboliquement à l’invasion de son petit pays en mettant sa voiture en travers de la route de l’armée allemande… mais adopta ensuite une attitude plutôt conciliante à l’égard de l’occupant. Les Luxembourgeois ne le lui pardonnèrent pas : après la guerre, elle fut contrainte d’abdiquer. La grande-duchesse déchue prit alors le strict habit des « petites sœurs des pauvres » et passa le reste de sa vie à collecter des fonds pour les défavorisés. Les premiers « Caritas » du Luxembourg rendent donc indirectement hommage à son dévouement, et la surtaxe au bénéfice des organismes humanitaires qui venaient de perdre en elle une militante de base en même temps qu’un soutien, se justifie pleinement.

03Le succès fut entier, surtout auprès des philatélistes – d’où des oblitérés cotant de trois à cinq fois plus que les neufs -, au point que l’on décida de recommencer l’année suivante. Et cette fois, les usagers se mirent de la partie : l’absence de toute mention de surtaxe sur les timbres eux-mêmes – le supplément à percevoir ne figurait que dans les marges des feuilles – eut peut-être un rôle psychologique, de même que la date de parution, quatre jours avant Noël… à une époque où beaucoup cherchent à faire leur BA de l’année !

Curieusement, la légende « Caritas » ne figure pas sur cette deuxième série caritative au profit de la Croix-Rouge et des ligues anticancéreuses et antituberculeuses (3).

Dès lors, la machine était amorcée : tous les ans – hormis pendant l’Occupation -, à l’approche de Noël, fleurira une nouvelle série « Caritas ». Pour les années 1929, 1932 et 1934, ce seront même les seules émissions !

 Suivez le guide… et consultez les catalogues

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Pour qui veut se familiariser avec la culture typiquement luxembourgeoise, les « Caritas » constituent un excellent guide : voici, au fil des millésimes, les portraits des petits princes (certains deviendront grands-ducs ou grandes­duchesses), ceux des représentants historiques les plus illustres de ce petit pays qui donna cinq empereurs à l’Allemagne, plusieurs rois à la Bohême et la Hongrie (4), ainsi qu’un chef à une Croisade. Châteaux, statuettes, enseignes (5), enluminures, artistes contemporains (6), légendes et traditions populaires (7 à 9), blasons (1O) mais aussi évocation des œuvres bénéficiaires de la surtaxe (11). La collection complète des « Caritas » offre certes un large panorama de l’environnement culturel, mais surtout fait un bienheureux du philatéliste qui peut en réunir tous les éléments : l’ensemble neuf dépasse les 5 600 F de cote et avoisine les 7 900 F en oblitéré d’époque dans le catalogue Yvert (souvent beaucoup plus dans son infiniment plus fiable homologue luxembourgeois Prifix). Et si bon nombre de ces timbres ne valent guère que le franc symbolique, les cases des fortes faciales des années 30 ou de l’immédiat après-guerre restent en revanche vides dans bien des albums, les 100 ou 200 F attribués aux valeurs vedettes ne rendant d’ailleurs guère compte de la difficulté que l’on a à les trouver. Quant aux plis ayant circulé, certains sont de petites raretés : une lettre affranchie avec le 1 3/4 de 1933 se négocie aux alentours de 3 000 F français. Preuve, s’il en était encore besoin, qu’un bienfait n’est jamais perdu.

 Quand charité rime avec liberté

Charite

Plus question de « Caritas » dans un Luxembourg annexé par l’Allemagne en 1940,
mais dès la Libération, la tradition reprit vie. Les timbres de 1939-40 et de 1945-46
ont donné lieu à deux émissions distinctes, l’une en feuilles, l’autre en blocs-feuillets
sans mention « Caritas » et avec des faciales beaucoup plus élevées.

 

 

 

 

 

 

 Princes charmants

PrincesAvec des surtaxes souvent au profit d’œuvres de protection de l’enfance, les « Caritas » se devaient de faire une large place aux princes et princesses de Luxembourg. La troisième série (1926) montre le prince Jean peu avant son sixième anniversaire : une première timbrification qui ne restera pas sans suite, le petit prince, devenu grand-duc, ornant les « usage courant » actuels.

Ses sœurs et son frère auront droit, eux aussi, à leurs effigies de 1928 à 1931.

Retour des enfants princiers dans les années soixante : la jeune garde prend la relève.

 Héros et vedettes

Heros

La crise économique des années trente n’épargne pas le Luxembourg, qui cherche à travers les timbres un reflet de son lustre d’antan. Ermesinde, qui fut comtesse souveraine du pays au XIIIe siècle, ouvre la galerie de portraits, bientôt suivie par le comte Henri IV, empereur germanique sous le nom d’Henri VII. Quant à Jean l’Aveugle, comment ce rude guerrier s’y prenait­il pour guider son cheval en dépit de sa cécité ? Très simple : il le faisait attacher à celui d’un de ses compagnons. Il est mort en luttant contre les Anglais à la bataille de Crécy.

Avec leurs faibles tirages (parfois moins de 35 000) – période de difficultés économiques oblige -, les plus fortes valeurs de ces séries jouent les vedettes parmi les « Caritas » : la comparaison entre les cotes des séries dans les catalogues français (Yvert et Tellier)et luxembourgeois (Prifix ,converti en F français) est pleine de surprises.

 

 

 

Petits châteaux et vieilles chapelles

Chateaux

Luxembourg (du vieil allemand Lützelbourg) veut dire « petit château »…
De fait, sur ce territoire guère plus grand que la moitié d’un département français,
on trouve cent vingt-cinq forteresses médiévales ! Plusieurs d’entre elles – dont celle de Vianden,
qui impressionna tant Victor Hugo – ont eu leur « Caritas ».

Architecture ancienne, mais plus paisible, avec ces petites chapelles restaurées,
qui fournissent les sujets des trois dernières séries.

 

 

 

 

Paru dans Timbroscopie n° 89 – Mars 1992

 

 

Des « charité » bien ordonnés
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Recent Comment

  1. Lemaire Viviane

    Bonjour,
    Je souhaiterais connaitre la côte revente des timbres Caritas 1924 ?de 35C+10 et de 12 1/2 +7 1/2 C Grande Duchesse face Droite timbres en bleu et vert avec gomme non oblitéré et oblitéré Merci!

    V.Lemaire

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