Cherchez l’île en trop ! Océan Indien, Outre-mer

Une

Un point sur la carte abusivement attribué à l’archipel de l’océan Indien : un discrète erreur qui transforme une nouveauté de 1980 en rareté.

L’imprimeur était anglais. Et, sans doute, la création du timbre, avait-elle été confiée à un dessinateur, de même origine, peu familier de la répartition politique des îles de l’océan Indien.

La tâche, il faut le dire à sa décharge, n’était pas simple. Il s’agissait de représenter sur une même carte l’ensemble des Zil Eloigne Sesel, une nébuleuse d’îlots de toutes tailles, habités ou non, et disséminés dans l’immensité de l’océan Indien en un ruban long de 1500 km. Commandé par les Seychelles, le timbre devait illustrer le parcours d’un nouveau bateau postal mis en service entre les îles mères (les Seychelles) et leurs « îles éloignées » (comme leur nom l’indique en créole).

Une rareté aux allures de classique

01Avant                                                Après
Agaléga quitte les eaux seychelloises pour les eaux de Maurice, son propriétaire

Le dessinateur, soucieux de la lisibilité et de l’harmonie de son œuvre, voulut simplifier : il ne retint sur sa carte que les principaux archipels et engloba le tout dans une large auréole de couleur bleu foncé, censée symboliser l’entité géopolitique des Zil Eloigne. Mais voilà: dans un élan généreux, l’artiste annexa innocemment, au sud-est des îles, l’archipel d’Agaléga, qui appartient à l’île Maurice (à 800 miles au sud).

Jusqu’à la livraison des premières feuilles, l’erreur passa inaperçue. Et lorsque la poste seychelloise le découvrit, elle bloqua immédiatement la diffusion du timbre, ordonna la destruction du stock et commanda à ses fournisseurs britanniques une version rectifiée : celle qui figure aujourd’hui dans les catalogues, avec sa large échancrure bleue, contournant à bonne distance les îles Agaléga.

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Les timbres erronés furent effectivement détruits, à quelques exceptions près. Précisément: un petit nombre de feuilles (de dix) expédiées par le bureau philatélique local, avant que l’erreur ne soit décelée, à des négociants étrangers abonnés aux nouveautés seychelloises. Voilà comment ce jeune pays philatélique, né en 1976 de l’indépendance accordée par la Grande-Bretagne à l’ensemble des Seychelles, compte déjà une grande rareté qui fait figure de classique. Inconnue, certes, dans les catalogues français mais dûment répertoriée par le Britannique Stanley Gibbons. Son prix ? Outre-Manche, les négociants l’offrent actuellement entre 50 et 90 livres (535 et 965 F). Quant aux oblitérés, on n’en connaît que sur Premiers jours (29 août 1980), parvenus en Angleterre en même temps que les envois de timbres neufs. Des Premiers jours sans doute rarissimes puisque jusqu’à cette année, le Gibbons n’en avait pas eu connaissance. C’est un collectionneur français, Max Schleiffer qui vient d’en révéler l’existence : l’éditeur mentionnera donc la perle rare dans sa livraison de 1989. La consécration.

Paru dans Timbroscopie n° 51 – Octobre 1988

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